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DÉJEUNER

Aujourd’hui on ne sait comment déjeuner; ce n’est plus un repas réglé, ni pour la nature des aliments. Beaucoup de gens ou ne déjeu lient point , ou font un déjeuner dînatoire. — L’heure du dîner n’est guère plus réglée ; — on est convenu, d’une part, de se faire attendre, et, de l’autre, d’attendre jusqu’au dernier arrivé. Tel convive mesure son retardement s"ir l’importance qu’il croit avoir; il suit de Jà que celui qui n’a pas déjeuné ne dîne pas simplement, mais dévore. Les morceaux tombent entiers dans son estomac affaibli par une abstinence de vingt-quatre heures; — il boit, mais ce n’est pas le vin qui fait digérer! — Quant au convive prévoyant qui, craignant le retard du dîner, a fait un déjeuner robuste, il ne l’a pas souvent digéré en se mettant à table, et il n’en mange ni n’en boit pas moins; l’affaire sera de digérer, et c’est beaucoup si à l’aide du café il en vient à bout.

Et ce café, dont, après cinq services,

Votre estomac goûte encor les dclices.

C’est au lendemain que je les attends ; ils se lèvent dormant encore. — La tête est lourde, et le corps appesanti ; l’estomac fatigué pendant la nuit est tout débilité ; la bouche est amère ; la respiration est gênée ; nos gens sont tristes ou maussades; ils sont grondants; ils brusquent ce qui les environne.

Je ne connais de remèdes que le café à l’eau , très-chaud et léger, une mesure de café pour trois lasses d’eau chaude, et par infusion; on prend l’une au réveil , les deux autres à demi-heure d’intervalle : c’est la présence du soleil qui dissipe les brouillards du malin. — On s’éveille alors réellement, on retrouve la vie, le mouvement! La tète s’allége, l’estomac est soulagé, le sang reprend sa circulation, on retrouve le jeu de ses poumons ; les sécrétions du matin se rétablissent promptement; on perd vite toute humeur chagrine; on parle avec bienveillance , car, le café pris , la vue est toute différente ; on est en état d’écrire, ce qui un quart d’heure avant était impossible.

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A défaut, je le sais, on a recours au thé, mais il y a des tempéraments auxquels il ne réussit pas; il agace, il pince certains estomacs. Une infusion légère de café, la mesure d’une tasse, dans une pinte d’eau, infusé à froid ou à chaud, édulcoré avec le sucre, est bien plus efficace, il est légèrement tonique et diurétique. — Le café rétablit les sécrétions, ce que le thé n’opère point.

Pour les estomacs qui digèrent volontiers le lait, et ce n’est pas l’estomac des intempérants, cette infusion légère de café, coupée, blanchie, avec une tasse de lait ou une cuillerée de crème, fait une boisson du malin agréable, salutaire; c’est celle des gens de lettres en Allemagne.

Le café est rangé dans la classe des goûts de convention ; cependant il a un caractère que voici, et qui le place au nombre des goûts naturels. L’homme malade se dégoûte du tabac, etc., etc. ; il n’y a pas de maladie qui inspire le dégoût du café, lors même qu’il y a dégoût du vin , dégoût bien prononcé. Il y a peu de malades , de convalescents qui, dans leurs fantaisies, faux appétits, n’aient pas l’appétit du café ; ils ne voient pas impunément la garde en faire son déjeuner : beaucoup de médecins même sont indulgents pour cette fantaisie là. — Notre malade n’envie pas le vin que cette garde préfère rarement au café.

On serait peut-être autorisé à conclure que le goût du café devient plus naturel, plus impérieux même que celui du vin. Un effet, les gens du peuple, depuis l’introduction du café dans les marchés, ont-ils préféré son usage à celui du vin; et tel fort de la Halle qui se serait enivré le matin d’eau- de-vie, déjeune avec un bol de café ; cependant quel café! Dans les campagnes, cet usage s’est également introduit , et on voit la femme , qui dès le matin va travailler aux champs, préférer , pour ce premier repas, le café. — Car, si le café n’est pas, à proprement parler, nutritif, il est corroborant, et il devient réellement nourrissant par l’addition du sucre et surtout du lait.

Telles sont les propriétés du café, qu’il faut, je le répète, admettre, parce qu’elles sont constantes. Ce n’est pas l’homme sanguin ou bilieux qui peut prononcer sur ses propriétés , parce que le café ne convient pas à ces deux tempéraments; mais celui qui appartient à la constitution flegmatique, séreuse, ne niera aucune de ses vertus.

L’analyse du café a occupé les chimistes, mais à une époque où l’art d’analyser les corps répandait peu de jour sur leurs principes constituants; l’ancienne chimie employait l’eau, l’esprit-de-vin, le feu, à ses analyses; ces agents confondaient tout, et la chimie actuelle sépare tout. Combien une substance analysée par Fourcroy, Fauqvethi, Thénard, Dumas, etc., est riche en principes, tandis qu’elle en est si pauvre analysée par Letncry ! Mais enfin, pour donner une idée des analyses anciennes du café, de celles faites par Lemery, Ix-

CAFÉ, THÉ

fèvre, Bourdeiin , Neueman, nous dirons que le café contient en grande quantité de l’acide, de l’extrait gommeux, de l’extrait résineux, de l’huile volatile, du sel volatil, enfin du sel fixe. Huit onces d’un extrait mixte sont la quantité que Neueman a obtenue d’une livre de café brûlé; mais tels sont à peu près les produits que donne indistinctement, par cette voie analytique, toute substance végétale.

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