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SURTOUT DE M. LE DUC D’ORLÉANS

Le goût délicat, les habitudes élevées qui ont distingué ce jeune prince ont laissé leur empreinte dans ce surtout déjà célèbre, mais insuffisamment connu , du moins dans quelques détails. A sa mort , cet ouvrage n’était pas achevé. Si nous sommes bien informés, M. Chenavard aîné, chargé de suivre, dans l’exécution de cette œuvre royale, la partie du travail acceptée par M. Aimé Chenavard, son frère , n’a pas encore terminé sa tâche.

Plusieurs habiles artistes ont concouru à l’exécution de ce surtout. Les premiers ouvriers de l’époque , artistes aussi sur un plan mo deste, ont apporté à cette œuvre magnifique leur expérience et leur goût. U est visible qu’un digne modèle inspirait. les travailleurs, et que tous, en partant du programme, se sont efforcés de rendre, avec les ressources de leur esprit et l’originalité de leur talent, les parties qui leur étaient confiées. Ce modèle, dont les beaux ouvrages des Médicis, que l’on a tant étudiés depuis vingt ans, étaient le type, a été remanié; et l’on a obtenu ces différences, qued’aulres habitudes, une pensée?

plus avancée, ont imprimées naturellement aux arts de notre temps.

C’est dans une brillante soirée, toute artistique , au milieu de scs frères et de ses sœurs , que le duc d’Orléans a conçu le plan de ce surtout. MM. Decamps, Barve, Ary Scheffer, Aimé Chenavard , acceptèrent chacun une part de l’œuvre. Le dernier, artiste d’un goût si fin et si ingénieux, reçut pour tâche la cohésion des parties diverses, ce qui était plein de difficultés , en raison de l’extrôme différence du style de chacun des créateurs.

Le prince de Joinville, la princesse Marie, modelèrent en terre ou en cire la maquette de plusieurs figures. Le duc de Monlpensier, alors très-jeune, ébaucha une jolie figurine.

Dans le premier plan , le surtout était dessiné pour une table de vingt-quatre couverts. Ce nombre fut, peu de temps après , porté à quarante, puis à soixante, et, en définitive, à cent vingt.

Indépendamment de la coordination , Chenavard accepta le travail des ornements. Sans être tout à fait peintre , éminent architecte et sculpteur, toutefois il avait bien les qualités supérieures les plus rares de ces mérites-là ; la justesse du coup d’œil , la grâce et l’élégance du style. — Instruit de la pensée du prince, il put l’exprimer avec verve et liberté, et lorsque l’idée d’une pièce nouvelle lui venait , il prenait un morceau de cire et la modelait. L’ébauche était tout de suite soumise au prince, et, après examen , elle était adoptée ou corrigée. Ensuite elle prenait sa place parmi les pièces qui étaient à exécuter.

M. Barye était un des travailleurs. Cinq pièces capitales, des groupes d’animaux luttant ensemble lui furent confiées. Il fit des chefsd’œuvre ; il s’écarta peut-être un peu trop quelquefois du programme. Aussi ses morceaux éminents ne se fondent pas assez dans l’économie du surtout de M. le duc d’Orléans.

Lorsqu’on s’arrêta au dernier projet, — à celui d’exécuter ce merveilleux ouvrage pour les exigences d’un service de cent vingt couverts, c’est qu’on songea à en faire un héritage de famille. Ce surtout donne aujourd’hui seize grands plateaux. Le développement total est de soixante-dix pieds de longueur. Chaque pièce séparée peut former un surtout particulier. Les plateaux ont la forme octogone et soflt liés entre eux par des plates-bandes. — Les cinq plateaux du centre sont occupés par des temples d’une très-grande dimension, avec des groupes d’animaux, des figures d’hommes. Des épisodes de chasse ou de guerre enrichissent d’une façon variée et pittoresque les plates-bandes, dont elles cachent aux yeux les points de suture. Lorsque le surtout , avec ses extrémités arrondies, est dressé en entier, il ne forme plus qu’une immense pièce sur laquelle se déroulent toutes les décorations que nous venons d’indiquer comme les riches et capricieuses merveilles d’un poème oriental.

Celle analyse esl bien froide , bien incomplète ; elle n’indique meme pas toutes les richesses , toutes les beautés.

Le plan linéaire , ou plutôt la petite partie du plan que nous plaçons page 378, ne donne qu’une idée superficielle de la forme de ce surtout. Nous avons sollicité une communication ; elle n’a pu nous être faite, parce qu’une pensée remplie de la mémoire du prince prépare une collection gravée où seront réunis tous les ouvrages que , durant sa vie, il a fait exécuter, ou qui sont restés à l’état d’études.

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