‹ Les contes de Canterbury de Geoffroy Chaucer. Traduction française avec une introduction et des notesChapitre 19 sur 188 · Le produit de sa mendicité · texte numérisé non relu

Le produit de sa mendicité

Les jours de trêve S il était d'un grand secours, car alors il n'était pas tel qu'homme de cloître, 260 avec une chape râpée, comme un pauvre écolier, mais il ressemblait à un magistrat, ou à un pape. De laine doublée était faite sa courte chape, qui s'arrondissait comme une cloche sortant du moule. Il zézayait un peu, par pur caprice, pour rendre son anglais doux sur sa langue; et quand il jouait de la harpe, après avoir chanté, ses yeux luisaient dans sa tète aussi fort que les étoiles dans la nuit glacée.

Ce digne « limilour » s'appelait Hubert.

270 11 y avait un Marchand, h la barbe fourchue,

au vêtement bigarré, haut perché sur son cheval ;

sur la tête un chapeau flamand de castor,

ses bottes joliment et coquettement agrafées.

Il disait son opinion moult gravement,

visant toujours à augmenter son gain.

Il eût voulu que la mer fût gardée, à tout prix,

entre Middelburg et TOrwell '.

11 savait bien faire le change des écus.

Ce digne homme tirait à merveille profit de son jugement; 280 personne ne savait qu'il était endetté,

si majestueuse était sa contenance

quand il passait marché, ou faisait emprunt d'argent.

En vérité, c'était un honnête homme, au demeurant;

mais à vrai dire, je ne sais pas comme on l'appelle.

Un Clerc 3 d'Oxford était là aussi, qui était en logique depuis longtemps.

Son cheval était aussi maigre qu'un râteau, et lui-même n'était pas bien gras, je l'ose dire ; mais il avait l'air creux et la mine triste. 290 Usé jusqu'à la corde était son court manteau; car il n'avait encore obtenu aucun bénéfice,

1. Jours réservés pour le règlement pacifique des querelles par des arbitres,, le plus souvent ecclésiastiques.

2. Port et estuaire de Hollande, où se faisait un commerce actif de laine.

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