ÉPROUVETTES GASTRONOMIQUES
Nous entendons par éprouvettes gastronomiques des mets d’une saveur reconnue et d’une excellence tellement indisputable, que leur apparition seule doit émouvoir, chez un homme bien organisé , toutes les puissances dégustatrices ; de sorte que tous ceux chez lesquels , en pareil cas , on n’aperçoit ni l’éclair du désir ni la radiance de l’extase , peuvent justement être notés comme indignes des honneurs de la séance et des plaisirs qui y sont attachés.
La méthode des éprouvettes, dûment examinée et délibérée en grand conseil , a été inscrite au livre d’or dans les termes suivants , pris d’une langue qui ne change plus :
Utcumque ferculum eximii et bene noti saporis appositum fuerit, fiat autopsia convivœ, et nisi faciès ejus ac ocuii vertantur ad extasim , notetur ut indignus.
Ce qui a été traduit comme il suit par le traducteur juré du grand conseil :
« Toutes les fois qu’on servira un mets d’une saveur distinguée et » bien connue , on observera attentivement les convives , et on notera » comme indignes tous ceux dont la physionomie n’annoncera pas le » ravissement. »
La force des éprouvettes est relative , et doit être appropriée aux facultés et aux habitudes des diverses classes de la société. Toutes circonstances appréciées , elle doit être calculée pour causer admiration cl surprise : c’est un dynamomètre dont la force doit augmenter à mesure qu’on monte dans les hautes zones de la société. Ainsi , l’éprouvette destinée à un petit rentier de la rue Coquenard ne fonctionnerait déjà plus chez un second commis , et ne s’apercevrait même pas à un dîner d’élus (select few) chez un financier ou un ministre.
Nous allons maintenant donner l’état des mets que nous avons jugés propres à servir d’éprouvettes ; nous les avons divisés en trois séries d’ascension graduelle, suivant l’ordre et la méthode ci-devant indiqués.
Éprouvettes gastronomiques.