LA CUISINE CHEZ LES ROMAINS
(extrait DU PALAIS DE SCAURUS.)
Si vous étiez , mon cher Mérovir , continua le jeune artiste grec , un homme comme ce Tatius, que vous voyez causer là-bas familièrement avec le chef des cuisiniers , et que vous fissiez, ainsi que lui , un cours de philosophie gastronomique , je vous conduirais dans la pièce la plus intéressante de la maison , selon quelques amis de Scaurus ; c’est la cuisine où l’on prépare les splendides repas qu’il donne chaque jour.
L’heure de commencer les apprêts du dîner est arrivée ; ce lieu n’est plus abordable. Au surplus, sa disposition est la même que celle de ma petite cuisine , où vous accourûtes hier pour éteindre le feu que mon cuisinier maladroit avait mis à la cheminée en voulant rôtir des grives ; vous vîtes comme la flamme , en se développant , menaçait déjà le toit : aussi a-t-on soin d’éviter ordinairement les plafonds de bois dans ces pièces, de peur d’incendie. Celle de Scaurus est voûtée; ses dimensions sont d’une grandeur démesurée, elle a 1A8 pieds de longueur : et cela ne vous étonnera pas en songeant quels festins il donne , et combien il a d’hôtes , d’affranchis , d’esclaves à nourrir. Pour moi , dont le léger souper est apprêté et servi par trois esclaves sur une pierre blanche , en vaisselle de campagne , je n’ai pas besoin d’une aussi grande cuisine. Cependant si nos repas , mes chers hôtes, ne sont point splendides , du moins , grâce à vos aimables entretiens, ce sont de bons repas, selon la distinction que Lélius faisait entre les uns et les autres, car il n’appelait bons que les repas agréables et instructifs. Ici la cheminée est , comme chez moi , élevée à hauteur d’appui , mais vaste , et construite de manière à donner un dégagement facile à la fumée; car, en hiver, une maison où il fume, quelque belle qu’elle soit d’ailleurs , est inhabitable , surtout si l’on brûle du bois vert ou de la ramée, et l’on ne saurait la tenir propre à cause