QUELQUES EXPLICATIONS PRELIMINAIRES. III
volume, » ce recueil d’écrits courts et précieux, réunira tous les bous conseils ; le lecteur y puisera en toute sûreté les règles de la vie sage et confortable à la fois.
Enfin les voilà réunis , tous ces précepteurs de l’art de vivre comme il existe aujourd’hui !
Je saisirai cette forme de conversation pour donner sur ces écrivains quelques détails personnels qui ne seront pas sans intérêt pour ceux qui , en temps différents , parcourront ce riche volume. Si on ne les lit pas d’abord , on y reviendra par reconnaissance; car on ne trouvera pas sans charme, j’en suis sûr, au milieu des incertitudes de la vie , ce phare précieux pour la santé et le goût. Les observations de tant d’écrivains perspicaces, qu’on n’eût pas su faire soi-même, feront l’effet d’une de ces conversations délicates que l’on est charmé de reprendre. —
« — Sept ou huit personnes éminentes représentent par des souvenirs de leur vie ou par leurs écrits la gastronomie du Consulat et de l’Empire, c’est-à-dire l’ère qui arrive jusqu’à nous. — M. de Talleyrand , le ministre des affaires extérieures depuis le Directoire , en 1798, jusqu’en 1807 ou 1808. Quelle noble maison ! Et l’on ne dira pas que M. le prince de Bénévent , plus riche que l’employé supérieur des pentarques, ait effacé ce dernier par la délicatesse et le goût. Ses premiers exemples ont été des modèles , et , dans l’art de représenter les sommités sociales, ce ministre a marché à peu près comme Raphaël dans la peinture : dès les premiers jours il a atteint le but , sa table a été mesurée, polie, parfaite.
Un homme 1 dont le nom ne sera pas effacé dans les souvenirs culinaires, M. Boucher, monta tout de suite cette maison comme le noble esprit du prince la désirait. Les menus des grands dîners des affaires étrangères sont classiques ; Carême nous les a retracés , et nous ne craignons pas de dire qu’on les copiera long-temps. Le prince de Talleyrand avait toute confiance en M. Boucher, homme de talents naturels, et le laissait libre dans ses dépenses. U acceptait tout ce qu’il faisait. M. Boucher est mort au service du prince, vers cinquante-deux ans; C’était un homme actif de corps et d’esprit , une âme pure , quoique l’éducation n’eût pas semé dans son intelligence. Il avait débuté par
1 M. Boucher ou Bouchc-Sèche sortait de la maison de Coudé, citée pour la succulence et fonction de sa bonne chère. Ainsi la cuisine du prince de Tallejrand n’était que celle-là, continuée, perfectionnée.