‹ Les classiques de la tableChapitre 47 sur 282 · DES REVES · texte numérisé non relu

DES REVES

Les rêves sont des impressions unilatérales qui arrivent à l’âuie sans le secours des objets extérieurs.

Ces phénomènes, si communs et en même temps si extraordinaires, sont cependant encore peu connus.

Dans l’état actuel de la science, il doit rester pour convenu qu’il existe un fluide aussi subtil que puissant , qui transmet au cerveau les impressions reçues par les sens , et que c’est par l’excitation que causent ces impressions que naissent les idées.

Le sommeil absolu est dû à la déperdition et à l’inertie de ce fluide.

Il faut croire que les travaux de la digestion et de l’assimilation , qui sont loin de s’arrêter pendant le sommeil , réparent cette perte , de sorte qu’il est un temps où l’individu , ayant déjà tout ce qu’il faut pour agir, n’est point encore excité par les objets extérieurs.

Alors le fluide nerveux , mobile par sa nature , se porte au cerveau par les conduits nerveux ; il s’insinue dans les mêmes endroits et dans les mêmes traces , puisqu’il arrive par la même voie ; il doit donc produire les mêmes effets , mais cependant avec moins d’intensité.

La raison de cette différence me paraît facile à saisir. Quand l’homme éveillé est impressionné par un objet extérieur, la sensation est précise , soudaine et nécessaire ; l’organe tout entier est en mouvement. Quand, au contraire, la même impression lui est transmise pendant son sommeil , il n’y a que la partie postérieure des nerfs qui soit en mouvement; la sensation doit nécessairement être moins vive et moins positive; et, pour être plus facilement entendu, nous disons que chez l’homme éveillé il y a percussion de tout l’organe , et chez l’homme dormant il n’y a qu’ébranlemenl de la partie qui avoisine le cerveau.

Cependant on sait que dans les rêves voluptueux la nature atteint son but à peu près comme dans la veille ; mais cette différence naît de la différence même des organes ; car la génésique n’a besoin que d’une excitation quelle qu’elle soit , et chaque sexe porte avec soi tout le matériel nécessaire pour la consommation de l’acte auquel la nature l’a destiné.

73. recherche a faire. — Quand le fluide nerveux est ainsi porté au cerveau , il y afflue toujours par les couloirs destinés à l’exercice de quelqu’un de nos sens , et voilà pourquoi il y réveille certaines sensations ou séries d’idées préférablement à d’autres. Ainsi on croit

MEDITATION XY1II

voir quand c’est le nerf optique qui est ébranlé , entendre quand ce sont les nerfs auditifs, etc. ; et remarquons ici comme singularité qu’il est au moins très-rare que les sensations qu’on éprouve en rêvant se rapportent au goût et à l’odorat : quand on rêve d’un parterre ou d’une prairie, on voit des fleurs sans en sentir le parfum ; si l’on croit assister à un repas , on en voit les mets sans en savourer le goût.

Ce serait un travail digne des plus savants que de rechercher pourquoi deux de nos sens n’impressionnent point l’âme pendant le sommeil , tandis que les quatre autres jouissent de presque toute leur puissance. Je ne connais aucun psychologue qui s’en soit occupé.

Remarquons aussi que plus les affections que nous éprouvons en dormant sont intérieures, plus elles ont de force. Ainsi, les idées les plus sensuelles ne sont rien auprès des angoisses qu’on ressent si on rêve qu’on a perdu un enfant chéri , ou qu’on va être pendu. On peut se réveiller en pareil cas tout trempé de sueur ou tout mouillé de larmes.

74- nature des songes. — Quelle que soit la bizarrerie des idées qui quelquefois nous agitent en dormant , cependant , en y regardant d’un peu près, on verra que ce ne sont que des souvenirs ou des combinaisons de souvenirs. Je suis tenté de dire que les songes ne sont que la mémoire des sens.

Leur étrangeté ne consiste donc qu’en ce que l’association de ces idées est insolite , parce qu’elle s’est affranchie des lois de la chronologie, des convenances et du temps; de sorte que, en dernière ana- 1 yse , personne n’a jamais rêvé à ce qui lui était auparavant tout â fait i nconnu.

On ne s’étonnera pas de la singularité de nos rêves , si l’on réfléchit que , pour l’homme éveillé , quatre puissances se surveillent et se rectifient réciproquement; savoir : la vue, l’ouïe, le toucher et la mémoire; au lieu que, chez celui qui dort, chaque sens est abandonné à ses seules ressources.

Je serais tenté de comparer ces deux états du cerveau à un piano près duquel serait assis un musicien qui , jetant par distraction les doigts sur les touches, y formerait par réminiscence quelque mélodie, et qui pourrait y ajouter une harmonie complète s’il usait de tous ses moyens. Cette comparaison pourrait se pousser beaucoup plus loin , en ajoutant que la réflexion est aux idées ce que l’harmonie est aux sons ; et certaines idées en contiennent d’autres , tout comme un son principal en contient aussi d’autres qui lui sont secondaires, etc. , etc.

75. système du docteur gall. — En me laissant doucement conduire par un sujet qui n’est pas sans charmes, me voilà parvenu aux confins du système du docteur Gall , qui enseigne et soutient la inultiformité des organes du cerveau.

Page 1