‹ Les classiques de la tableChapitre 38 sur 282 · ÉPROUVETTES GASTRONOMIQUES · texte numérisé non relu

ÉPROUVETTES GASTRONOMIQUES

Nous entendons par éprouvettes gastronomiques des mets d’une saveur reconnue et d’une excellence tellement indisputable, que leur apparition seule doit émouvoir, chez un homme bien organisé , toutes les puissances dégustatrices ; de sorte que tous ceux chez lesquels , en pareil cas , on n’aperçoit ni l’éclair du désir ni la radiance de l’extase , peuvent justement être notés comme indignes des honneurs de la séance et des plaisirs qui y sont attachés.

La méthode des éprouvettes, dûment examinée et délibérée en grand conseil , a été inscrite au livre d’or dans les termes suivants , pris d’une langue qui ne change plus :

Utcumque ferculum eximii et bene noti saporis appositum fuerit, fiat autopsia convivœ, et nisi faciès ejus ac ocuii vertantur ad extasim , notetur ut indignus.

Ce qui a été traduit comme il suit par le traducteur juré du grand conseil :

« Toutes les fois qu’on servira un mets d’une saveur distinguée et » bien connue , on observera attentivement les convives , et on notera » comme indignes tous ceux dont la physionomie n’annoncera pas le » ravissement. »

La force des éprouvettes est relative , et doit être appropriée aux facultés et aux habitudes des diverses classes de la société. Toutes circonstances appréciées , elle doit être calculée pour causer admiration cl surprise : c’est un dynamomètre dont la force doit augmenter à mesure qu’on monte dans les hautes zones de la société. Ainsi , l’éprouvette destinée à un petit rentier de la rue Coquenard ne fonctionnerait déjà plus chez un second commis , et ne s’apercevrait même pas à un dîner d’élus (select few) chez un financier ou un ministre.

Nous allons maintenant donner l’état des mets que nous avons jugés propres à servir d’éprouvettes ; nous les avons divisés en trois séries d’ascension graduelle, suivant l’ordre et la méthode ci-devant indiqués.

Éprouvettes gastronomiques.

Page 1