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KIRSCHEN-WASSER

— Vous portez avec vous ce salutaire breuvage ; vous faites couler sur vos lèvres tremblantes quelques gouttes d’esprit de cerises; celte liqueur vous réveille, vous ranime. Une douce chaleur se répand dans vos membres, votre courage renaît, le ravissement succède à la crainte.

Nous ne saurions blâmer l’usage du kirsch lorsque le corps, soumis à de rudes fatigues, a besoin d’être réconforté par quelque stimulant. Si vous parcourez les Alpes ou les Pyrénées, munissez-vous d’un flacon d’esprit de cerises : c’est le viatique indispensable dans ces vastes solitudes ; c’est lui qui vous fait franchir les torrents, escalader les rochers ; c’est lui qui vous réveille sur ces hantes cimes , quand les vents imprégnés du froid de la nuit engourdissent vos membres fatigués.

L’esprit de cerises ou kirschen-wasser , comme l’appellent les Allemands, est aujourd’hui une liqueur à la mode. Il est plus agréable que l’eau-de-vie de Cognac, le rhum, le tafia, le rack et autres liqueurs alcooliques que produit la fermentation spiritueuse des végétaux. Son odeur suave, son goût délicat, affriandent le palais , la bouche en est comme parfumée ; mais son usage habituel n’en est pas moins nuisible, surtout à l’égard des personnes douées d’une organisation délicate et d’une sensibilité exquise.

On est plus vif, plus léger, plus dispos, après le petit verre de kirsch ; l’esprit engourdi se ranime , les sensations se réveillent. Les idées étaient paresseuses : elles sortent du cerveau vives, fraîches, colorées; on travaille avec plus d’ardeur, le sujet qu’on traite s’embellit, on le voit sous de nouvelles faces. Mais si vous doublez les doses pour multiplier votre travail , pour le rendre plus facile, vous portez dans

VARIETES

votre sein une irritation féconde en maux de toute sorte. Votre estomac, votre cerveau, vos nerfs, se ressentent de cette espèce d’agression que vous renouvelez sans cesse; peu à peu vos forces surexitées s’épuisent, votre intelligence s’use et s’affaiblit, vous perdez la mémoire, vos idées se troublent, vous travaillez avec peine, et au lieu d’un labeur riche et fécond, vous n’avez plus que l’impuissance du désordre*.

CAFÉ, THÉ

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