ANECDOTE SUR LF. VIEUX POISSON
que l’on m’eût accusée de penchant pour les bonnets rouges , j’avais voué toutes mes sympathies aux bonnets blancs.
Ai. de Rothschild me dit en souriant : « Carême aussi vous rend justice ; il a goûté vos écrits ; voyez. » Et je lus mon nom tout près de moi sur une colonne en sucre. Je rougis soudain comme l’esprit accusateur de Sterne. Ce souvenir était pourtant bien flatteur. La colonne était de la plus ingénieuse architecture; mon nom était inscrit en sucre candi. Mon nom ! — Vous, Quartley et Blackwood ! et toi, Brutus ! et toi, perfide Westminster! vous qui n’avez jamais tracé ce nom qu’avec votre vilaine encre , vous figurez-vous lady Morgan lisant son nom écrit en sucre? — Lorsque je fus assez calme pour exprimer mon plaisir, je demandai h être présentée au célèbre artiste.
Je vis Carême après le café dans le jardin ; je trouvai en lui un homme bien élevé, intéressant.
Quelques minutes après, nous étions lancés sur la* route d’Auteuil , allant chez Gérard, à sa délicieuse campagne, o & tandis qu’un charmant amateur, Barberi, nous chantait un duo avec la jolie compagne de mes voyages, je pus réfléchir avec charme sur la supériorité d’une ville comme Paris, où j’ai pu , le même jour, dîner chez le plus magnifique amphitryon de l’Europe, et écouter le soir, quelques heures après, au milieu d’un jardin embaumé, de la musique jaillie des doigts de Rossini , dans la maison de Gérard , sur le site où Boileau recevait Molière et Racine.
Lady Morgan.