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XIV QUELQUES EXPLICATIONS PRELIMINAIRES

prince, ce qui s’y est passé? — Il s’y est passé six heures, » dit, après une légère pause , le vieux diplomate l.

Il faut finir; je quitte ce récit et aborde la table même. Je vais parler de sa grande ordonnance ; on en prendra et on en laissera ; la réduction est facile à des personnes de goût.

Le service n’a qu’un principe , principe fondamental , depuis l’ameublement de la salle à manger jusqu’au surtout, — la simplicité élégante d’Horace et l’harmonie entre les principales parties.

Le linge doit être très-blanc ; il est le fond du décor ; il est orné aujourd’hui de dessins gracieux et couvre la table jusqu’aux deux tiers de ses pieds. Le beau linge est très - doux à la main. Le damassé de Saxe perfectionné notablement est toujours le linge des grandes maisons ; mais on peut prédire sans témérité, d’après ce qui se fait, qu’il sera détrôné, dans un avenir prochain , par le damassé français , tissé encore avec plus d’art et de goût , offrant mille dessins, de brillantes corbeilles , des guirlandes de fleurs , des fruits. Ce linge est confectionné aussi pour de petites tables. Les dessins des serviettes ne sont que des répétitions très-réduites des nappes. Il y a de plus des nappes et des serviettes pour le thé; les serviettes du thé sont petites,

1 Carie Vernet était un peintre éminent, un dessinateur de la plus rare, de la plus charmante facilité; il a plus fait de calembours que M. Sauzet, et nous lui devons les plus spirituels de son temps, nos plus jolies caricatures, les plus remplies de verve, — la Route de Poissy, — le Gastronome en jouissance, — le Gastronome sans argent, etc. En 1814, Carie Vernet a saisi avec la grâce de l’esprit français le type anglais, et en a exprimé la charge extérieure avec un entrain qui a élé imité, mais non égalé.— Russes, Prussiens, Autrichiens, tout ce pêlemêle de vainqueurs, a passé par ses spirituels crayons, non pas pour le moment, mais pour toujours : c’est à lui que l’on doit ces scènes plaisantes de la gastronomie des étrangers, parmi lesquelles je citerai aujourd’hui l’Arrivée à Paris de l’Anglais consumé par le spleen , et prenant feu devant la riche montre de madame Chevet, ancienne galerie vitrée; et celle du même Anglais rejoignant le bâtiment qui doit le reconduire à Londres très-engraissé et portant son ventre sur une longue brouetie de Normandie. — Debucourt a été le graveur, pendant trente ans, de toutes les charges de Vernet; ses gravures étaient une manière noire ; on les coloriait après l’impression. Debucourt était encore un habile graveur d’eaux-fortes, un peintre plein d’esprit, qui aurait pu, pour la finesse, lutter avec Miéris. Caile Vernet et Debucourt ont été fort fêtés par leurs contemporains; l’or pleuvait dans leurs mains ; et, comme ils étaient gastronomes, gens du monde, gens d’inspiration et non de prudence, tout ce bien si justement acquis s’en est allé au vent; et, quand les jours du repos sont venus, M. C. Vernet a pensé à la bonne maison d’un fils illustre, et M. Debucourt à la famille de son neveu, M. Jazet, l’un de nos plus habiles graveurs, où ses dernières années ont reçu toute sorte de soins.

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