LB TABAC
Dans les mœurs da jour, l'usage du cigare est devenu rinévitable complément de Téducation universitaire; il n'est point de bachelier^ fût-il encore imberbe, qui ne se regarde comme passé à Tétat d'homme fait, lorsqu'il a la réputation de fumer sans broncher, un manille ou un panatelas. Les pères de famille ne sauraient se plaindre de cette précocité de leur descendance, car non contents de tolérer chez leurs enfants l'habitude de fumer, ils ne craignent pas de l'introduire eux-mêmes dans la maison.
L'usage du tabac à fumer, borné naguère aux estaminets, s'est étendu aux ateliers des peintres, des architectes et des sculpteurs, où, dans une gaie camaraderie, bon nombre déjeunes gens barbus préludent, par la coloration savante des pipes, à l'étude plus ou moins sérieuse des arts plastiques. La mode l'a propagé ensuite dans le monde, et aujourd'hui, soit à l'intérieur des habitations, soit sur la voie publique, le cigare brûle dans mille bouches à la fois, et règne partout en dominateur. Bien plus, il figure invariablement au milieu des desserts des dîners de garçons, ou couronne, à l'heure de l'inaction, le repas pris en famille. Le cigare est devenu ainsi à Paris, pour la partie masculine de la population, une sorte d'appendice de la nourriture quotidienne.
Il ne faut donc pas s'étonner si, sous l'influence de ces causes et par l'empire tout-puissant de la mode, la consommation du tabac a pris à Paris d'énormes proportions.