Antiochus Epiphanes, roi de Syrie, cf. 2, Machabées, IX
le grand orgueil, et les œuvres détestables? Car il n*y en eut pas d'autre tel que lui. Lisez ce qu'il était en Machabée \ 3770 et lisez les paroles orgueilleuses qu'il prononça, et pourquoi il tomba de haute prospérité, et comment sur une colline il mourut misérablement.
La fortune l'avait exalté en orgueil tellement qu'il pensait vraiment pouvoir atteindre aux étoiles, de tous les côtés', et dans une balance peser chaque montagne, et arrêter tous les flots de la mer.
Et pour le peuple de Dieu surtout il avait de la haine, il voulait le faire périr dans les tourments et la douleur, 3780 pensant que Dieu ne pourrait abattre son orgueil.
Et parce que Nicanor et Thimolhée
furent grièvement vaincus par les Juifs,
aux Juifs il voua telle haine
qu'il fit préparer son char sans retard,
et jura, et dit, avec grand dédain,
qu'il serait bientôt à Jérusalem,
pour passer son courroux sur elle très cruellement;
mais il dut bientôt renoncer à son dessein.
Dieu pour sa menace le frappa si grièvement 3790 d'un mal invisible, à jamais incurable,
qui tellement lui déchirait et rongeait les entrailles, que ses douleurs étaient insupportables.
Et assurément, cette vengeance était raisonnable, car il tortura les entrailles de bien des hommes; mais de son maudit et damnable dessein malgré sa souffrance il ne voulut pas s'abstenir;
mais donna l'ordre d'équiper son armée sur-le-champ, et tout soudain, avant qu'il s'en doutât, Dieu abattit son orgueil et sa jactance. 3800 Car il tomba si rudement de son char
qu'il en eut les membres et la peau déchirés, aussi ne put-il plus marcher ni chevaucher,
i. C'est-à-dire au Livre des Macbabées.
2. C'est-à-dire régner sur la terre, jusqu'à tous les bouts de l'horizon.
mais en une litière on le porta,
tout meurtri, autant du dos que des côtés.
La vengeance de Dieu Le frappa si cruellement qu'au travers de son corps rampaient des vers impurs ; et de plus il exhalait une telle puanteur, que de tous les serviteurs qui le soignaient, qu'il fût éveillé ou bien endormi, 3810 nul à cause de cette puanteur ne pouvait résister. En ce triste état il se lamenta et pleura, et reconnut Dieu pour le maître de toutes les créatures.
A toute son armée et à lui-même aussi l'odeur de sa carcasse était répugnante ; personne ne pouvait le porter.
Et dans cette puanteur et cette horrible peine il mourut misérablement sur une montagne. Ainsi ce voleur et cet homicide, qui avait fait pleurer et gémir bien des gens, 3820 reçut la récompense qui convient k Torgueil.
De Alexandro*.
L'histoire d'Alexandre est si commune
que quiconque a l'âge de raison
sait quelque chose de sa fortune, sinon tout.
Le monde entier, en somme,
il conquit de vive force, ou bien à cause de sa grande renommée
on était trop heureux de lui envoyer des offres de paix.
Il abaissa l'orgueil des hommes et des bétes,
partout où il alla, jusqu'aux confins du monde.
Jamais encore comparaison n'a pu être faite 3830 entre lui et aucun autre conquérant ;
car tout l'univers a tremblé par crainte de lui; il était la fleur de chevalerie et de générosité; la fortune le fit héritier de ses honneurs; sauf le vin et les femmes rien ne pouvait affaiblir ses grands desseins de guerre et de travail ; tant il était rempli d'un courage léonin.
1. Pour cette • tragédie -, Chaucer n'a eu qu'à puiser dans ces œuvres innombrables qui forment le cycle d'Alexandre.
Qu'ajouterais-je k sa gloire en vous parlant de Darius, et de cent mille autres, des rois, princes, comtes, et ducs courageux, 3840 qu*il vainquit, et mit k mal?
Je le redis, si loin que Thomme peut aller à cheval ou à pied, le monde était à lui, qu*est-il besoin d'en dire plus? Car dussé-je dorénavant écrire ou vous parler sans cesse de sa valeur, cela ne pourrait suffire.
Il régna douze ans, à ce que dit le livre des Machabées * ; il était fils de Philippe de Macédoine, qui le premier fut roi dans le pays de Grèce. 0 digne et noble Alexandre, hélas I Pourquoi a-t-il fallu qu'advint telle aventure! 3850 Tu fus empoisonné par les tiens ^; la fortune a changé ton six en as ^ et néanmoins pour toi elle n'a pas versé une seule larme !
Qui me donnera des larmes pour pleurer la mort de celui qui était toute noblesse et générosité, qui tenait en son pouvoir tout l'Univers, et pourtant trouvait que ce n'était encore assez tant son courage était avide de grandes entreprises? Hélas I qui m'aidera à accuser la félonne fortune, et à flétrir le poison, 3860 que tous deux * je tiens responsables de ce malheur ?
De Julio Cesare'.
Par sa sagese, sa bravoure, et de grands labeurs,
d'un humble lif* à la majesté royale,
il s'est élevé, Julius le conquérant,
qui soumit toutes les nations d'Occident par terre et par mer,
il la force des mains, ou bien par traité,
i. I Machabées, I, 7.
2. D'après Quinle-Gurce Alexandre aurait été empoisonné par Antipater; c'est la yersion adoptée généralement dans le c>'cle d'Alexandre.
3. Allusion au jeu de dés où le 6 est le meilleur point et Vas le moins avantageux. Une autre allusion au même jeu est faite dans le Prologue de l'Homme de loi (B. 124).