‹ Les contes de Canterbury de Geoffroy Chaucer. Traduction française avec une introduction et des notesChapitre 175 sur 188 · Tous les deux, c'est-à-dire le savant et Tignorant · texte numérisé non relu

Tous les deux, c'est-à-dire le savant et Tignorant

870 n'était le bon espoir qui se glisse en nos cœurs,

toujours supposant, bien que nous souffrions dur^

que nous serons par elle soulagés plus tard,

espérance et supposition qui sont aiguës et fortes;

je vous en avertis, elle sera toujours à trouver.

Ce temps futur a pousse les gens à se séparer,

en confiance, de tout ce qu'ils avaient.

Cependant dans cet art ils ne peuvent s'assagir,

car il a pour eux une douceur amère;

ainsi semble-t-il, car s'ils n'avaient qu'un drap 880 pour s'y envelopper durant la nuit,

et qu'un couvre-dos pour se promener dans le jour,

ils les vendraient pour les dépenser à ce mystère;

ils ne savent pas s'arrêter, qu'il ne reste plus rien.

Et toujours, en tout lieu où ils vont,

on peut les reconnaître à leur odeur de soufre;

pour tout au monde, ils puent comme le boucl

leur odeur de bélier est si chaude

qu'un homme qui serait à un mille de là,

par leur odeur, croyez-moi, serait infecté; 890 ainsi donc, voyez-vous, par leur odeur et leur habit râpé,

on peut, si l'on veut, reconnaître nos gens.

Et si l'on veut leur demander dans le privé

pourquoi ils sont accoutrés si misérablement,

aussitôt ils vous chuchoteront dedans Toreille

et vous diront que, s'ils étaient connus,

on les tuerait en raison de leur science;

voilà comme ces gens trahissent l'innocence I Laissons cela; j'arrive à mon histoire :

Avant donc que le pot ne soit mis sur le feu, 900 avec certaine quantité de métaux,

mon maître les tempère, et nul autre que lui,

— maintenant qu'il est parti, je puis le dire hardiment —

car, comme on dit, il sait habilement faire;

en tout cas je sais bien qu'il a tel renom;

souventes fois pourtant il tombe en faute ;

or savez-vous comment? bien des fois il arrive

que notre pot se brise! Adieu! tout est parti!

Ces métaux ont si grande violence

que nos murs ne sauraient leur faire résistance,

à moins d'être bâtis et de pierre et de chaux; 910 ils percent donc et traversent le mur,

et quelques-uns s'enfoncent dans la terre,

— ainsi avons-nous parfois perdu maintes livres —

et certains se répandent par tout le plancher,

certains sautent jusqu'au toit; sans nul doute,

bien que le démon ne se montre pas à nos yeux,

je crois bien qu'il est avec nous, ce mauvais-là I

Dedans l'enfer où il est le maître ei seigneur,

il n'est pas |Jus de douleur, ni de rancœur, ni de colère. 920 Lorsque notre pot est brisé, comme j'ai dit,

chacun grommelle et se tient mal payé.

L'un dit que c'était en raison du feu;

l'autre dit non, que cela dépend du souffleur,

(et alors j'avais peur, car c'était mon office).

« Fil (dit le tiers), vous êtes ignorants et sots;

il ' n'a pas été trempé comme il devait l'étrel u

« Non (dit le quatrième), taisez-vaus et écoutez-moi;

c'est que notre feu n'était pas fait de hêtre,

voilà la raison, la seule, sur mes écusl » 930 Moi, je tte saurais dire quelle était la cause,

mais je sais qu'il y a grand débat entre nous.

« Allons I (dit mon maître), il n'y a plus rien à faire,

de ces périls dorénavant je me garderai ;

je suis bien sûr que le pot était fêlé.

Quoi qu'il en soit, ne soyez point abasourdis;

comme c*est l'usage, qu'on balaie aussitôt le plancher;

remettez-vous le cœur, soyez joyeux et contents ! » Tous les débris sont balayés, mis en un tas;

sur le plancher on jette une toile, 940 et tous les débris, mis dans un tamis,

sont triés et passés maintes fois.

« Pftrdieol (dit l'un), un peu de notre métal

est encore là, si nous n'avons pas toutl

Bien que l'affaire ait manqué cette fois,

une autre fois elle peut réussir,

il faut bien aventurer notre avoir;

un marchand ne saurait, pardieul toujours demeurer,

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