AÉAUTION (CONTRE LE LATIN DU XVIII* SIÈCLE
Dès lors défense à son élève d'ouvrir un seul écrit, à l'exception de Kobinson Crusoé. A quinze ans il n'a fait connaissance ni avec les historiens, ni avec les orateurs, ni avec les poètes; il n'a aucune idée des langues et des littératures anciennes. C'est tout au plus si à dix-buit ans on lui permet de lire Plutarque. Un peu de géographie apprise par ses voyages plutôt que par des le^jons et par des cartes, un peu d'astronomie, quelque teinture des sciences physiques considérées surtout au point de vue de l'utilité, l'apprentissage d'un métier manuel, tel est le bilan de l'éducation intellectuelle donnée par Rousseau à son Emile. Ce programme avait le mérite de la nouveauté, mais il ne pouvait faire fortune même au xvm» siècle. L'homme professant uu tel dédain pour l'Instruction proprement dite, qui aurait donné, disait-il, « l'Académie des sciences pour le moindre pâtissier, » ne pouvait vraiment pas avoir la prétention de supplanter Rollin dans les collèges.
Le danger vint d'ailleurs. Une foule d'écrivains, dont plusieurs sont restés obscurs, se chargèrent dans le cours du siècle d'ébranler le vieil édifice de l'édu- 'cation; ils attaquèrent le plan d'études en exercice avec une conviction, une persévérancequidevaittinir par ruiner dans les esprits la confiance en l'ancien système d'instruction publique. Ici, le grand coupable, nous l'avons fait pressentir, c'est ,Ie latin ; occupant presque à lui seul les longues années de collège, fermant la porte à des connaissances de première importance, il doit être enfin puni de sa longue domination. Ce n'est pas sans douleur, sans colère, que les réformateurs de l'enseignement pensent aux usurpations séculaires d'une langue qui avait eu jusqu'alors
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