‹ Les études classiques avant la RévolutionChapitre 11 sur 81 · RÉACTION CONTRE LE LATIN AU XVIIJ* SIÈCLE · texte numérisé non relu

RÉACTION CONTRE LE LATIN AU XVIIJ* SIÈCLE

la physique, les sciences faisant partie de ce cours. quelquefois les mathématiques étaient enseignées en latin <. C'est à apprendre le latin etlelatinseulement que l'on paraissait consacrer les longues années du

Aussi le latin va-t-il apparaître am réformateurs de l'enseignement comme le grand ennemi à vaincre. Louis XIV avait dit, en 1675, aux représentants de l'Université : i La manière dont la jeunesse est instruite dans les collèges laisse à désirer. Les écoliers y apprennent tout au - plus un peu de latin ; mais ils ignorent l'histoire, la géographie et la plupart des sciences qui servent dans l'usage de la vie. i Voilà formulée par le grand roi* l'accusation reprise par l'âge suivant avec tant de violence. Nous allons voir tous les réformateurs de l'éducation , toutes les grandes voix du xviii" siècle jeter l'anathème aux collèges , et donner comme prétexte de leurs attaques la place occupée par le latin dans les études classiques.

< RolliD croit devoir ee justifier d'avoir écrit ea frençaisle Traité (/es éludes. C'était «ne véritable audace de la part d'un professeur, d'un membre de l'Univeraité de Pans. A ce sajet, d'Aguesseau disait k Rollin : <• Vous écrivez en français cdmme si c'était votre iangne naturelle >,

' L'abbé Fleury (op. cil , XXll), faisait écho au grand roi. Qu'estil besoin, "lit-il, d'apprendre le latin à tout le monde ? Il est sans doute nécessaire " au 3 ecclésiaiîtiqueB, aux gens de robe, fort utile aux gens d'épée », précienx aux religieusca voulant n entendre l'office qu'elles récitent » ; mais au fond, ajoute-t-il, « les gens d'épée, les praticiens, les financiers, les marchands et tout ce <iui est audessous, enfin In plupart des femmes peuvent se passer de latin ; l'expérience le fait voir », et peut-Stre seruil-il temps de sp. désahu?pr (c à In fin de In nécessité du Inlin pour n'être pas igno-

HÉACTIOK CONTRE LE LATIN AO XVin» SIÈCLE 57

Quand on parle d'attaques contre l'enseignement lie l'Université et des congrégations au xviii» siècle la pensée se reporte immédiatement à VÉmile de Rousseau. Néanmoins cet ouvrage, dont l'action fut si considérable sur l'éducation pliysique et morale de l'enfance , exerça très peu d'influence sur l'instruction proprement dite '. Rousseau, plein d'un profond mépris pour • ces ridicules établissements qu'on appelle collèges • , ne prit pas la peine de rebâtir d'après un nouveau plan un édifice que, d'après lui, il fallait commencer par détruire de fond en comble. Grand partisan de l'éducation négative, il livre son Emile à la nature, sous prétexte que l'enfant doit tirer sa science de lui-même, de ses réflexions personnelles et du travail solitaire de son esprit. L'enseignement direct qu'il se décide à lui donner de douze à quinze ans se réduit à peu près à rien. « Je hais les livres, s'écrie emphatiquement Rousseau, ils n'apprennent qu'à parler de ce qu'on ne sait pas *, » -

' Dans un plan d'éducation pour le Sis de M. Dupîn, plan qai précéda YEmile de près de dix sqr, Rousseau s'était montri pins explicite et plue large dans son proj^ramme d'études. 11 veut lui taire apprendre les élémente du latin eu Tue de l'entendre, noD de l'écrire, la géographie, l'histoire, particulièrement rhislolre de France et l'tiistoire moderne, le trànçais, la rhétorique enseignée surtout par la lecture dea auteurs, les mathématiques, la plipique et l'histoire natorelle, étudiées moins dans les livres que dans la nature, la morale et le droit naturel. Il est curieux, k une époque où on bat en brèche la grauiDiaire latine, de Toir RonssesD affirmer qu'il faudrait commencer l'étude des langues par la grammaire latine plutJt que par ta grammaire française.

■Enife, liv. 111.

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