CHAPITRE PREMIER
LA YIIXE.
§ «. — 0«a territoire. ^ Ses esraadlsseincBts sii
Paris fut d^abord renfermé dans Vile de la Cité. Ce fut Tétroit berceau de la yaste agglomération d'aujourd'hui.
Défendue par la Seine qui Tenveloppait de ses contours, la ^Ile des Parisiens se trouvait dans une situation admirable, pour se garantir conlre les agressions de la force. Elle ne tarda pas cependant à renoncer au bénéfice de cette protection naturelle : sous Tempire des nécessités de son approvisionnement, ainsi que des besoins divers de la vie civile, la population, étendant son centre d'activité, franchit bientôt le fleuve vers le nord, et vint bâtir des habitations dans la vallée, sur le point où le cours de la Seine ménage à la navigation un lieu d'abordage, propice au commerce fluvial. C'est maintenant le port de la Grève.
Ainsi s'élevèrent les premiers faubourgs.
A mesure que le temps faisait son œuvre, et qu'à la faveur de la sécurité que donne la paix, les populations allaient grandissant, il se formait au delà delà clôture, de nouveaux groupes de constructions qu'il fallait plus tard renfermer dans une enceinte nouvelle. Ces émigrations successives hors du rayon municipal etdéfensif, fixèrent l'attention des rois, et des actes du pouvoir souversdn, rendus sous les règnes de Louis XIV et de Louis XV, prétendirenlempécher l'édification de nouveaux
bâtiments dans les faubourgs. Perrot^ en rappelant les déclarations royales qui ont statué à ce sujet, nous apprend que l'on craignait alors « que le trop grand accroissement de la capitale ne de\int le principe de sa perte, ^n détruisant les facilités de la communication que doivent trouver entre eux les habitants d'une même ville, et en apportant des difficultés à Tapprovi* sionnement des denrées et à la distribution de la police dans toutes les parties d'un corps trop étendu (1). » Mais telle était la force expansive des éléments vitaux qui se développaient à l'intérieur, que, malgré les règlements prohibitifs, Paris ne cessa de se peupler à sa périphérie. Les idées, d'ailleurs, s'étaient bien modifiées à la fin du xv!!!*" siècle, puisque bientôt, et dès avant la Ré\olution, le Gouvernement, par la construction de la dernière clôture, triplait, sans hésiter, la surface de la ville.
Dans tous ces mouvements d'extension, pendant l'espace de dix-huit cents ans, la clôture de Paris fut démolie et rétablie neuf fois, el à chaque reconstruction, eUe embrassa un plus Taste terriloire.
La première clôture édiQée sous Jules -César, en B6 avant notre ère, renfej niait 15 b. 23 a.
La deuxième clôture, bàtie sous Julien^ en 358 et375 38 79
La troisième 9 commencée en 1190 et achevée en 4211, sous Philippe-Auguste 252 87
Laqqatrième^ sous Charles Y et Charles Vl^ en i 367 et 1383 439 1«
La cinquième, sous François 1*^ et Qenri II, en 1 553 et 1581.., 483 61
La sixième clôture, sous Henri lY • 567 82
Laseptième,sou8LouisXlY,enl6Tlet lti86 1^103 9i
La huitième, sous Louis XIY et Louis XY, en 1715 et 1717 1,337 08
(1) Dictionnaire de voirie^ t» Limites.
Enfin la neaWèmey sous Louis XVI, en 1788 3,370 h. 36 a.
Cette deruîèi-e est celle dos fermiers géiiëiaux; €^est le mur actuel de Poctroi. Reporté en 1818 vers le sud-est, il a léuni au tenitoire parisien te village d*Austerli(i , qui occupait un espace de 3 liect. 171 ares ; et, par suite encore de deux modifications du trace de l'enceinte de Toctroi, soit en plus, soit en moins, la superficie de Paris a été portée à 3,402 86
Le mur qui clôt maintenant la ville est limité et dégagé par un boulevard extérieur planté, d*une largeur uniforme de 15 toises (29 *" 24), qui règne sur tout son périmètre» à l'exception d'une lacune existant encore du côté ouest.
Dans sa marche progressive vers la circonférence, la population de Paris semble obéir à une loi naturelle ; après s'être répandue dans la \allée, elle s'arrête d'abord, sauf quelques extensions partielles, au pied des coteaux qui la bornent vers le nord et le sud, puis, sollicitée par les nombreux emplacements encore déserts qu'avait embrassés la dernière clôture, elle monte peu à peu aux flancs de ces coteaux^ et, sur^elqties points, elle en atteint le sommet.
Du côté de l'est et de l'ouest, elle s'établit dans la direction du fleuve, sans trop s'éloigner du centre des aflaiœs.
Circonscrit par les limites que nous venons d'indiquer^ Paris a la forme d'un ovale irrégulier, déprimé vers le sud et renflé vers le nord. Son plus grand diamètre, dans la même direction, est de 6,020 m., d'après une ligne allant de la barrière CrouUebarbe à la barrière Poissonnière, et passant par Notre- Dame. De l'est à Touest, c'est-à-dire de la barrière de Saint- Mandé à celle de la Cunette, le diamètre est de 8,410 m.
En parlant des extensions successives de la capitale et de sa •mnfiguralion actuelle , nous ne saurions passer sous silence un dixième agrandissement non encore réalisé, mais inévitable.
t LES CONSOBIHATIONS DE PARIS.
Le mur d'enceinte des fortifications, construit en 1840, a marqué les nouyelles limites qu^un avenir plus ou moins éloi* gné assignera à la ville de Paris. Les capitales populeuses, qui tirent leurs principales ressources des octrois, et qui sont en même temps des entrepôts actifs pour le commerce national, ont besoin cependant, pour faciliter les transactions, d'une zone intermédiaire où s'effectue le libre mouvement des marchandises. C'est ainsi que sont nées les grandes communes existant à la ceinture de Paris. L'établissement des gares exté^ rieures de chemins de fer dans ce. rayon, a contribué à augmenter beaucoup le mouvement commercial qui s'y remarque. Sous ces influences, des populations nombreuses se sont agglomérées dans la banlieue; des valeurs considérables, foncières et industrielles, s'y sont créées, et ces circonstances, il faut le reconnaître, forment aujourd'hui un obstacle sérieux à la réunion. Mais l'intérêt de cette mesure deviendra si puissant, que le siècle actuel en verra sûrement la réalisation. L'annexion administrative, avec un double rayon d'octroi, est peut-être le moyen transitoire qui s'offre pour la préparer; elle permettrait en effet d'appliquer peu à peu à une portion importante du Paris futur, les vues d'amélioration qui prévalent aujourd'hui, et de relier au système parisien des territoires qui se sont bâtis au hasard, où les voies de communication se sontouvertes en dehors de l'action de l'autorité, sans aucune pensée d'ensemble, comme sans aucune prévision d'avenir.
Lorsque cette réunion se sera accomplie, Paris aura doublé sa superficie actuelle; la ville, agrandie jusqu'à la rue militaire à l'intérieur, occupera 7,450 hectares. Mais sa circonférence ne se sera pas étendue dans la même proportion ; elle ne sera augmentée que du tiers. Paris a maintenant, y compris la Seine, comptée deux fois, 24,980 mètres ou pbis de 6 lieues
de tour; son périmètre mesuré sur une ligne moyenne prm entre la rue militaire et le pied des glacis de la fortification, comportera un développement de 33,930 mètres, ou près de 8 lieoes et demie.
§ t. * i»lfltrilbatl*B iBtérlenre de la Tille. — 9ee aielseBe et eee édilleee. — See nies et aa leposraphle flenCerralBe*
De la tour de Rotterdam, monument de pierre dont Tél^ Tation est une rareté dans ce pays, on aperçoit une grande partie de la Hollande.. Par un ciel pur, Tceil découvre sans peine d'innombrables prabries, coupées uniformément par des canaux rectilignes et parsemées de riches troupeaux, des TiUages, des massifs de plantations verdoyantes. C'est un immense panorama qui permet d'embrasser à la fois toutes les divisions de ce petit territoire.
Il existe à Paris quelques monuments élevés d'où la vue, portée jusqu'à Thorizon, est frappée d'un magnifique ensemble. Placé au sommet de la tour Saint-Jacques-la-Boucherie, le spectateur peut se faire une idée exacte de l'étendue et de l'importance de la ville; en voyant ces groupes d'habitations si serrées, que la contiguïté des communes populeuses de la banlieue agrandit encore pour le regard, il reconnaît une grande capitale; en apercevant les dômes ou les flèches qui marquent dans le ciel de nombreux monuments, il devine la TiHe de la civilisation et des arts. Mais les constructions de toute espèce sont si hautes et si pressées, la direction des rues si divei^ente par rapport au point d'observation, que presque fous les détails lui échappent. De la tour de Rotterdam, il virale, pour ainsi dire, presque tout un royaume; de la tour SaintrJacques, il voit à peine Paris.
On ne peut donc rien savoir de la grande ville, qu'en la parcourant un plan à la main, et si l'on veut connaître son
passé, c^est dans les livres qu- il faut interroger les siècles.
U n'entre pas dans notre but de faire ici un résumé de l'histoire de Paris ; nous nous bornerons, pour rester dans les limites de notre sujet, à rappeler quelques faits qui se rattachent à la constitution matérielle de la ville.
Les historiens ne fournissent aucun renseignement précis sur le nombre de maisons et de rues qui existaient dans chacune des premières enceintes dont nous avons indiqué retendue.
Pour le nombre de maisons, nous ne savons rien avant Louis XIV. L'auteur de Paris ancien et nouveau^ qui écrivait en 1685, prétend qu'on comptait alors dans la capitale 23,223 maisons, non compris celles situées, sur le derrière.
Sauvai, qu'on ne saurait considérer comme un auteur exact, prétend qu'il y avait à Paris 25,000 maisons, à l'époque où il écrivait, en 1733.
Germain Brice, dans sa Description de la ville de Paris^ n'en trouve, en 1752, que 22,000.
Vers 1807, il y en a 30,000, d'après le Miroir de V ancien et du nouveau Paris^ de Prudhomme.
De La Tynna, dans son Dictionnaire des rues de Parisy publié en 1812, indique le nombte de 29,400.
Il ne faut considérer ces chiffres que comme des approximations générales; car au irioment où Von commence à constater, dans les recensements de la population, le nombre réel de maisons, <m remarque que le résultat obtenu reste notablement au-dessous des appréciations de Prudhomme et de De La Tynna.
D'après les dénombrements, le nombre de maisons existant dans Paris était :
LA VIIXE. 9
En i8t7, de., 26,R0f
En 1811, de 28,699
En 1846, de 30,221
En 1851, de 30,770
Au !•' janvier 1855, le rôle de la contribution foncière accuse 31,558 maisons imposées; à ce nombre, il convient d^ajouter 79 maisons nouvelles affranchies de Fimpôt par divers décrets, celles construites depuis moins de deux ans, et celles en construction.
L'ensemble des maisons, dont Texistence était constatée aux époques dont nous venons de parler, comprenait, d'après les recensements :
lïombre Nombre Nombre Nombre
de de meiiaget de personnes d'individus
ménages. par maison, par ménage, par maison.
En 1817 224,922 8,39 3,10 26,06
En 1841. 322,669 11,24 2,83 31,78
En 1846 356,906 11,81 2,88 34,07
En 1851 385,242 12,52 2,65 33,20,
n semble résulter de ces chiffres que, depuis quinze ou vingt ans, le nombre des ménages et des personnes habitant chaque maison s'est accru sensiblement, ce qui s'explique par l'usage qui a prévalu de donner aux maisons la plus grande élévation légale, de les diviser par petits appartements, en rapprochant les plimchers pour multiplier les étages, et d'en utiliser les combles pour Thabitalion. En même temps, on remarque un mouvement de décroissance dans le nombre des individus qui composent chaque ménage ; les observations que nous aurons l'occasion de faire plus loin sur la moindre fécondité des mariages, trouvent ici une nouvelle confirmation.
Dans l'immense agglomération d'édifices qui servent à l'habitation ou au travail des Parisiens, figurent de nombreux monuments élevés pour la décoration de la ville ou pour l'utilité publique.
L'étranger qui entreprend de yisiter Paris dans tous ses détails, y pourrait compter :
15 palais affectés soit à Fhabitation du souverain , soit aux réunions des grands corps de l'État , soit aux musées;
Un nombre égal de monuments d'art qui , en rehaussant la splendeur de la capitale, rappellent des dates glorieuses ou des actes mémorables que le pays signale à la postécité ;
21 ponts jetés sur la Seine, parmi lesquels on peut compter plusieurs chefs-d'œuvre de la science architecturale ;
42 églises catholiques , dont quelques-unes sont de magnifiques ou de gracieuses expressions de l'art chrétien, 5 temples protestants et 2 synagogues ;
4 bibliothèques publiques, 6 établissements généraux d'instruction, 5 lycées, 3 collèges, 129 écoles communales.;
3 manufactures impériales ;
18 théâtres;
48 établissements militaires, y compris les casernes, les hôpitaux affectés auxtroupes, la manutention des vivres, et les greniers à fourrages;
9 prisons aJSectées aux prévenus et aux diverses catégories de condamnés ;
De nombreux monuments municipaux ;
L'Hôtel de ville et la préfecture de police ;
35 fontaines monumentales, non compris divers établissements hydrauliques ;
12 mairies, 7 abattoirs, 57 barrières, 2 entrepôts et le gre* nier de réserve, les halles et marchés ;
Les trois cimetières, les places monumentales et plantées, qui servent à la fois à l'ornement de la ville, à l'agrément des Parisiens et à l'amélioration de l'hygiène publique ;
Enfin, les établissements consacrés au soulagement de la misère et delà souffrance :
Lk VILLB. It
Le immtrde-piété et son annexe , 16 bôpitauX) 1 1 hodpioes, sans compter les services divers qui en dépendent, et les maisons de secouni, distribuées dans toute Tétendne de la ville.
Nous n^avons pas la prétention de faire ici une énumération complète de tous les édiGces remarquables, soit sous le rapport de Part, soit au point de vue de l'ulUité. Pour en donner une description complète, il faudrait sortir des limites dans lesquelles notre sujet nous circonscrit.
Le nombre de rues et autres voies publiques qui divisent les groupes d'habitations et d'édiflces, et permettent aux Parisiens de communiquer entre eux et avec rextérieur, s'accroît natureUement, comme celui des maisons, à mesure que la ville s^agrandit.
A la fin du xiii* siècle, d'après le registre de la taille de Paris sous Philippe le Bel [Documents inédits sur Vhistoirc de France) il y avait à Paris, en 1292, 352 rues et ruelles.
Vers la même époque. Le dit des rues de Paris n'en énumère plus que 310 ; mais il parait certain que la nomenclature versifiée de Guillot en a omis un certain nombre.
Suivant un petit livre gothique imprimé en 1520, et que possède la bibliothèque de la ville, le nombre des rues était alors de 413.
Dans son ouvrage déjà cité (Parts ancien et nouveau) y Le» maire compte 656 rues, vers 1685.
Mais Brice n'en trouve plus, en 1752, que 558 ; il est vrai que son évaluation exclut les ruelles.
Ce nombre ne s'élève pas à moins de 1,109, en i807 , si l'on en croit Prudhomme.
Six ans plus tard, en 1812, De La Tynna porte à 1,225, le nombre des rues, quais, boulevards et impasses.
Les relevés tirés des recensements de la population depuis 1841, accusent des résultats de beaucoup supérieurs; s'ils
étaient admissibles, le nombre des^^ voies publiques iaurait
été : •
En 1841, de 1727
En 1846. de 1782
En 1831. de «839
Mais ces nombres comportent des doubles emplois, chaque recenseur ayant dressé une liste de rues pour le quartier dont il était chargé. Il en est résulté qu^une rue traversant plus d'un quartier, ou même située sur plus d'un arrondissement, a été comptée deux ou trois fois. D'un autre côté, les recenseurs çnt compris parmi les voies publiques, des ruelles qui ne méritaient pas d'y être classées.
MM. Lazare, auteurs d'un nouveau Dictionnaire des rues de Parisy ont fait sur les dernières nomenclatures arrêtées par Tadmiilistration, un relevé qui présente des garanties d'exao^ titude, et qui réduit à 1,474 le nombre des voies publiques de la ville de Paris, savoir :
Nombre. Longueur.
Avenues 27 il, 190
Boulevards 24 15,5^
Chediins de ronde 44 19,379
Impasses , 84 4,714
Places ou carrefours ... 91 6,8 1 4
Quais 36 23,177
Rues 1,1«8 303,796
Totaux M74 384,665
Toutes ces voies publiques, d'après un document émanant du service des ingénieurs, occupent Une surface de près de :,500,000 mètres, savoir :
En pavé. 3,100,000 m.
En macadam 810,000
En paities. sablées ou en terrain naturel 1,305,000
Report 5,2«5.000
Ajoutant celle des Tuîes publiques à Tentrelien des particuliers 217,000
On obtient une supeificie totale de. 5^462,000 m.
Les trottoirs qui bordent les voies publiques les plus fréquentées , si on les prend isolément y réservent à la circulation des piétons, une étendue qui n^est pas inférieure à 1,038,000 m. La ville en entretient 954,000 m. On compte soit sur les trottoirs, soit aux façades des maisons et édifices, 13,630 poleaux ou consoles portant autant d^appareils pour l'éclairage public»
Si nous jetons un coup d'œil sur la topographie souterraine de Paris, nous trouvons que les conduites ou tuyaux qui distribuent Teau et la lumière dans tous les quartiers de la viUe, ou qui la débarrassent des eaux pluviales et ménagères, se développent sur une longueur immense.
Les conduites d*eau forment un réseau de 330,000 m*
Les conduites de gaz sont pltis développées encore; elles offrent aujourd'hui une longueur de 485,000 m.
Leségouts qui, en 1806, ne dépassaient pas 23,530 mètres courants de galeries, en ont maintenant 163,000 m.; il y a 28,000 m. d'égouts de grande section, et 135,000m. de petite section*
La longueur totale de ces divers canaux souterrains est donc de 978,000 m. C'est un développement de 244 lieuet d'appareils conducteurs qui sillonnent dans toutes les dire<y tiens, la ville, et qui sont, en quelque sorte, pour elle, ce que fe système artériel et les autres agents de l'organisme sont poiu: le corps humain.