‹ Les contes de Canterbury de Geoffroy Chaucer. Traduction française avec une introduction et des notesChapitre 18 sur 188 · Riches fermiers, petits gentilshommes de campagne · texte numérisé non relu

Riches fermiers, petits gentilshommes de campagne

là OÙ il espérait avoir bonne pitance;

car à un ordre mendiant faire Taumône

est signe que Ton est bien confessé.

A Taumône, en effet, il osait s*en faire fort,

il connaissait qu'on était repentant.

Car plus d*un homme a le cœur si dur 230 qu'il ne saurait pleurer, bien qu'il ait contrition cruelle.

Adonc, au lieu de larmes et prières,

on doit donner de l'argent aux pauvres frères.

Sa pèlerine était toujours bourrée de couteaux

et d'épingles, pour donner aux gentes commères.

Et certes, il avait une jolie voix;

il savait bien chanter et jouer de la vielle.

Des chansons il emportait sans conteste le prix.

Son cou était blanc comme la fleur de lys;

d'ailleurs, il était fort comme un champion *. 240 II connaissait bien les tavernes de chaque ville,

et chaque hôtelier et fille de cabaret

mieux qu'un lépreux ou une mendiante;

car à un homme respectable comme lui

il ne convenait point, eu égard à son mérite,

de frayer avec des lépreux malades.

Il n'est pas séant, il ne peut être profitable

d'avoir affaire à racaille de cette sorte,

mais seulement aux riches hommes et marchands de victuailles.

Et partout où quelque profit pouvait lui échoir, 250 courtois il était, et humblement offrait ses services.

Nulle part il n'y avait d'homme si capable.

C'était le meilleur mendiant de son couvent. 252** [Et il payait une certaine rente pour son privilège; 252^ nul de ses frères n'entrait sur son territoire;]^

car une veuve n'eût- elle pas même de souliers,

si séduisant était son In pinncipio^^

qu'il avait d'elle un liard, avant de partir.

Son gain * était bien plus grand que son revenu.

Et il savait aussi folâtrer, tout comme un petit chien.

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