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UN NOUVEAU SERVICE D’ARGENTERIE ET UN DESSERT EN VERMEIL

( De la maison clc madame ia baronne de Rotschiid. )

Ce service et ce dessert , œuvres d’art et de goût , d’une rare magnificence, luttent, par l’élégance des formes et l’excellence du travail, avec ce que la Renaissance et le siècle de Louis XIV nous ont laissé de plus achevé. L’auteur de ces belles pièces est pourtant un nouveau venu dans la concurrence , où se livrent aujourd’hui de si fermes combats ; c’est M. Maurice Mayer qui, dès son début, se place parmi les plus habiles maîtres.

Beauté dans les profils, richesse dans l’ornementation, pureté dans l’exécution , ce splendide service a toutes les qualités qui font les ouvrages d’élite. Nous avons pu l’apprécier des premiers. Nous croyons même ne blesser aucune convenance en faisant ici l’énumération rapide des pièces qui le composent , et en en reproduisant plusieurs. — Nous ne les présenterons point dans l’ordre observe pour le service des couverts, qui d’ailleurs peuvent être, suivant la volonté, ou resserrés ou développés. Nous décrirons ces pièces comme nous les avons vues, pêle-mêle.

Les pièces du service d’argenterie sont au nombre de cent douze environ ; elles suffisent amplement pour trente deux convives.

En voici le détail :

2 réchauds, bouts de table ; 1 plat pour le rostbeef de 50 centimètres de large sur 81 de long; 2 plats pour le saumon, l’un de 27 c. de lawge sur 90 c. de long , l’autre de 23 c. de large sur une longueur de 75 c. ; 1 plat pour le turbot; sou fond est grillagé à jour; il a 35 c. de large sur 75 c. de long; — 2 réchauds ovales pour les flancs du couvert, d’une moindre dimension que ceux qui forment les bouts de table; — 2 plats de l\l c. de large sur 74 de long; — 10 cloches de diverses grandeurs, — 4 plats moins grands pour la desserte ;

8 réchauds ronds; 8 plats de 48 c. de diamètre; 4 coupes de viande avec leurs couvercles ; 4 autres d’entremets de légumes avec les plats;

8 doublures servant de plats; 4 eiitremeis sucrés avec les coupes en cristal; 2 saucières; 2 doublures ; 2 saucières doubles ; 4 doublures

en bassin ; 2 huiliers avec les carafes en cristal ; 8 salières doubles; 2A plateaux à carafes; 8 seaux pour le champagne (1).

Les doubles salières, les plateaux des carafes sont des chefs-d’œuvre d’élégance et de fine ciselure. La planche que nous offrons ici présente un léger tracé des salières, qui sont des modèles exquis.

Deux enfants , placés dos à dos, assis sur des têtes de dauphin , tiennent dans leurs mains des coquilles dorées à l’intérieur. Au-dessus de la tête des enfants deux branches de rocailles réunies forment un bel anneau. À la base des branches se déploie l’écu armorié de la maison de Rotschild. Le centre en est occupé par un bouclier , emblème de l’origine du nom de la famille de l’opulent banquier. Dans l’un des quatre cartels, on remarque l’aigle d’Autriche; dans le second , le lion d’Angleterre ; dans les deux autres , un bras vigoureux dont la main tient fortement unies entre elles cinq flèches. Ce bras vigoureux, ces cinq flèches, sont vraiment des armes parlantes; elles disent la puissance des cinq rameaux de la famille Rotschild. Cet écu , où l’art du ciseleur a épuisé toutes ses délicatesses , se retrouve attaché, avec un goût toujours varié, une disposition toujours nouvelle, à toutes les pièces du service. La lettre initiale R , couronnée du bandeau de baron , le remplace sur les cuillers et les fourchettes.

Les plateaux des carafes ne le cèdent en rien aux salières pour la perfection du travail et l’heureux choix des ornements. Le bassin intérieur repose sur un rinceau cylindrique que coupent parallèlement les armoiries que nous venons de décrire. Sur les bords du plateau courent des tiges de lierre dont le feuillage et les graines pendent çà et là dans un désordre charmant.

Ce magnifique service est complété par cent cuillers , deux cents fourchettes et cent cinquante couteaux. — Ces derniers objets sont d’une richesse si inouïe de détails que nous n’essaverons point de les décrire : fleurs, enfants, nymphes aux gracieux contours, se pressent sur les manches des couteaux , dont la lame, d’un lin damas, rappelle la forme du poignard du treizième siècle, et sur les tiges brillantes des cuillers et des fourchettes.

Cinquante autres morceaux appartenant au même style , et où l’imagination de l’ouvrier perce par mille intentions charmantes, entrent dans l’ensemble du dessert. Si nous voulions peindre fidèlement chacun d’eux , dix , vingt pages ne suffiraient pas.

Seize pièces de côté , d’inégales grandeurs , destinées à recevoir , dans des coupes ou sur des plateaux de verre de Venise les bonbons et les fruits glacés, offrent de vives bacchantes qui dansent avec des enfants qu’entourent des guirlandes d’or et d’argent.

(I) Nous ne citons pas les soupières; — elles appartiennent h un premier service, exécuté également par M. Maurice Mayer pour M. de Rotschild.

3/6 COMFOllT, DESSIN.

Huit compotiers de vieux Sèvres , dont les peintures sont fraîches comme le premier jour, reposent sur des paons qui étalent la splendeur de leur queue , et sur de gracieux enfants agenouillés, qui soutiennent le blason émaillé sur or et brillant de ses héraldiques couleurs.

Les plateaux à bonbons , les glacières , les soubassements des corbeilles à fruits, sont également de vieux Sèvres de la plus belle conservation , et où le coquet pinceau des peintres de l’époque a jeté les plus riantes créations. Là, des enfants qui, dans leurs joyeux ébats, se disputent des festons de fleurs , portent les plateaux à bonbons ; ici , des cygnes , se mêlant aux jeux de petits amours qui élèvent au-dessus de leurs fronts les armes des Rotschild, soutiennent les glacières. Mais tous les efforts du talent, toutes les fraîches inspirations d’une imagination jeune et poétique, sont venus se réunir pour faire de deux corbeilles de fleurs deux morceaux hors ligne. La partie inférieure présente un immense plateau de Sèvres que porte une légion de génies enfantins. Sur ce plateau se dresse une charpente légère qui se cache sous des fleurs , sous des amours, et porte une large corbeille tressée d’osier d’or. Le pinceau seul peut représenter l’ensemble de ces deux magnifiques pièces.

La coutellerie de ce dessert royal est d’une extrême richesse , d’une distinction inconnue. Les couverts sont au nombre de cinquante , et les couteaux de cent, dont cinquante à lame d’argent.

Il y a dans tout ceci de précieuses ressources pour les splendeurs d’une fête , d’une réunion princière. Les reflets, les émaux de la riche porcelaine se marient admirablementà l’éclat des figurines, des oiseaux , des guirlandes, à qui l’orfévre habile a donné tant de relief et de charmes.

Ces porcelaines ont figuré sans doute sur quelque dressoir royal ; elles ont été achetées 90,000 fr. On peut donc supposer que ce service et ce dessert ne coûtent pas moins de 500,000 fr.

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