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UNE VIEILLE DAME

J’avais, il y a quelques années, à Paris, une amie très-aimable, mais la plus indolente des créatures, un des derniers restes de la brillante société d’avant 89. Bien qu’elle eût passé son année climatérique, elle était encore, par la pensée, aussi vivace, aussi active

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qu’elle avait pu l’être dans la fleur de la jeunesse. Comme les personnes de sa caste , le fond de son caractère était une parfaite indifférence, et sa dernière passion une élégante causerie. Spécimen intact d’une espèce presque éteinte, elle était pour l’observateur un objet piquant d’études. C’était enfin le type d’une femme à la mode de 1790. Sa ruelle contenait son cercle , et ce petit cercle était quatre ou cinq fois renouvelé pendant la journée. Elle prenait son chocolat au lit , et recevait ensuite ses premières visites. Son dîner venait à huit heures , à l’heure à peu près de l’ancien souper français ; elle passait la nuit entourée de ses vieux amis , derniers représentants de tout l’ancien bel esprit de Paris. Je restais tous les jours quelques heures avec elle, la quittais habituellement lorsque toute sa verve était allumée, car son esprit n’avait son éclat qu’aux bougies et à une heure très-avancée. Je parvenais quelquefois à la faire sortir de son hôtel , qui était au commencement du faubourg Saint-Honoré , où elle est restée immobile pendant des années entières. Un jour, je l’entraînai de vive force pour la promenade, et, sa longue toilette achevée, nous arrivâmes juste sur la route de Longchamps quand les voitures du grand monde en revenaient. Une autre fois je la conduisis à l’Opéra ; nous entrâmes au milieu du ballet. En une autre circonstance , nous nous présentâmes à une séance de l’Institut au moment où M. le secrétaire perpétuel de Quincy finissait longuement son discours. Cette amie , perle du vieux grand monde , parlait quelquefois avec une vivacité charmante de la campagne , comme toutes les personnes qui ne l’habitent pas; elle l’adorait, disait-elle, et avait une charmante maison avec grand parc , une maison bien ornée et bien abandonnée , mais à cinq lieues de Paris. Le seul objet sérieux de cette demeure semblait être d’alimenter la jardinière de son salon et de sa chambre à coucher des plus belles fleurs de toutes les saisons. Chaque jour elle faisait et défaisait le projet de m’y conduire ; et ce ne fut qu’après m’en avoir parlé cent fois, remettant toujours la course au jour suivant, que je parvins à la jeter dans sa voiture pour ce grand voyage de quelques lieues. J’avais le matin assisté à son lever, et quand sa toilette fut faite, elle finit par me suivre, et passa de son grand fauteuil dans sa belle calèche. De délai en délai , la journée s’était avancée; nous étions presque dans la soirée, et lorsque la voiture s’arrêta devant la grille d’une belle et pittoresque cour, il faisait complètement nuit (1).

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