‹ Les contes de Canterbury de Geoffroy Chaucer. Traduction française avec une introduction et des notesChapitre 92 sur 188 · I Cor., VI · texte numérisé non relu

I Cor., VI

Ces cuisiniers, voyez-les broyer et filtrer et moudre,

et changer la substance en accident *■ 540 pour satisfaire à tous les appétits gloutons;

des os durs ils extraient

la moelle, car ils ne gaspillent rien

de ce qui est doux et suave au gosier;

d^épices, de feuilles et d'écorces et de racines

votre sauce doit être faite délicieusement

pour vous refaire un appétit tout neuf.

Mais, certes, qui poursuit pareilles délices

est mort, cependant qu'il vit en ces vices.

C'est chose lubrique que le vin et Tivrognerie 550 et pleine de querelles et de misères.

0 ivrogne, tu as la face défigurée,

ton haleine sent Taigre, tu es dégoûtant à embrasser,

et à travers ton nez dlvrogne, ce semble que le son

que toujours on entend, c'est : samson^ tarmon.

Et pourtant, Dieu le sait, Samson jamais ne but de vin.

Tu tombes comme un pourceau eniravé;

ta langue est perdue et tout souci d'honnêteté,

car rivrognerie est le vrai tombeau

de Tesprit de l'homme et de sa prudence. 560 Qui se laisse dominer par la boisson

ne sait point garder de secret, c'est bien certain ;

or ça, gardez-vous et du blanc et du rouge,

et surtout du vin blanc de Lépé '

qu'on met en vente dans Fish Street ou Cheapside.

Ce vin d'Espagne se glisse subtilement

en d'autres vins poussant tout à côté *;

il produit lors telles fumées

que lorsqu'un homme en a bu trois gorgées

et croit être chez soi à Cheapside, 5*70 il est en Espagne en la ville même de Lépé,

non pas à la Rochelle, ou en la ville de Bordeaux ;

et c'est alors qu'il dira : mrmon^ samson,

1. De contemptu mundi, lib. II, cap. il. Les termes sont pris à la scolastique. Les cuisiaiers déguisent la substance sous des apparences de forme, de couleur ou de goût.

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