PERFECTIONNÉE
Une tasse de café tempéré légèrement de bon laitage n’ôtera rien à votre intelligence; au contraire, votre estomac, libre de mets succulents, ne fatiguera point votre cerveau; — il ne l’associera point à ses angoisses, il le laissera libre dans ses opérations. — Bientôt les suaves molécules du moka agiteront votre sang sans lui donner une chaleur immodérée; l’organe delà pensée en recevra une impression sympathique; le travail deviendra plus facile, et vous arriverez sans peine au principal repas, qui restaurera votre corps, vous donnera une nuit calme, délicieuse. L’homme qui ne se livre point à de rudes travaux n’a pas besoin de deux repas substantiels dans la ournée; un déjeuner frugal, un dîner confortable, lui suffisent. Il faut, au contraire, deux ou trois bons repas à l’homme affaibli par la fatigue, dont les muscles sont dans une action vive et continue. I/homme sédentaire, oisif, qui va du fauteuil à la table, qui se repaît d’osmazome , qui ne vit , qui ne respire que pour manger , boire et dormir, celui-là, l’apoplexie le réclame , il lui appartient, bientôt il sera sa victime.
Mais si vous pouvez vous procurer de l’excellent moka, du fin bourbon, il n’en est pas ainsi du bon lait. C’est vous surtout qui en souffrez, pauvres Parisiens, bon public, paisibles ménages, qui tenez aux vieilles coutumes de vos pères. La laitière, ’avide laitière, est aujourd’hui au nombre des charlatans qui vous trompent, qui vous
1 Voyez ce bel ouvrage, le Phytographie médicale, par M. Roques (rue Thérèse, il).
CAFÉ, THÉ. 555
dupent. C’est elle qui, de grand matin, donne le signal des falsifications. La fontaine du village a donné à son lait une teinte azurée. Il faut lui rendre sa blancheur primitive, sa moelleuse épaisseur. Vite de l’amidon, des substances féculentes : voilà ce qu’elle nomme le lait chaud. Pour la crème du banquier, du pair de France, de M. le préfet, et autres consommateurs de haut étage, oh ! il faut lui donner ce reflet doré qui vous charme dans le lait de la Basse-Normandie. Le suc de carotte, la fleur du souci des champs, le carthame des teinturiers, le sirop de mélasse, le sucre brûlé, voilà le secret de notre chimiste de la banlieue. (M. Roques.)