Ceci s'adresse au Chevalier
CHADCSR.
dès longtemps serais-je à bas tombé, de sommeil,
si profond qu'eût été le bourbier;
lors votre conte aurait été conté tout en vain ; 3990 car, pour certain, comme disent les clercs,
« quand homme ne peut avoir audience,
rien ne lui sert de dire sa sentence ; »
et je sais bien qu'iFdoit faire fonds sur moi \
celui qui veut bien conter son histoire.
Messire, dites-nous de chasse, je vous prie. »
« Nenni, (dit le Moine,) je n*ai pas le cœur k m'éjouir :
qu'un autre conte à présent, comme j'ai conté. »
Lors parla notre hôte, de propos rude et hardi,
et s'adressa incontinent au prêtre de Nonnains : 4000 « Approche, Prêtre, viens ça, messire Jean ■,
dis nous telle chose qui nous boute le cœur en joie ;
sois gaillard, bien que tu chevauches une rosse.
Ne te ^baille que ta bète soit laide et maigre ;
si elle te sert, ne t'en soucie plus que d'une fève;
veille que ton cœur soit toujours en gatté. »
« Oui-da, messire, (fît-il;) oui-da, notre hôte, par ma foi!
si ne suis gai, pour sûr, je veux être blâmé. »
Et tout incontinent son conte a entamé
et nous dit comme suit, à tous et chacun, 4010 ce doux Prêtre, ce bon homme, messire Jean.
Explicit.
Le Conte du Prêtrk de Nonnains*.
Ci commence le Conte du Prêtre de Nonnains, du Coq Chanieclair et de la Poule Pertelote.
Une pauvre veuve, quelque peu avancée en âge, vivait une fois dans une étroite chaumière,