‹ Les classiques de la tableChapitre 56 sur 282 · E LA MAIGREUR · texte numérisé non relu

E LA MAIGREUR

Les chétifs sont de tous les poils et de toutes les formes. On les distingue en ce qu’ils n’ont rien de saillant , ni dans les traits ni dans la tournure; qu’ils ont les yeux morts, les lèvres pâles, et que la combinaison de leurs traits indique l’inénergie, la faiblesse, quelque chose qui ressemble à la souffrance. On pourrait presque dire d’eux qu’ils ont l’air de n’être pas finis , et que chez eux le flambeau de la vie n’est pas encore tout à fait allumé.

93. régime incrassant. — Toute femme maigre désire engraisser : c’est un vœu que nous avons recueilli mille fois; c’est donc pour rendre un dernier hommage à ce sexe tout-puissant que nous allons chercher à remplacer par des formes réelles ces appas de soie ou de coton qu’on voit exposés avec profusion dans les magasins de nouveautés , au grand scandale des sévères, qui passent tout effarouchés, et se détournent de ces chimères avec autant et plus de soin que si la réalité se présentait à leurs yeux.

Tout le secret pour acquérir de l’embonpoint consiste dans un régime convenable : il ne faut que manger et choisir ses aliments.

Avec ce régime , les prescriptions positives relativement au repos e au sommeil deviennent à peu près indifférentes , et on n’en arrive pas moins au but qu’on se propose. Car si vous ne faites pas d’exercice , cela vous disposera à engraisser ; si vous en faites , vous engraisserez encore, car vous mangerez davantage; et quand l’appetit est savamment satisfait , non-seulement on répare , mais encore on acquiert quand on a besoin d’acquérir.

Si vous dormez beaucoup, le sommeil est incrassant; si vous dormez peu , votre digestion ira plus vite, et vous mangerez davantage.

Il ne s’agit donc que d’indiquer la manière dont doivent toujours se nourrir ceux qui désirent arrondir leurs formes; et celte tâche ne peut être difficile , après les divers principes que nous avons déjà établis.

Pour résoudre le problème , il faut présenter à l’estomac des aliments qui l’occupent sans le fatiguer, et aux puissances assimilatives des matériaux qu’elles puissent tourner en graisse.

Essayons de tracer la journée alimentaire d’un sylphe ou d’une sylphide à qui l’envie aura pris de se matérialiser.

Règle générale : on mangera beaucoup de pain frais et fait dans la journée , on se gardera bien d’en écarter la mie.

On prendra , avant huit heures du matin, et au fit, s’il le faut, uu potage au pain ou aux pâtes , pas trop copieux , afin qu’il passe vite , ou , si on veut , une tasse de bon chocolat.

A onze heures, on déjeunera avec des œufs frais , brouillés ou sur le plat , des petits pâtés , des côtelettes , et ce qu’on voudra ; l’essentiel est qu’il y ait des œufs. La tasse de café ne nuira pas.

MEDITATION XXII I

L’heure du dîner aura été réglée de manière à ce que le déjeuner ait passé avant qu’on se mette à table ; car nous avons coutume de dire que quand l’ingestion d’un repas empiète sur la digestion du précédent , il y a malversation.

Après le déjeuner,- on fera un peu d’exercice : les hommes , si l’état qu’ils ont embrassé le permet , car le devoir avant tout ; les dames iront au bois de Boulogne , aux Tuileries , chez leur couturière , chez leur marchande de modes, dans les magasins de nouveautés, et chez leurs amies, pour causer de ce qu’elles auront vu. Nous tenons pour certain qu’une pareille causerie est éminemment médicamenteuse, par le grand contentement qui l’accompagne.

A dîner, potage, viande et poisson à volonté ; mais on y joindra les mets au riz, les macaronis, les pâtisseries sucrées, les crèmes douces, les charlottes, etc.

Au dessert, les biscuits de Savoie , babas et autres préparations qui réunissent les fécules , les œufs et le sucre.

Ce régime , quoique circonscrit en apparence , est cependant susceptible d’une grande variété ; il admet tout le règne animal , et on aura grand soin de changer l’espèce , l’apprêt et l’assaisonnement des divers mets farineux dont on fera usage et qu’on relèvera par tous les moyens connus , afin de prévenir le dégoût , qui opposerait un obstacle invincible à toute amélioration ultérieure.

On boira de la bière par préférence , sinon des vins de Bordeaux , ou du midi de la France.

On fuira les acides , excepté la salade , qui réjouit le cœur. On sucrera les fruits qui en sont susceptibles , on ne prendra pas de bains trop froids ; on tâchera de respirer de temps en temps l’air pur de la campagne ; on mangera beaucoup de raisin dans la saison ; on ne s’exténuera pas au bal à force de danser.

On se couchera vers onze heures dans les jours ordinaires, et pas plus tard qu’une heure du matin dans les extra.

On engraisse les moutons, les veaux, les bœufs, la volaille, les carpes , les écrevisses , les huîtres ; d’où je déduis la maxime générale : Tout ce qui mange peut s* engraisser, pourvu que tes aliments soient bien convenablement choisis.

MÉDITATION XXIII

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