Prologue de Sire Topaze
Oyez les plaisants propos de VHôtelier à Chaucer^
Quand lout ce miracle fut dit, -chacun
demeura sérieux, que c'était merveille;
enân notre hôte se mit àgaber,
puis pour la première fois il jeta les yeux sur moi
et m'interpella ainsi : « Qui es-tu? (dit-il;)
& ton air on dirait que tu suis la piste d'un lièvre,
car je te vois toujours Toeil fiché en terre.
Approche un peu, et lève-moi les yeux gatment. Allons, garez-vous, messieurs, et faites place à cet homme; 1990 il a la taille aussi bien prise que moi;
il ferait fme poupée à enlacer pour le bras d'une femme, menue et jolie de visage I Il semble mal luné à ses façons car il ne dit mot aimable à personne.
Dis-nous quelque chose à ton tour, comme ont fait les autres; conte-nous une joyeuse histoire, et cela tout de suite. » it Hôtelier, (lui dis-je,) ne le prends pas mal, caTj je t'assure, je ne sais pas d'autre histoire qu'une rime que j'ai apprise voilà longtemps. » lôOO « Soitl cela fera, (dit-il.) Or ça, nous allons entendre quelque chose de rare, si j'en juge par sa mine. »
Explicit.
Sire Topaze*.
Ici commence le Conte de Sire Topaze par Chaucer,
Oyez, seigneurs, en bonne entente eL je vous vais dire en vérité
I. Dana ce conte, Chaucer parodie les romans de chevalerie qui, de son temps,
histoire de joie et soûlas, toute d'un chevalier qui fut beau et galant à la bataille et au tournoi :
son nom était Sire Topaze.
Il était né en lointaine contrée, en Flandre, par delà la mer, 1910 à Popering, dans le manoir;
son père était un très noble homme et seigneur était de cette contrée par la grâce de Dieu.
Sire Topaze devint un preux varlet * ;
sa face était blanche comme pain-demain ',
avaient dégénéré en ballades ou poèmes populaires demi-lyriques. 11 désigne en passant, comme on le verra plus loin, ceux de ces poèmes qui ont surtout ' attiré sa raillerie. La traduction su Hit à faire ressortir la parodie de la matière, mais non celle de la forme. Chaucer s'amuse en effet, sans presque exagérer pourtant, à souligner l'inconsciente drôlerie des stances, avec leur rythme «au* tillant, leurs épi thètes traditionnelles et leurs constantes chevilles. Pour essayer de faire sentir un peu les malices de sa versification, nous donnons (iiielqueâ stances qui reproduisent assez fidèlement la forme extérieure des siennes et leur trot saccadé.
Oyez, sei^aours, prêtez Toreille, Si TOUS diroi-je grand' merveille,
Histoire de renom, D'an chevalier bel et courtois Dans la bataille et les toaroois ;
Sire Topaze a nom.
Sur terre étrange il vint an monde, En Flandre, outre la mer profonde ;
Popering est le lieu ; Son père estoit homme d'honneur Et de tout le pays seigneur
Par la gr&ce de Dieu.
Si grandit-il en preux varlet ; Sa face est blanche comme lait,
Sa bouche est do coral ; Son teint semble écarlate en graine.
Et, tenez la chose certaine,
Son nez n'a pas d'égal...
Pucolles belles comme jour Soupirent pour lui dans la tour D'amour, Feroient mieux de dormir ; Mais il est chaste et non lécheur, Plus pur que l'ésrlanlier en fleur
Que l'été fait rougir...
Il a fourreau d'ivoire blanc.
Heaume de clair laiton brillant,
Jambière de cuir brune ; D'un os de rochal est sa selle, Son mors comme un soleil ruisselle.
Ou comme un clair de lune