‹ Les contes de Canterbury de Geoffroy Chaucer. Traduction française avec une introduction et des notesChapitre 88 sur 188 · Saint Augustin · texte numérisé non relu

Saint Augustin

140 il fit chercher un ribaud * de la ville,

qu*il connaissait pour subtil et hardi.

Le juge à ce ribaud conta son histoire

en grand secret, et lui fit promettre

de ne la raconter à nulle créature :

car, à la raconter, il y allait de sa tète.

Lorsque leur plan maudit fut arrêté,

ce juge s*éjouit et lui fit grande chère

et lui donna présents de très grand prix. Quand fut ourdi tout leur complot

de point en point, grâce auquel la luxure du juge 151 devait triompher fort ingénieusement,

comme plus tard vous rapprendrez clairement,

le ribaud rentre chez soi; il s^appelait Glaudius.

Le juge félon, qui s'appelait Apius

(tel était son nom, car ceci n'est point une fable,

mais bien un fait historique et notable;

le sujet en est véridique, sans doute aucun),

ce juge félon, se met vite à Tceuvre

pour hâter son plaisir, tant que faire se peut. 160 Et il advint bientôt après qu'un jour

ce juge félon, à ce que dit l'histoire,

comme il était accoutumé siégeait en son prétoire,

et rendait ses jugements sur diverses causes.

Le ribaud félon survint à fort grands pas

et dit : « Monseigneur, si tel est votre bon vouloir *,

veuillez faire droit k ce pileux piacet

en lequel je porte plainte contre Virginius.

Que s'il prétend qu'il n'en est point ainsi,

je ferai la preuve — et ce par bons témoins —

que c'est la vérité qu'exprime ma requêle '. » 171 Le juge répondit : « Sur ceci, lui absent,

je ne puis rendre sentence définitive.

Qu'on le fasse appeler et volontiers j'écouterai;

tu trouveras justice, et non injustice, en ce lieu. » Virginius vint savoir ce que voulait le juge,

1. Chaucer emploie churl : rustre, élre grossier, traduisant le sens latin de plébéien, client à travers H ribaus du Roman de /a Rose.

Page 1