DU SOMMEIL
s’allonger en variant le genre et la nature des sensations qu’il lui fait éprouver ; mais cette continuité d’existence l’amène à désirer le repos. Le repos conduit au sommeil, et le sommeil produit les rêves.
Ici nous nous trouvons aux dernières limites de l’humanité : car l’homme qui dort n’est déjà plus l’homme social; la loi le protège encore , mais ne lui commande plus.
71. temps du repos. — L’alternative de jour et de nuit qui se fait sentir sur toute la terre avec certaines variétés , mais cependant de manière qu’en résultat de compte l’un et l’autre se compensent , a indiqué assez naturellement le temps de l’activité comme celui du repos; et probablement l’usage de notre vie n’eût point été le même si nous eussions eu un jour sans fin.
Quoi qu’il en soit , quand l’homme a joui , pendant une certaine durée, de la plénitude de sa vie, il vient un moment où il ne peut plus y suffire ; son impressionnabilité diminue graduellement ; les attaques les mieux dirigées sur chacun de ses sens demeurent sans effet , les
i organes se refusent à ce qu’ils avaient appelé avec plus d’ardeur, l’aine est saturée de sensations , le temps du repos arrivé.
III est facile de voir que nous avons considéré l’homme social , environné de toutes les ressources et du bien-être de la haute civilisation ; car ce besoin de se reposer arrive bien plus vite et bien plus régulièrement pour celui qui subit la fatigue d’un travail assidu dans son cabinet; dans son atelier, en voyage, à la guerre, à la chasse, ou de toute autre manière.
A ce repos , comme à tous les actes conservateurs , la nature, cette excellente mère , a joint un grand plaisir.
L’homme qui se repose éprouve un bien-être aussi général qu’indéfinissable ; il sent ses bras retomber par leur propre poids, scs fibres se distendre , son cerveau se rafraîchir ; ses sens sont calmes , ses sensations obtuses^ il ne désire rien, il ne réfléchit plus ; un voile de gaze s’étend sur ses yeux. Encore quelques instants , et il dormira.
MÉDITATION XVII