PRÈS DE PARIS
Nous voici au fond du vallon, au milieu du silence de la forêt , — silence plein de secrets, plein de charmes, où le cœur s’apaise tout entier. Je crois entendre un léger bruit, c’est une fontaine qui épanche son eau fraîche et pure; cette source alimente un charmant ruisseau dont les bords sont tapissés d’herbes et d’arbustes que la clématite
enlace de ses flexibles rameaux Quels beaux chênes! Et ces jolis
châtaigniers riants de jeunesse — et ces aunes que la nature a parés d’un brillant vernis. — Le bouleau se plaît aussi dans cette aimable solitude, mais il aime la pente des collines. — Voyez comme il balance son léger feuillage, avec quelle grâce il abandonne ses rameaux au jeu des brises ! Sa tige haute, glacée d’argent , répand au crépuscule uue douce lueur qui sourit au voyageur égaré ; sa sève lui fournit une boisson qui le désaltère.
Et ces fruits d’un aspect, d’un goût, d’un parfum incomparables, qui les a semés au bord de ce taillis, sous les belles palmes de ces fougères? Et ces myrtilles avec leurs baies noires et rafraîchissantes qui se multiplient sous nos pas, ces myrtilles dont le bûcheron apaise sa soif, qu’il apporte à ses enfants, et qu’il appelle dans son langage naïf raisins des bois ! Ah ! savourons sans crainte cette humble ambroisie que la nature a faffe.
Continuons nos recherches au bord du bois, visitons ces lieux aquatiques où je remarque une verdure brillante et touffue. Ne reconnaissez-vous pas la bryone dioïque, avec ses feuilles palmées, sorte de liane qui vient demander un appui aux buissons, et les étreint de ses vrilles
VARIETES
légères? Quelle est cette plante dont les rameaux étincellent de pourpre? C’est la salicaire; elle s’est emparée du feuillage de saule, et semble commander aux herbes des ruisseaux par sa noble stature, par l’éclat et la grâce de ses épis. L’eupatoire d’Avicenne l’accompagne ; moins belle, moins élégante , elle est pourtant remarquable par ses feuilles découpées comme celles du chanvre, par sa tige haute, cotonneuse, dont le sommet se couronne de jolis bouquets de fleurs purpurines.
Tout en herborisant, nous regagnons le plateau d’Andillv, où vient nous joindre le savant docteur Gaubert l. Ce médecin ne peut se lasser d’admirer les objets qui s’offrent à sa vue. Cette riche culture, ce paysage si varié , si. romantique, le tiennent dans un état d’enchantement ; mais il voudrait bien visiter avec nous la vallée. Le plaisir d’observer la nature avec ce jeune savant dissipe ma fatigue, et j’oublie que je viens de faire plus de six lieues dans les bois. Nous partons ; — nous voilà de nouveau dans les bois ; — le polygala nous sourit avec grâce, la menthe aquatique nous embaume. — M. Gaubert compare le parfum de la menthe à tout ce que l’Arabie a de plus suave. « Ce parfum, dit-il, pénètre jusqu’aux sources les plus intimes de la vie. »> — Il cueille lui-même une infinité déplantés dont il décrit les caractères avec la précision d’un habile botaniste. — Je jouis de sa conversation spirituelle, savante, toujours empreinte d’une philosophie élevée , où l’on reconnaît le meilleur collaborateur de l’illustre professeur du Yalde-Grâce. Mais au milieu de toutes les belles choses qui nous ravissent, la machine organique éprouve des besoins qu’il faut satisfaire autrement que par des dissertations ou par l’arome des fleurs. L’oxygène des coteaux et une abstinence de près de douze heures ont irrité le gaster, qui gronde, qui crie. Nous gravissons rapidement la colline, la faim nous donne des ailes, et en quelques minutes nous voici dans la petite maison de la Cavée, où nous attendait un fin repas. (Andilly.)
Il est sept heures. Nous partons pour Montmorency en suivant les sentiers les plus étroits et les plus couverts. La soirée est ravissante ; nous nous abandonnons aux impressions nouvelles qu’elle fait naître. Un air frais se glisse dans la sombre verdure des taillis où la pourpre du couchant vient jeter quelques-uns de ses rayons. Rien ne trouble le silence qui nous environne , si ce n’est l’oiseau du soir qui chante doucement dans la feuillée. — Les herbes de ces lieux solitaires penchent leurs faibles tiges, et leconvolvulus ferme déjà ses corolles de neige au milieu des buissons. Heures paisibles, heures d’étude, vous avez déjà fui comme ces douces images qui apparaissent dans un songe !
1 Feu Moreel Gaubc.t.