‹ Les classiques de la tableChapitre 53 sur 282 · TRAITEMENT PRESERVATIF OU CURATIF DE L'OBESITE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT PRESERVATIF OU CURATIF DE L'OBESITE

87. généralités. — Toute cure de l’obésité doit commencer par ces trois préceptes de théorie absolue : discrétion dans le manger, modération dans le sommeil , exercice à pied ou à cheval.

Ce sont les premières ressources que nous présente la science : cependant j’y compte peu, parce que je connais les hommes et les choses, et que toute prescription qui n’est pas exécutée à la lettre ne peut pas produire d’effet.

Or, 1° il faut beaucoup de caractère pour sortir de table avec appétit; tant que ce besoin dure, un morceau appelle l’autre avec un attrait irrésistible; et en général on mange tant qu’on a faim, en dépit des docteurs , et même à l’exemple des docteurs.

2° Proposer à des obèses de se lever matin , c’est leur percer le cœur : ils vous diront que leur santé s’y oppose; que quand iis se sont levés matin, ils ne sont bons à rien toute la journée; les femmes se plaindront d’avoir les yeux battus; tous consentiront à veiller tard, mais ils se réserveront de dormir la grasse matinée ; et voilà une ressource qui échappe.

3° Monter à cheval est un remède cher, qui ne convient ni à toutes les fortunes ni à toutes les positions.

Proposez à une jolie obèse de monter à cheval , elle y consentira avec joie , mais à trois conditions : la première , qu’elle aura à la fois un beau cheval , vif et doux ; la seconde, qu’elle aura un habit d’amazone frais et coupé dans le dernier goût; la troisième, qu’elle aura un écuyer d’accompagnement complaisant et beau garçon. Il est assez rare que tout cela se trouve , et on n’équite pas.

L’exercice à pied donne lieu à bien d’autres objections : il est fatigant à mourir ; on transpire et on s’expose à une fausse pleurésie ; la poussière abîme les bas ; les pierres percent les petits souliers , et il q’y a pas moyen de persister. Enfin si , pendant ces diverses tentatives, il survient le plus léger accès de migraine, si un bouton gros comme la tête d’une épingle perce la peau , on le met sur le compte du régime, on l’abandonne, et le docteur enrage.

88. dangers DES acides. — Il circule parmi les femmes une doctrine funeste , et qui fait périr chaque année bien des jeunes per-

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sonnes , savoir : que les acides , et surtout le vinaigre , sont des préservatifs contre l’obésité.

Sans doute l’usage continu des acides fait maigrir, mais c’est en détruisant la fraîcheur , la santé et la vie ; et quoique la limonade soit le plus doux d’entre eux , il est peu d’estomacs qui y résistent longtemps.

La vérité que je viens d’énoncer ne saurait être rendue trop publique ; il est peu de mes lecteurs qui ne pussent me fournir quelque observation pour l’appuyer, et dans le nombre je préfère la suivante, qui m’est en quelque sorte personnelle.

En 1776, j’habitais Dijon ; j’y faisais un cours de droit en la faculté ; un cours de chimie sous M. Guyton de Morveau , pour lors avocat général , et un cours de médecine domestique sous M. Maret, secrétaire perpétuel de l’Académie, et père de M. le duc de Bassano.

J’avais une sympathie d’amitié pour une des plus jolies personnes dont ma mémoire ait conservé le souvenir. Je dis sympathie d'amitié, ce qui est rigoureusement vrai et en même temps bien surprenant, car j’étais alors grandement en fonds pour des affinités bien autrement exigeantes.

Cette amitié , qu’il faut prendre pour ce qu’elle a été et non pour ce qu’elle aurait pu devenir , avait pour caractère une familiarité qui était devenue , dès le premier jour, une confiance qui nous paraissait toute naturelle , et des chuchotements à ne plus finir, dont la maman ne s’alarmait point, parce qu’ils avaient un caractère d’innocence digne des premiers âges. Louise était donc très-jolie , et avait surtout, dans une juste proportion , cet embonpoint classique qui fait le charme des yeux et la gloire des arts d’imitation.

Quoique je ne fusse que son ami, j’étais bien loin d’être aveugle sur les attraits qu’elle laissait voir ou soupçonner , et peut-être ajoutaient-ils, sans que je pusse m’en douter, au chaste sentiment qui m’attachait à elle. Quoi qu’il en soit, un soir que j’avais considéré Louise avec plus d’attention qu’à l’ordinaire : « Chère amie, lui dis-je, » vous êtes malade ; il me semble que vous avez maigri. — Oh ! non, » me répondit-elle avec un sourire qui avait quelque chose de mélan- » colique , je me porte bien; et , si j’ai un peu maigri , je puis , sous » ce rapport, perdre un peu sans m’appauvrir. — Perdre! lui répli- » quai-je avec feu ; vous n’avez besoin ni de perdre ni d’acquérir : » restez comme vous êtes , charmante à croquer , » et autres phrases pareilles qu’un ami de vingt ans a toujours à commandement.

Depuis cette conversation , j’observai cette jeune fille avec un intérêt mêlé d’inquiétude, et bientôt je vis son teint pâlir, ses joues se creuser, ses appas se flétrir... Oh! comme la beauté est une chose fragile et fugitive ! Enfin, je la joignis au bal, où elle allait encore comme

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