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LE LAPIN

Le prieur des Chartreux de Bon-Pas siégeait un jour à un superbe festin que le vice légat d’Avignon donnait en son honneur. Il avait été convenu d’avance que tous les plats seraient maigres, car le prieur passait pour suivre rigoureusement les règles de son ordre. L’amphitryon servit un superbe poisson , qui séduisait également la vue et l’odorat ; on en offrit au prieur; mais au moment qu’il allait atlaquer avec sa fourchette , un frère lui dit tout bas à l’oreille :

« N’en mangez pas, mon père ; j’ai été, par hasard, à la cuisine, et j’ai vu... des' choses qui font frémir. Cette sauce, que vous croyez faite avec des carottes et des oignons , est un coulis de lapin et de jambon’.

— Mon frère, vous êtes trop bavard, et surtout trop curieux; que diable alliez-vous faire à la cuisine? ce n’est pas là votre place 1 2.»

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