LES CONSOMMATIONS DES GRANDES VILLES
nombreux dans cette ville. L'habitant de Dijon a d'ailleurs un penchant prononcé pour la bière blanche et légère, de goût agréable, qui se fabrique dans cette ville et dont Fusage, s'il est sans utilité, est aussi sans inconvénient.
Les plus gros consommateurs de cidre se rencontrent, on le devine aisément, dans les villes de la Normandie, de l'Ouest et de la Picardie. Le chiffre énorme attribué à la ville de Rennes, relativement à cette boisson favorite, est sans doute de nature à fixer Tattention. Tout d'abord, il nous avait paru à nous-même erroné ; mais nous avons eu soin de nous assurer de sa rigoureuse exactitude : la consommation si exceptionnelle qu'il accuse, s'explique par l'habitude où l'on est à Rennes de faire, pour la ccmsommation courante, un cidre très-peu concentré.
Enfin c'est dans les pays du cidre et de la bière que Ton boit, sous forme d'eau-de-vie„ les plus grandes quantités de liquides alcooliques. Paris, quoiqu'il occupe une position moyenne à l'égard du vin, est au nombre des villes où la consommation de l'alcool est le plus considérable ; nous avons déjà expliqué que cette consommation s'était développée dans la capitale, et que son accroisseiùent y coïncidait avec une diminution très-marquée des quantités de vins introduites, particulièrement des vins blancis ( 1 ) .
Les principales consommations de nos centres populeux ne sauraient fournir une juste idée du régime alimentaire des contrées auxquelles ils appartiennent. Tout le monde sait que dans nos campagnes, les populations agricoles, déjà nourries d'un pain médiocre, ne peuvent que rarement y ajouter une ration de viande et de vin. La cause en est avant tout dans l'insuffisance des salaires ; car la production de la viande de
P âge 215.
boacherie, comme celle des boissons fermentées, est loin d'aToir atteint ses dernières limites, et» en temps normal, elle pourrait assurément suffire à une plus forte demande, sans une augmentation sensible des prix. A défaut de viande de boucherie, le paysan, s'il avait un peu plus d'aisance, pourrait, par l'addition d'un ou deux porcs à son ordinaire, ou en élevant pour son usage de la volaille et des lapins, animaliser assez sa nourriture, pour la rendre suffisamment riche en principes azotés.
On doit regretter que le régime de nos populations rurales ne soit pas plus abondant en chair et en pain de froment ; mais il faut bien se garder d'exagérer le besoin ressenti. Dans les villes, nous sommes loin de nous rendre un compte exact des efiets physiologiques de la vie laborieuse des champs. Sans en porter trop haut les avantages divers, on ne saurait nier que le paysan des contrées salubres ne trouve, dans la pureté de l'air atmosphérique, dans l'exercice modéré de la force musculaire, dans l'habitude des repas réguliers et sobres, pris avec lenteur, des éléments très-utiles à l'équilibre des fonctions vitales, il est des populations entières qui, nonobstant l'excès du principe végétal dans leur alimentation joiu^ nalière, et Tinsalubrité notoire de l'habitation, offrent des types nombreux de vigueur et de longévité. Souhaitons donc que l'ouvrier des campagnes puisse quelque jour introduire dans son r^me alimentaire un peu plus de viande et de vin ; mais gardons-nousde considérer la nourriture des populations urbaines, comme un critérium indispensable partout à l'entretien de la santé.