LE GREC
mant dans son Plan d'éducation que l'Université tient le grec en grand honneur et le fait * marcher " d'un pas égal avec la langue latine, • est obligé de constater. • l'ignorance profonde où sont de la langue grecque la plupart des jeunes gens qui fréquentent les classes, » et les plaintes que i l'Université ellemême fait de cette faiblesse. • Il voyait une grande cause de décadence dans la liberté laissée aux écoliers de suivre ou de ne pas suivre ce cours. L'institution des examens d'agrégation, où les auteurs grecs occupaient une assez large place, venait de remédier en partie au mal dont on se plaignait de toute, part, en asâurant au corps professoral certains hommes maîtres dans la langue d'Homère et de Démosthéne.
Au milieu des vicissitudes si diverses de l'étude du grec dans notre pays, cet enseignement 'souleva les mêmes questions que nous avons vu se poser au sujet du latin. Dana le cours du xvi* siècle, les brillants hellénistes dont nous avons cité les noms, durent avant tout leurs connaissances à. une large lecture des a4iteui-s. Les statuts de 1598, en exigeant de l'élève trois morceaux de prose grecgue ou latine par semaine, prouvent l'importance attachée déjà à l'exercice du thème. L'Université suivaiticirexempledes Jésuites. Pour le grec comme pour le latin, le: meilleur moyen d'arriverà la connaissance de la langue parut être l'étude de la grammaire, éclairée d'abord par l'exercice du thème et de la version, plus tard par l'explication des auteurs et des compositions en prose ou eu-
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vers. La grammaire généralement adoptée au xvn* et au xvm* siècle était celle de N. Clénard, publiée en 1636, revue, augmentée par Yossius, dans une édition doQuée en 1655, et plus tard pai' P. B. Mérigon '. Citons parmi les dictionnaires, celui de H. Estienne, celui de Robert Constantin, ie Lewicon grœco-îattnum de Scapula, le Cadmtis grœco-pfienix iftr Bhrtiniin
Port-Royrf s'oasa^ de simplifier l'étude du grec comme celle du latin. Lanealât, qui put profiter des travaux de Clénard, de Bamos, Âa Sanctàus. de Vossius, rédigea sa Méthode grecque (165S) en français ; mais il ne réussit pas à la faire accepter pu l'Université où Clénard fut remplacé par Furgault, Lancelot, préoccupé comme Coménius de • soulager la mémoire > des enfants, publia le Jardin des racines grecques (1657), dansle but de faire apprendre beaucoup de mots à l'aide d^ vers français. Le livre de Lancelot, qui avait eu des prédécesseurs *, était mauvais au point de vue étymologique. Le travail publié par le P. Labbe ' sur le môme sujet, avait bien mieux pénétré le génie de la langue grecque. L'ouvrage de Lancelot n'en devait pas moins rester entre les mains des élèves pendant deux cents ans. Ces dlfTérentes publications montrent les efforts tentés de divers côtés pour ranimer et faciliter l'étude delà langue grecque.
■ En remontant plus haut dans le passé, on trotive les grtmmairea de E. Cbrjsoloros, E. Moschopoulos, Th. Gaza, Démélrins Cholcondyle, Coastaatia LtscarU, G. Budé.
' Lancelot avait profilé da PrimogenUr voees linguœ grmex, publié en 1600, par Scapula, l'abbréTÎateur du Thésaurus de H. EsUenne.
* L'abbe : Tirocinium tingua grxcK, prânoqenùu vows, nvt rattieti compUxum.
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L'exemple de Port-Royal, plus favorable à l'explication qu'à la composition dans l'enseignement de» langues anciennes, ne semble pas avoir été généralement imité. Le P. Lamy se plaint, dans ses entretiens^ de l'importance donnée au tbème aux dépens do la version '. EoUin, ici comme eu tout le zeste, a fonuolé de» préceptes trës sages ; il fait observer que, l'usagedu grec • étant maintenant réduit à l'intelligence des auteurs, » sans qu'on ait presque jamais besoin de le parler ou de l'écrire, on doit se borner à
• appliquer les jeunes gens à la traduction... La coutume qui s'était introduite dans les collèges, ajoute-til, de faire consister toute cette étude dans la composition des thèmes grecs, avait donné lieu sans doute au dégoût et à l'aversion presque générale pour le grec qui y régnait autrefois. > Fidèle à ces principes, Rollin ne fait commencer les thèmes grecs qu'en troisième. Il simplifie la grammaire qu'il veut
• courte, nette, française » pour les commençants, renvoyant les difficultés de la langue à • un âge plus avancé. • On ne saurait trop insister, dit-il avec soq expérience consommée, • sur les principes, sur les déclinaisons et sur les conjugaisons. Il faut que les enfants soient rompus par l'usage sur la formation, des temps, qu'ils les récitent tantôt de suite, tantôt en rétrogradant. > Rollin pense qu'avec cette méthode il suffit de consacrer au grec une demi-heure par jour en sixième et en cinquième, une heure dans les
> <■ J'admire, disait le P. Lamj, la conduite d'une grande partie des proteeseura qui ne font expliquer à leurs écolierd qu'une ligne ou deux de grec et leur Tont composer des page» entières, quoiqu'ils sacbent qn'il est obsotument nécessaire de comprendre le grec et qu'il est inutile de l'écrire. ■
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classes suivantes, pour commuDiquer aux élèves une connaissance suffisante de cette langue.
Les conseils de Rollin lut étaient dictés par un ^esprit de progrès, également éloigné de la routine et des innovations téméraires. Le xvni' siècie, dans son mouvement de réaction contre le passé, ne pouvait accepter ces sages tempéraments. Préoccupé de l'idée d'apprendre les langues mortes • par l'usage,- » nous l'entendons parler de supprimer, non seulement tout thème, tout exercice de composition, mais même toute grammaire. Il s'agit de jeter immédiatement l'élève dans la ( version du grec en français '. > Pour lui faciliter cet exercice, on lui metimmédiatement entre les mains les traductions interlinéaires si sévèrement condamnées par Rollin. Rollin voulait commencer le grec dès la sixième, 11 pensait, avec La Bruyère, que renvoyer à plus tard ce genre d'études, c'est < consumer à la recherche des langues le même temps qui est consacré à l'usage qu'on doit en faire *. • Mais le xvni* siècle obéissait à d'autres préoccupations. Locke avait déjà recommandé de retarder 14 plus possible l'enseignement du grec, dans le dessein de ne l'apprendre qu'aux élèves attirés par goût vers ces études. Pluche ' conseillait de le commencer seulement en quatrième, a&n, disait-il, d'écarter la confusion où tombent les élèves appliqués au grec et au latin. Guyton de Morveau consentait à accepter la date de Rollin, pourvu que les premières années fussent occupées à apprendre les éléments de cette langue.
' Guyton de Morveau ; Mémoire sur l'éduratiori publique, p. ISl- 1S9, traite loDgaeiuent la question de l'enseigaement du grec. » La Bruyère : Caractères : De quelques usaget. ' Plucte : Mécanique des languei, liv. 11, p. 188.
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L'inipressioD qui se dégage des ouvrages d'éducation dans le cours de ce siècle, c'est que pour le grec plus eocore que pour le latin, il s'agissait d'aller vite et d'arriver rapidement au but au risque de le manquer. Sur certains points les novateura indiquaient sans doute des réformes utiles. Ils condamnaient avec raison l'habitude, encore générale, de traduire les auteurs grecs en latin, au lieu de les expliquer directement en français '. Ils pensaient que pour apprendre les mots grecs, il valait mieux recourir à la lecture des textes qu'aux Vacfnes grecques de Lancelot *.
Ce progrès dans les idées ne devait pas compenser l'espèce de défaveur frappant l'enseignement des langues ntoites, en présence de l'engouement toujours croissant pour de nouvelles études. Vainement, à mesure que nous approchons de la Révolution, diverses
< ■ Jusqu'ici, dit Guj^n de Horveaa (ibid., p. IST), on les a «ipliqués en Utia. <■ — Hollia(loc. cit.) oe eondamue pas absolu-aent cet ueoge : t> La coutume de faire rendre le grec ea tatin ~~t pour mot peut avoir, dit-il, sou utilitâ, du moina dans les
* Rolliu (loc. cit.) était favorable k Lancelot. • Comme, disait-il, la difficulté de la langue grecque consiste principalement dans la graDde muUitade des mots qu'elle renferme...., c'eet une fort bonne méthode de faire apprendre les racines grecques mises en «ers français fil de les leur faire citer k chaque mot qu'ils voient. ■ Rollia voulait également que, chemin faisant, on moalrM ani élèves a les étjmologies des mots latins et des motï< français <lérïïés du grec, n Les racÎTiea de Lancelot ne pouvaient pas être ici d'un grand secours. ~ Gujton de Morveau (op. cit., p, 1S3, 154) est défavorable à Lancelot : il dit que la lecture des auteurs est un meilleur moyen d'arriver au but que d'employer o des vers techniques, toujours froids, toujours rebutants et très difficiles à retenir, soit pour la contrainte qu'ils respirent et les construcliona forcées, soit parcs que ce ne sont que des mots comparés avec des mots isolés de tout sens, de toute idée qui puisse fixer l'atteation et en conserver l'impression dans la mémoire. •
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publications, comme les Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres ; YHistoire de l'art^ de Winkelmann, traduit en français, en 1764 ; le Voyage en Gi'èce, de Choiseul-Gouffier, et surtout le Voyage du jeune Anacharsis, par Barthélémy, portent-elles l'attention de la nation vers les institutions de l'ancienne Grèce. On pouvait se montrer curieux de la civilisation grecque sans s'astreindre à apprendre le grec. Nous avons vu les novateurs parler de rogner sur le latin le temps nécessaire à tant de sciences nouvelles. Là où la situation du latin était si menacée, le grec devait avoir encore plus de difficulté à défendre la sienne. Cependant, si le grec est absent de quelques programmes des collèges fondés ou réorganisés durant les vingt ans qui précèdent la Révolution, la plupart en font mention '.
» En 1789, DauDov /.Journal encyclopédique, t. VII, p. 282, 2831 comprend le grec dans le programnte des collèges et vent mSme quelques théme«. — H. Germain {La Faculté des arts de Mrmipeliier, p. 6i-6S), constate l'abeenca du grec daaa le progroniDie d'étodes du collège de Montpellier es HSB.