‹ Les classiques de la tableChapitre 252 sur 282 · LE DEJEUNER · texte numérisé non relu

LE DEJEUNER

Un jour, clans un château des environs de Paris où la cuisine est stimulante, j’insistais sur quelques abus des épices; nous étions à table, tout le monde paraissait m’écouter avec intérêt, lorsqu’on servit une belle gigue de mouton. Un des convives, le curé du lieu, homme d’esprit , aimable , tant soit peu gourmand , me regarde , et s’écrie : «Docteur! je suis d’un tempérament flegmatique, replet, ventru, enclin au sommeil. Vite une muscade ! je me charge de préparer la sauce. » Il s’empare à l’instant de la gigue, lui fait plusieurs incisions profondes pour que le jus s’écoule, et il assaisonne ce jus d’une assez forte quantité de poudre de muscade. « La sauce est faite , dit-il ; je crains peu les anathèmes de la médecine quand je suis à table , et si madame le veut bien, je recevrai avec reconnaissance quelques cuillerées de ce bon jus. Ensuite je suis d’avis qu’un ou deux verres de Saint-Georges, et la petite tasse de café, (il est si parfait celui que madame nous donne ! ) feront merveille pour la digestiou. N’cst-ce pas là de la bonne médecine? Optimum verô mecLicamentum est opportune cibus clatus. Docteur! c’est votre meilleur argument, je m’en empare. »

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