Quinze shellings en monnaie d'aujourd'hui
CONTE DU FRÈRB. 317
monirez-yoas charitable pour moi» pauvre chéiive. » 1610 (( Non certes (dit-il), que le vilain diable m'emporte/
si je t'en tiens quitte, dusses-tu en mourir! » (( Hélas ! (dit-elle), Dieu sait que je n'ai rien fait. » « Paie-moi (dit-il), ou, par la douce Sainte Anne,
j^emporterai ta poêle neuve
pour la somme que depuis longtemps tu me dois,
du temps où ta fis ton mari cocu,
et où j'ai payé à mon ofâcicialité ton amende. » (( Tu mens (dit-elle), sur mon salut 1
Je n'ai jamais été jusqu'aujourd'hui, veuve ou mariée, 1620 citée à votre cour, de toute ma vie;
je n'ai jamais été qu'honnête de mon corps.
Au vilain diable noir horrible à re^j^arder
je te donne toi et ma poêle avec ! » Et quand le diable l'entendit faire cette malédiction
h genoux, il parla de cette façon :
(( Or çà, Amablcv ma très chère mère,
est-ce votre désir pour de bon que vous dites? ))
(( Le diable (dit-elle), l'emporte tout vivant,
et poêle et tout, à moins qu'il ne se repente! » 1630 « Non, vieille jument, ce n'est pas mon dessein,
(dit notre semoneur), de me repentir,
pour tout ce que j'ai jamais eu de toi ;
je prendrais bien ta chemise et toutes tes bardes I » (( Or çà, frère (dit le diable), ne te courrouce pas;
ton corps et cette poêle m'appartiennent de droit.
Ce soir même tu viendras avec moi dans Tenfer
où tu connaîtras de nos affaires secrètes
plus que n'en sait un maître en théologie. »
Et sur ce mot ce vilain diable le happe; 1 640 corps et ftmb avec le diable il alla
au lieu où les semoneurs ont leur patrimoine.
Et Dieu qui a fait à son image les hommes,
nous garde et nous sauve tous tant que nous sommes, . et veuille que ce semoneur ici devienne honnête!
Mes maîtres, j'aurais pu vous dire -(continua le frère),
si ce semoneur ici n^'en laissait le loisir,
d'après l'autorité du Christ et de Paul et de Jean,
et d'un grand nombre de nos autres docteurs,
telles peines, qae vos cœurs en frissonneraient, — 1650 bien que la langue d'aucun homme ne puisse dire,
quand j'en parlerais l'espace de mille hivers,
les peines de cette maudite demeure d*enfer.
Mais pour nous préserver de ce lieu maudit
veillez bien et priez Jésus que par sa grâce
il nous protège, je l'en supplie, du tentateur Satanas.
Écoutez cette parole et soyez sur vos gardes :
le lion se tient aux embûches toujours ^
pour tuer l'innocent, s'il le peut faire.
Disposez toujours vos cœurs à résister 1660 à l'ennemi qui voudrait nous réduire en servitude et esclavage.
Il ne pourra vous tenter au delà de vos forées *;
car le Christ sera votre champion et chevalier.
Et priez que ces semoneurs se repentent
de leurs méfaits avant que le diable les emporte.
Ici finit le conte du Frère.