‹ Les contes de Canterbury de Geoffroy Chaucer. Traduction française avec une introduction et des notesChapitre 78 sur 188 · V-FP · texte numérisé non relu

V-FP

en sa prison te fit mourir;

mais pourquoi et comment tu fus tué, je Tignore.

De Hugouno, comte de Pise*.

Le supplice du comte Hugolin de Pise nul ne pourrait, de pitié, le décrire; mais à peu de distance de Pise s'élevait une tour, 3600 et dans cette tour il fut mis en prison et avec lui ses trois jeunes enfants*.

L'afné avait à peine cinq ans.

Triste sort! c'était grande cruauté de mettre de tels oiseaux en une telle cage!

Il fut condamné k mourir dans cette prison, car Roger*, qui était évoque de Pise, avait porté sur lui une accusation fausse, k cause de laquelle le peuple se souleva contre lui, et le mit en prison de telle manière 3610 que je vous ai dit, et de nourriture et de boisson il avait si peu, qu'à peine elles pouvaient suffire, et de plus elles étaient fort communes et mauvaises.

Et un jour il arriva qu'à l'heure où on lui apportait d'habitude à manger, le geôlier ferma la porte de la tour.

Il l'entendit bien, — mais ne dit mot, et en son cœur aussitôt lui vint la pensée qu'on voulait le faire mourir de faim. « Hélas! (dit-il,) hélas, pourquoi suis-je né? » 3620 A ces mots les larmes tombèrent de ses yeux.

Son jeune fils qui avait trois ans,

lui dit : « Mon père pourquoi pleurez- vous?

Quand le geôlier apportera- t-il notre potage?

N'y a-t-il pas quelque morceau de pain que vous ayez gardé?

J'ai si faim que je ne puis dormir.

Oh, plût à Dieu que je pusse dormir toujours

1. Chaucer nous indique lui-même Toriginal où il a puisé cette « Tragédie » cf. V. 3650.

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