‹ Les contes de Canterbury de Geoffroy Chaucer. Traduction française avec une introduction et des notesChapitre 94 sur 188 · Froverbes^ xixi · texte numérisé non relu

Froverbes^ xixi

2* Appelé Ctiibn dans Jean de Salisbury à qui Ghaucer emprunte cette anecdote. {Polycrai, lib. I, c. 6.)

610 secrètement il s'en revint dans son pays,

et dit : « Je ne veux point perdre mon nom là-bas,

ni ne veux prendre sur moi si grande honte

que de vous allier à des joueurs de dés.

Envoyez d'autres sages ambassadeurs.

Car, par ma foi, j*aimerais mieux mourir

que de vous allier à des joueurs de dés;

car vous autres, qui avez tant de gloire et d'honneur,

ne vous allierez point h des joueurs de dés

de mon gré ou par traité dont je serais chargé. » 620 Ce sage philosophe, c'est ainsi qu'il parla. Oyez encore qu'au roi Démétrius

le roi des Parthes, à ce que dit le livre ^

envoya par mépris une paire de dés en or,

pour ce qu'il avait joué auparavant,

ce pourquoi il considérait sa gloire et son renom

comme sans valeur et sans prix aucun.

Les seigneurs peuvent trouver d'autres sortes

de jeux assez honnêtes pour tuer la journée [jurements,

Maintenant vais-je parler des faux serments et des grands 630 en dire un mot ou deux suivant les anciens livres.

Les grands jurements sont chose abominable,

et les faux serments sont encore plus condamnables.

Le Dieu puissant a défendu de jurer du tout,

témoin Mathieu; mais en particulier

le saint Jérémie dit en parlant des serments :

« Que tes serments soient vrais et non menteurs,

et jurés avec justice et aussi avec droiture. »

Hais les jurements faits en vain sont une malédiction.

Considérez qu'en la première table 640 des vénérables commandements du Très Haut,

le second commandement est comme suit :

tt Ne prenez point mon nom en vain ou k tort. »

Oyez, il défend jurements de la sorte avant

l'homicide ou mainte autre chose maudite.

Cela vient bien dans l'ordre que je dis.

Us savent bien ceux qui comprennent ces commandements

que le second commandement de Dieu est celui-là.

1. Jean de Salisbury, qui conte cette histoire à la suite de la précédente.

Et bien pluSf je le dirai tout net :

le châtiment ne s'écartera pas de la maison 650 de celui qui est trop outrageux dans ses jurements.

« Par le cœur précieux de Dieu, et par ses clous,

et par le sang du Christ qui est à Uailçs \

ma chance est sept, et la tienne cinq et trois *;

par les bras de Dieu, si tu triches au jeu

ce poignard te transperce le cœur. »

C'est là le fruit des deux dés de malheur :

parjure, colère, fausseté, homicide.

Or donc, pour Tamour de Christ qui mourut pour nous

quittez vos jurements, les grands et les petits. 660 Mais, messires, je vais maintenant continuer mon histoire.

Ces trois débauchés dont je parle,

^ien avant que les cloches eussent sonné prime,

s'étaient assis dans une taverne pour boire;

et comme ils étaient là ils entendirent une clochette tinter

devant un corps qu'on portait à sa tombe,

si bien que Tun d'eux se mit à appeler son valet :

(c Va vite, (dit-il,) et demande sur-le-champ

quel corps passe par ici,

et vois à bien me rapporter son nom. » 670 « Messire, (dit Tenfant,) il n'est mie besoin;

on me Ta dit deux heures avant votre arrivée ici;

c'était, pardieu, un vieux camarade à vous,

qui soudainement a été occis cette nuit;

il était très ivre, couché de tout son long sur son banc,

quand vint un voleur furtif qu'on appelle Mort,

qui dans ce pays occit tous les gens,

qui de sa lance lui fendit le cœur en deux,

et alla son chemin sans un mot de plus.

H en a tué mille pendant la peste, 680 et, maître, avant que de venir en sa présence,

me semble qu'il serait nécessaire

de prendre bien garde à pareil adversaire :

soyez toi\jours prêts à le rencontrer,

c'est ce que m'a appris ma mère, je n'en dis pas plus. »

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