LE TABAC
Pour i 851, époque du recensement quinquennal, le rapport des deux consommations est de 1 à 14, 18, lorsque celui, de la population parisienne comparée à la population des autres parties du territoire, est, pour cette même année de 1 à 33,98. La consommation individuelle du tabac est donc beaucoup plus considérable à Paris. 11 est à remarquer cependant que le mouvement d'accroissement de la consommation, suit dans les départements une marche presque aussi accélérée que dans la capitale.
Ceux qui ont à cœur la prospérité financière du pays, peuvent se réjouir à coup sûr, des accroissements extraordinaires d'une consommation qui procure chaque année au trésor public, un bénéfice net de plus de 100 millions ; une telle ressource, qui forme à elle seule le quinzième de toutes les recettes inscrites dans le budget de TÉtat, permet en eflet de réaliser bien des choses utiles. Mais envisagée à un autre point de vue, la question change de face, et sans être humoriste, on peut craindre que l'usage excessif du tabac dans toutes les classes de la société, n'exerce bientôt une action fâcheuse sur le bien-être physique et moral des populations.
Sans qu'il soit besoin d'examiner si, icbez beaucoup d'individus, le tabac n'est pas la cause déterminante de maladies graves, ce qui a été soutenu et controversé, on peut en constater divers efiets certains.
Dans les campagnes et dans la population industrielle des villes, il arrive trop souvent que les ménages les plus pauvres consacrent aux besoins factices nés de l'habitude de fumer, des sommes hors de toute proportion avec leurs ressources, et qui seraient beaucoup plus utilement appliquées à la nourriture ou au vêtement de la famille. Parmi les classes aisées ellesmêmes, la dépense du cigare grève fréquemment avec excès le budget d'un grand nombre de jeunes gens. Mais c'est sur-
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tout au point de vue social, que Thabitude de fumer fait sentir sa funeste influence. Ce qui n'est à Torigine que fantaisie ou caprice de jeunesse, deyient avec le temps un besoin impérieux et même despotique ; les fumeurs ne transigent pas, et lorsqu'ils ne réussissent point à s'imposer à la société, ils la fuient. Le goût immodéré du cigare ajoute aujourd'hui aux causes déjà nombreuses qui contribuent à éloigner des réunions de la famille, plus d'un membre qui deyrait en être l'âme* Si, pour prévenir cette désertion, la tolérance des femmes les porte à permettre de fumer à l'intérieur de la maison, l'odeur qui s'attache aux habits et qui se propage nonobstant les précautions prises, envahit les appartements, et trahit pour les étrangers, l'infraction aux bienséances.
Il est à souhaiter que la consommation du tabac ne se développe pas davantage en France. Les Allemands et les Hollandais qui fument beaucoup ne se font remarquer ni par la vivacité du corps et de l'esprit, ni par cette propreté extérieure qui inspire le respect de la personne. Ne les imitons pas en ce point. 11 semble en effet que chez les peuples fumeurs, les hommes conservent peu de temps l'apparence et les avantages de la jeunesse ; endormis dans un épais narcotisme, ils perdent vite l'activité qui est le plus bel apanage de la première période de la vie. Sans proscrire absolument un usage que le penchant vers l'imitation a mis à la mode, et dans lequel, en dépit de l'analyse, beaucoup de personnes s'obstinent à trouver un plaisir, on doit conseiller aux jeunes gens de résister, en fait de tabac, à la tyrannie de l'habitude, et d'éviter ainsi pour leurs vieux jours l'ennui de l'isolement ; car l'homme qui fume est toujours seul, même en compagnie.