Étudiant de TUniversité, se destinant à la prêtrise
ni n*était d'àme assez profane pour prendre un antre emploi. Il préférait aToir à la tête de son lit vingt volumes, reliés en noir ou en rouge, d'Âristote, et de sa philosophie, que robes riches, ou viole, ou gai psaltérion. Mais malgré que ce fôt un philosophe, pourtant il n'avait guère d*or en son coffre ^ ; mais tout ce qu'il pouvait obtenir de ses amis, 300 il en achetait des livres et du savoir,
et diligemment se mettait à prier pour Tàme
de ceux qui lui donnaient de quoi fréquenter Técole.
De Tétude avant tout il prenait soin et souci.
Il ne disait pas un mot de plus qu'il ne fallait,
et ce qu'il disait était correct et respectueux,
et bref et rapide, et plein d'un haut sens.
Conseillère de vertu morale était sa parole,
et il aimait à apprendre, et aimait à enseigner.
Un Sergent de loi, prudent et sage, 3iO qui souvent avait été au parvis S
était là, aussi, riche en excellence.
11 était discret, et d'âme fort révérente.
Tel il semblait du moins, tant ses paroles étaient raisonnables.
Il avait été bien souvent juge aux assises
par patente, et par pleine commission.
Pour sa science, et pour son grand renom,
il avait force honoraires et robes.
De si grand acquéreur, il n'y en avait nulle part;
tout était pour lui propriété libre, en réalité; 320 ses acquêts ne pouvaient être protestés'.
Nulle part il n'y avait d'homme aussi affairé que lui,
et pourtant il paraissait plus affairé qu'il n'était.
Il savait mot pour mot tous les cas et jugements
qui depuis le temps du roi Guillaume s'étaient produits.
De plus, il savait rédiger, et composer un acte;
1. Le « philosophe > élait aussi d'ordinaire un « alchimiste ».
2. Au porche de Téglise de Saint-Paul, où se réunissaient les gens de loi.
3. Personne ne s^entendait comme lui aux transmissions de biens; il savait délier toute propriété des charges ou substitutions qui pouvaient y être attachées; et ses actes en ce genre n'étaient jamais contestables pour vices M forme.
nul ne pouvait avoir prise sur son écrit; et chaque article, il le savait tout entier par cœur, /l chevauchait simplement velu d'un habit grisâtre, ceint d'une ceinture de soie, à petits clous*; 330 de son costume je ne parlerai pas davantage.
Un Franklin' élait son compagnon;
blanche était sa barbe, comme la marguerite.
De complexion il était sanguin.
Il aimait fort, le malin, une soupe au vin'.
Vivre dans la joie était sa constante habitude,
car il était le fils même d'Ëpicure,
qui estimait que plaisir complet
était vraiment félicité parfaite.
Il pratiquait l'hospitalité, et largement; 340 c'était le Saint Julien *■ de sa province.
Son pain, sa bière, étaient toujours des meilleurs;
d'homme mieux fourni en vins, il n'y en avait point.
Sa maison n'était jamais dépourvue de pMés,
de poisson et de chair, et en telle abondance,
qu'elle regorgeait de victuailles et de boissons,
et de toutes les friandises imaginables.
Selon les diverses saisons de l'année
il changeait son régime et son souper.
Il avait en cage mainte perdrix grasse, 350 et mainte brème et maint brochet en son vivier.
Malheureux son cuisinier, si la sauce n'était point
piquante et forte, et toute sa batterie en état.
Sa table fixe * dans la grande salle constamment
restait couverte de mets tout le long du jour.
Aux sessions il était lord et sire;
souventes fois il fut chevalier du comté •.
Une dague et une bourse toute de soie
pendaient à sa ceinture, blanche comme le lait du matin.
1. Ornements attachés au tissu de la ceinture et le plus souvent en forme de barres ou de clous.