‹ Les contes de Canterbury de Geoffroy Chaucer. Traduction française avec une introduction et des notesChapitre 154 sur 188 · Astronome arabe du xi* siècle · texte numérisé non relu

Astronome arabe du xi* siècle

3. Mathématicien polonais du xiii* siècle. Ces noms et d'ailleurs plus d'un des

et d'Aristote, qui écrivirent en leur temps

sur des lentilles et d'étranges miroirs,

comme le savent ceux qui ont ou! parler de leurs livres. Et d'autres gens s'émerveillaient de Tépée

qui pouvait transpercer n'importe quelle chose ;

et se mettaient à parler du roi Télèphe ^

et d'Achille et de sa lance merveilleuse 240 avec laquelle il pouvait aussi bien guérir ou blesser,

tout comme il est possible avec cette épée

dont vous-mêmes avez ouï parler tout à l'heure.

Ils parlent de diverses trempes de métal,

et parlent aussi de médecioes,

et comment et quand il doit être trempé';

mais cela m'est à moi tout-àfait inconnu. Puis ils parlèrent de Tanneau de Canacée,

et dirent tous que d'une pareille merveille

dans Tart de faire des anneaux aucun n'avait ouï parler, 250 sauf que le fameux Moïse et le roi Salomon

eurent renom d'habileté en cet art.

Ainsi parlent les gens en se tirant à l'écart.

Mais cependant certains disaient que c'était

merveille de fabriquer du verre avec des cendres de fougère,

et pourtant le verre n'est pas pareil aux cendres de fougère ;

mais comme c'est chose que les hommes savent depuis longtemps,

alors cessent leurs bavardages et leurs étonnements.

D'aucuns s'étonnent aussi fort des causes du tonnerre,

du flux et du reflux, des fils de la Vierge et du brouillard 260 et de toutes choses, jusqu'à ce qu'ils aient découvert la cause Ainsi ils bavardent et jugent et devisent

jusqu'à ce que le roi se lève de table.

Phébus avait quitté l'angle méridional S

et la bête royale montait encore,

le noble Lion avec son Aldiran \

quand ce roi tartare, ce Cambinskan

termes de ce passage sont empruntés au Roman de la Rose, v. 18234-18387.

1. Télèphe, roi de Mysie, fut blessé, puis guéri, par la lance d'AchiUe.

2. Chaucer imite les propos interrompus de la foule. Il =: le métal.

3. Le soleil quitte cet angle à midi. L'angle méridional est ■ la dixième mansion • du soleil.

4. Étoile située dans le signe du Lion. Aldiran^ en arabe, signiGe les deux pattes de devant.

CONTE DE VECUYER, 415.

se leva de table, où il était assis à la plus haute place.

Devant lui vont les musiques sonores,

jusqu'à ce qu'il arrive à sa chambre de parade 270 en laquelle résonnent les instruments divers;

à les entendre on se serait cru au paradis.

Maintenant dansent les enfants chéris de la joyeuse Vénus S

car dans le Poisson * leur dame assise au plus haut

d'un œil bienveillant les contemple.

Le noble roi est installé sur son trône.

Le chevalier étranger vers lui est aussitôt conduit,

et il entre en danse avec Canacée.

Ce sont là réjouissances et divertissements

qu'il n'est pas au pouvoir d'un esprit morne de raconter. 280 II faut avoir connu l'amour et son service,

et être un festoyeur aussi frais que le mois de mai,

pour pouvoir vous décrire un tel arroi.

Qui pourrait vous dire les figures de danse

si étranges, et les visages si frais,

les si subtils regards, les airs dissimulés

pour ne point donner l'éveil aux jaloux?

Personne si ce n'est Lancelot *, et il est mort.

Aussi je passe sur toutes ces réjouissances;

je n'en dis pas davantage, et à leurs ébats 290 je les laisse, jusqu'à ce qu'ils se rendent au souper. L'intendant a ordonné qu'on apporte vite les épices,

et aussi le vin, au milieu de toute cette harmonie.

Huissiers et écuyers y sont allés,

et vins et épices bientôt sont arrivés.

On mange, on boit, et quand ceci a pris fin,

au temple on se rend, comme de raison. Le service fini, ils soupent tous en ce jour.

A quoi bon vous narrer tout cet arroi?

Chacun sait bien qu*à la fête d'un roi 300 il y a fbison pour grands et pour petits,

et des mets délicats plus que je n'en connais.

1. Ces enrants de Vénus sont les belles dames et les galants seigneurs.

2. Le signe du Poisson élail appelé «l'exaltation de Vénus •; de là l'expression • au plus haut •. Cest dans ce signe qu'elle était considérée comme exerçant le plus d'influence.

3. Lancelot, le plus galant des chevaliers d'Arthur, l'amant de la reine Genièvre.

CMAUCBR. 27

Après souper le noble roi

va voir le clieval de bronze, avec toute la foule

des seigneurs et des dames autour de lui. Tant on s'émerveilla de ce cheval de bronze

que, depuis qu*eut lieu le grand siège de Troie

où un cheval aussi causa tant d'étonnement,

oncques ne fut pareil émerveillement.

Finalement le roi demande au chevalier 310 la vertu du coursier et son pouvoir,

et le prie de lui dire comment on le dirige.

Le cheval se prit à sauter et à danser

dès que le chevalier eut mis la main sur sa bride,

disant : « Messire, voici la chose :

quand vous voulez qu'il vous porte quelque part,

il vous faut tourner une cheville placée dans son oreille;

je vous la désignerai entre nous.

Il faudra aussi lui nommer l'endroit

ou le pays où vous voulez aller.

320 Et en arrivant là où vous voulez vous arrêter,

dites-lui de descendre et tournez une autre cheville;

car c'est là que réside l'effet de tout l'engin,

et alors il descendra et fera votre vouloir,

et en cet endroit demeurera tranquille,

quand le monde entier aurait juré le contraire;

de là ne pourra-t-on le tirer ni le faire bouger.

Ou bien si vous voulez l'en faire partir,

tournez la cheville, et il s'évanouira aussitôt

aux yeux de tout le monde, 330 et reviendra, fût-ce de jour ou de nuit,

lorsqu'il vous plaira de le rappeler,

par tel moyen que je vous dirai

entre vous et moi, et cela tout à l'heure.

Montez-le quand il vous plaira, il n'y a rien autre à faire. »

Lors donc que le roi eut été renseigné par le chevalier,

et se fut exactement mis dans l'esprit

la disposition et la forme de tout l'appareil,

satisfait et joyeux, ce noble et vaillant roi

s'en revint à sa fête comme devant.

340 La bride à la tour est portée,

et rangée parmi ses joyaux chers et précieux.

CONTB DE VECUYER. 417

Le cheval, je ne sais comme, s'évanouit hors de vue; ne m'en demandez pas davantage. Mais je laisse ainsi en liesse et joyeuseté ce Cambinskan festoyant ses soigneurs jusqu'à ce que le jour fût près de se lever.

Explicît prima pars.

Sequitur pars secunda.

Le nourricier de la digestion, le Sommeil,

tourna vers eux ses yeux clignotants, et les invita à considérer

que force libations et fatigues demandent du repos 350 et en bâillant tous les embrassa,

et dit qu'il était temps de s'en aller coucher,

car le sang était en son moment de domination ' ;

« soignez le sang, ami de la nature », dit-il.

Us le remercièrent en bâillant, par deux, par trois,

et chacun de s'en aller au repos

comme le Sommeil les y invitait ; c'était le mieux à faire.

Leurs rêves, je ne vous les dirai pas ;

pleine était leur tête des fumées

qui causent les songes, mais peu importe. 360 Ils dormirent jusqu'à prime passée *,

pour la plupart, sauf pourtant Canacée ;

elle était très tempérante, comme le sont les femmes.

En e£fet de son père elle avait pris congé

pour s'en aller coucher, tôt après vêpre;

point n'avait-elle envie d'être toute pâlie

et au matin de paraître languissante;

et elle dormit son premier sommeil, et puis s'éveilla.

Car telle joie elle avait en son cœur

de son miroir et de sa bague étrange 370 que vingt fois elle changea de couleur ;

et dans son sommeil, sous l'impression

de sou miroir, elle eut une vision.

1. D'après le Calendrier des Bergers, le sang a?ait la maîtrise pendant les six heures qui suîTent minuit; dans les six heures qui précèdent midi, c'est la colère (ou bile); dans les six heures après midi, régnait la mélancolie; et enfin, dans les six heures avapt minuit, le flegme.

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