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U IME EXCURSION AUX PYRENEES

les trouve; c’est une conquête, surtout lorsqu’ils sont rares. Et puis, les mouvements qu’on fait dans les bois, la pureté de l’air qu’on respire sur les coteaux ; les sites , les charmants paysages qui s’olfrent à nos regards, le léger bruit d’une fontaine, l’attrait d’une belle journée , tout cela donne du câline et de la vigueur à l’esprit. On revient mieux portant , on mange les champignons qu’on a cueillis , on les trouve délicieux : un bon cuisinier les a assaisonnés, c’est l’exercice. La digestion est facile, point de rêves pénibles. On reprend les travaux ordinaires ; et si quelques jours après on a quelques instants de loisir, on retournera dans les bois.

Pour nous qui conservons mille souvenirs de nos excursions , il nous plaît de revoir en pensée les pays pittoresques , les sites ou gracieux ou sévères, les êtres animés qui leur donnaient la vie. — Là-bas, dans les Pyrénées, nous retrouvons aux premiers jours de juin — le pâtre Louis, non loin de Baréges; il cueille sur la mousse de petits champignons tout blancs dont le parfum se répand au loin et charme l’odorat.

« Comment préparez-vous ces champignons? » lui dis-je. — « Je les fais bouillir dans de l’eau après les avoir épluchés ; et lorsqu’ils sont bien cuits, je les presse dans un linge; puis je les tourne dans un peu de lait bouillant , avec des œufs et du sel. Mes vaches et mes chèvres me donnent du fromage, «t le torrent me fournit du vin. Voilà comme je vis dans le temps des mousserons. »

Descendez jusqu’au bassin de Luz, où tout s’anime de verdure , et gagnez la gorge imposante de Gavarnie , mais arrêtez-vous à Saint- Sauveur : vous trouverez dans tous les bosquets, et jusqu’aux bords du Gave, le mousseron à moitié caché dans l’herbe. Il pullule également dans les Pyrénées- Orientales parmi les broussailles, et on en parfume les omelettes depuis Perpignan jusqu’au montCanigou.

« Et cette partie de mousserons , me disait mon ami , quand la ferons-nous? » — « Demain, si vous voulez, après la visite de nos malades de l’ambulance. » Nous partions de Boulou , quartier* général de notre armée, en suivant la rive gauche du Thec. — Le canon grondait sur la montagne , dans le fort de Bellegarde , occupé par les Espagnols ; mais c’était vraiment de la poudre perdue , car il n’effrayait guère les Français qui couraient la vallée.

Après avoir fait une petite pause à Saint-Jean de Pagès pour y boire une tasse de lait exhalant le parfum des nouveaux pâturages , nous allions explorer les prairies de Céret , qui nous donnaient une abondante récolte de mousserons. Réunis à nos camarades de l’hôpital d’Arles, nous battions ensuite les broussailles jusqu’à la base du Canigou , où nous trouvions encore des mousserons avec la belle gentiane à fleurs jaunes et l’anémone sauvage.

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