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CHAPITRE PREMIER

Enseignement dn Français

I. Expannoii et popularité croiuante du frangais à travers les ■iècles. — Sa Buprémalia an ivu* et «n ivni" liicle. — H. ~> Longues plaintes qu'il ne aoit pu eoBeigné dan» les collègea. — 111. Grammaires françaises. — IV. Préceptes de rbé- . toriqae. — V. Leetnre des auteurs. — VI. Eiercices de composition. — VII. La rhâtoriqM plftcée apris la classe de pbitosopliie.

Les réformateurs, que nous avons vus se plaindre avec le plus d'amertume de la prépondérance du latin dans les collèges, menaient la campagne au nom du français appelé à prendre enfin dans l'enseignement secondaire une place digne de lui '.

< D'Alembert (Encyclopédie ; mot CoUigt), aprè« avoir dit • qu'on devrait te borner à entendre > les langues mortes et mener rapidement l'étude du Uttu et dn grec, ajoute : > Ce tempe serait bien m ieui employé & apprendre par principes sa propre tangue qu'on ignore toujours an sortir dn collège et qn'on ignore an point de la parier tris mal. >

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ENSËItiNEUENT DU FKANÇAIS

Déjà au Moyen Age, la langue française, lentement formée par un travail de dix siècles, était très répandue à l'étranger. Portée par ses poésies héroïques et chevaleresques, elle avait fait le tour de l'Europe avec les Chansons de geste et pénétré jusqu'en Orient avec les Croisés. En Angleterre, où l'avait implantée la conquête Normande, nous la voyons parlée par la cour, la noblesse et les tribunaux, jusqu'au milieu du xiV siècle. La Hongrie, te Portugal, les Deux- Siciles, la Pologne, Constantinople, la connaissent. Frédéric II d'Allemagne et sa cour s'exercent à la poésie française. Le maître du Dante, Brunetto Latini, proclame le français • la parleure la plus délitable et la plus commune à tous les gens. > Il est de mode à cette époque, en Italie, d'écrire et de parler en français, au point qu'un moine italien, Benvenuto de Iniola. ne peut s'empêcher de s'écrier à la an du xiV siècle : I Je m'étonne et je m'indigne quand je vois toute la noblesse italienne s'efforcer de copier les mœurs et les usages de la France, dédaigner notre langue pour | celle des Français et n'admirer que leurs livres. » Le xvu' et le XYin" siècle, dans leur mépris pour le français du Moyen Age, ignoraient que cette langue, à leurs yeux si barbare, avait fait le tour du monde.

Si nous nous transportons au xvi* siècle, nous retrouvons la langue française plus répandue qu'aucune autre langue vivante. Des documents précis ■ nous la

' Petetier {Dialogue de l'ortograpke t prononciaeion fnmçoètt. 1549), dit : " On »ét qu'au pals d'Artoès et de Flandre ii liéoet tousjoarB t'nsance de la langue é i plédent leurs causes, é 1 font

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ENBEIQNEMENT DU FRANÇAIS 133

montrent parlée dans presque toutes les contrées de l'Europe. Charles-Quint la qualifie de langue d'État. Henri Estienne écrit sur la Précellence du tangage

leurs écritures é procédures ao fraoçoès.An Angleterre, aumoina entre les princes é au leurs coups, iz parlet françoèa an tons leurs propos. An Espagne, on i parle ordineremant Françoés es liens les plu» célèbres... An la court de l'ampereor... on d'ubr pour le plus, d'autre langage que Frauçoàs. Que diré-je do l'Italie, où la langue françoèse et toute commune 7... "

Dans le mEme temps, Pillot écrit à Wolfgang. comte palatin du Rhin, duc de Bavière ; • On ne rencontre aujourd'hui, non spulement en Allemagne, mais encore dans toute l'Euiope, que très peu d'hommes qui ne veuillent pas que leurs enfants apprenaent le frangais. Ceux qui sont nobles comprennent que rien n'est pins nlile ponr accroître la considération, ceux qui ont quelque fortune y voient un moyen d'arriver aux honneui's, ceux qui sont pauvres pensent augmenter par là leur avoir. »

En 1591, le Oamand Hallema dit en tête de son dictionnaire Uamand-français, dans l'épltre dédicatoire anx magistrats de Harlem (A 3 V") :

■ Il ; a esté tousjonrs trois langues souveraines, la juifve ou hébrieue, puis ta grecque et la romaine ou latine, dont nous ne disons rien k présent fors que d'icelles sont dérivez toutes les autres, et mesmement la très noble et très parfaite langue Frani^lse, laquelle, dis-je, après les trois susdites (maugré que m'en sçanra l'italienne], règne et s'use pour la plus commune, la plus facile, voire la plus accomplie de toutes antres en la chrétienté.... Que si nous en voulons juger sans passion, il nous tandra confesser que tous les Flamengs, avec leurs seize provinces Dommëez le Pays ba?, s'en servent quasi comme les Valons et François mesmes, es marchez, es foires, i^s cours, les paysans en assez grand nombre, les citoyens et les marchands pour la pinspart, les gentils-hommes : hrief, les parlements et secrétairies, le clergé avec les étudîens. Quelqu'vns en Canarie, aucuns en Perse, et en Afrique, comme à Tripoli, Alger et à Faiz l'vsurpent par ouy dire. Puis grande partie d'Aleoiaigne, du pays de Levant, de Mascovie, de Pologne, d'Angleterre et d'Ecosse vsent de ladite langue. Le mesme se fait en Italie en maints endroicts, mesmement en Insobria, Piedmont et Lombardia, sans que je di de la Turquie et d'Egypte, comme à Caffa, h Pera, à Tripoli Asiatique, t Aleppo et & Alcaire ou Alexandrie. Combien des auteurs et genta doctes sont en France qui illustrent leur langue

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français ', et pour justifier cette précellence, pour € illustrer » notre idiome, pour le rendre digne de rivaliser avec la langue d'Homère et de Virgile, les poètes de la Pléiade, rangés autour de Ronsard, s'efforcent d'imiter les anciens, et de transporter dans notre langue toute la majesté, toute l'inspiration, toutes les formes des antiques chefs-d'œuvre. Joachim du Bellay, dans sa Défense et illustration de la langue française *, trace hardiment le code de ses nouvelles

Le XVI* siècle applaudit avec enthousiasme à cette généreuse entreprise '. Mais ce qui fait sa gloire c'est moins les productions de la Pléiade que les écrits de tant d'auteui-s pleins de sève et de verve gauloise, dont la composition est souvent défectueuse, mais qui n'en montrent pas moins toutes les ressources de l'idiome national. L'âge suivant ayant reçu les exemples et les leçons de Malherbe, ayant fait sa rhétorique avec Balzac, voit enfin se succéder les chefs-d'œuvre qui doivent immortaliser notre langue. L'Académie française est fondée en 1635. L'année 1637

en cam posant choses de diverses scjeaces et de grande iDiporUnce ! Combien ; en a il qui traasfereat pliiaîeursauûieiira grecs et latins de jour à autre I De sorte que Thucidide, DemoeUiËnc, Platon, Aristote, CicéroD, Plutarqae, Lîve, Plioe, Xénopboa, mille autres parlent fraoçoys par l'aide des interprâtes françoya. Combien Aas histoires y a il dont on ne void rien qu'en franjoisî Si les alemang et autres nations ont quelque chose des langues, ils en ont grande partie des Italiens, aina plus grande des François mesmement de leurs chroniques et histoires, n

i 1519, in-S".

* En 1949.

■ Cependant Montaigne qui a écrit : » Je vouldioia premiÈrement bien sçavoir ma langae, » a dit d'elle aillears, comme s'il doutait de ses destinées : u Si tous allez tendu, tous sintex souvent qu'elle languit sous vous et fléchiL ■

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BNSEiaNEHENT DU FRUIÇAIB 135

voit paraître le Discours sur la méthode. En 1636, Corneille met au jour le Cid suivi à de courts intervalles par Horace, Cinna, Polyeucte. Aussi, dès 1647, Vaugelas pourra dire dans ses Se?narques sur la langue française : < Il n'y a jamais eu de langue où l'on ait écrit plus purement et plus nettement que la nôtre, qui soit plus ennemie des équivoques et de toute sorte d'obscurités, plus grave et plus douce tout ensemble, plus propre pour toute sorte de styles, plus chaste en ses locutions, plus judicieuse en ses âgures, qui aime plus l'élégance et l'ornement, mais qui craigne plus raffectation. Il n'y en a point qui observe plus le nombre et la cadence dans ses périodes, en quoi- consiste la véritable marque de la perfection des langues. » Pascal, qui publiera^ ses Provinciales en 1657, Bossuet, tous les grands prosateurs, tous les giunds poètes qui vont se succéder jusqu'à la fin du siècle se chargeront de justifier ce panégyrique. L'éclat jeté par notre littérature au xvii» siècle, en marquant définitivement la prise de possession de l'idiome national, avait par là même réduit et presque supprimé l'usage des langues anciennes ; elles passaient définitivement au rang de langues mortes. Â mesure que le latin bat en retraite, le français occupe une à une toutes les positions abandonnées. Le xvï" siècle a achevé d'introduire notre langue dans la procédure judiciaire '. Le xvii", en multipliant coup

> On sait qne PtadçoIs I", consommant une révolotion déjà «ommeDcée par Charles VIII (ord. de USD), et par Louia XII (ord. de 1S13, art. 47), avait pur eou ordonuaoce de Villere< Colterete (art. li), en 1539, déSnilivemeut introduit la langue fntnçaise dans la procédure judiciaire. L'ordonnance de 19BS <art. 351, acheva de clieesier le latin qui dut aneai diaparattre dei tribuDaux ecclésiastiques de par l'ordonnance de 1629 (art. 7). Il

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sur coup, tant d'immortels chefs-d'œuvre, lui décerne une suprématie universelle. Elle rayonne au dehors par l'éclat de notre littérature, par les splendeurs de notre civilisation, par les triomphes de nos armes. Cest en quelque sorte un lieu commun, au xvii" et au xvni« siècle, de célébrer la popularité et la prépondérance du français à l'étranger ^ Bossuet afârme dans son discours à l'Académie « qu'on peut, en

était tnmps da donner place k la langue nationale. Malherbe venait de tnoorlr; Corneille faiBait eea débuts danx Mélile ; l'Académie française allait être fondée.

* Le P. Bonboarê affirmait en IGTI {Entretien d'ArUle et d'Eugène), que k langue française était devenue universelle, que depuis que le schah de Perse a concla un traité avec les ambaseadeurs de Dolre « iacomparable monarque... les Perses étudient le français avec une ardeur incroyable, n — De la Touche {L'art de bien parler français, 1666), dit que la langue frani^aise n est généralement préférée à tontes les autres de l'Europe, et que les étrangers de qualité, jusqu'aux princes souverains mêmes, croiriùent qu'il manquerait quelque chose à leur éducalion s'ils ne la parlaient purement et avec facilité. « — Buffier (Gyammatre française, 1709), s'exprime ainsi : " On cait que dans toute l'Europe et presque dans toutes les parties du monde, les honnêtes gens montrent une extrême paasiao pour apprendre le français, n — Restant (Principes généraux et raisonnéx de la grammaire française, 1730), afSrme que « la langue française par sa beauté, est devenue la langue de presque toutes les cours de l'Europe " et que « les étrangers en foui tant de cas, qu'ils n'épargnent ni dépenses, ni voyages, pour en «voir une parfaite connaissance. « — Cette universalité de la langue française était si reconnue, qu'eu i 783, l'Académie de Berlin ..mit au concours le» trois questions suivantes : « Qu'est-ce qui a rendu la langue française universelle 7 — Pourquoi raérite-t-eUe celte prérogative ? — Est-il à présumer qu'elle la conserve? ' Rivarol qui remporta le prix fait observer qu'i cette époque " l'universalité de la langue française est moins vraie pour l'Espagne et pour l'Italie que pour le reste de l'Europe. « Déjà S la fin du lv[[" siÈcle, le 32 octobre 1697, l'abbé de Chanterac écrivait à l'abbé de Langeron (Correspondance de Fénelon sur les affaires du quiétisme) ; u Tous nos examinateurs sont italiens ou espagnols... et n'entendent point le français. >

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parlant français, joindre la délicatesse et la pureté aUique à la majesté romaine..., que la justesse est devenue le partage de notre langue, gui ne peut plus, rïen endurer ni d'adfecté, ni de bas ; si bien qu'étant sortie des jeux de l'enfance et de l'ardeur d'une . jeunesse emportée, formée par l'expérience et réglée parle bon sens, elle semble avoir atteint la perfection qui donne la consistance. * On entend partout les mêmes échos. < Notre langue, devenue plus aimable à mesure qu'elle devenait plus pure, disait à son tour MassiUon dans son discours à l'Académie, nous réconcilia avec toute l'Europe dans le temps même que nos victoires l'armaient contre nous. Un Français ne se trouvait étranger nulle part ; son langage était le langage de toutes les cours et nos ennemis, ne pouvant vaincre comme nous, voulaient du moins parler «omme nous. >

Au moment où toutes les bouches célèbrent l'expansion rapide, l'universalité de la langue française, nous entendons les auteurs mêmes qui chantent ses louanges se plaindre amèrement que cette langue, véritablement tiiomphante au dedans et au dehors, ne soit point enseignée dans les collèges.

Il semble néanmoins, à lire KoUin, que tous les éducateurs ne méritaient point un tel reproche. RoUin veut l'étude du français par principes '. Après

< u II 7 s pen de personDes, dit Rollin, parlaot la langue trsnçaise, qni la sacbent par principes. On croil que l'ngage seul snfBt pour e'y rendre habile. Il est nécessaire d'employer tous

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avoir réduit le plus possible l'usage de parler latin dans les classes, après avoir fait de la langue française un éloge que n'eût pas désavoué Yaugelas ', il demande aux maîtres de la faire apprendre aux élèves avec un soin tout particulier. < Il est honteux, dit-il, que nous ignorions notre propre langue, et, si nous voulons parler vrai, nous avouerons presque tous que nous ne l'avons jamais étudiée. • A ses yeux, l'enseignement de la langue française doit précéder celle du grec et du latin, c C'est par elle que doivent commencer les études > * ; l'intelligence du latin sera toujours facile aux enfants sachant la grammaire française. Hollin distingue quatre moyens d'apprendre le français : les règles, la lecture, la traduction, la composition. Jusqu'alors, on n'avait guère fait usage que de la traduction. Le latin avait servi à apprendre le français. Il faut convenir que cette méthode n'avait point été stérile, puisqu'une telle éducation avait préparé les grands écrivains du xvn' siècle. Il était bon néanmoins d'ouvrir de nouvelles voies à la connaissance de plus en plus parfaite de notre langue.

■es Jours pendant le cours des classes un certain temps à l'étude de notre longue. " Etollin, op. cit., liv. 11, cb. i.

t ■ La langae française, s'étant emparée, dit Rollin. non par la violence des armes, ni par autorité comme celle des Romain», mais par sa politesse et par ses charmes, de presque toutes les cours de l'Kurepe ; les négociations publiques ou secrètes et les traités entre les princes, ne se faisant presque qu'en cette langue qui est devenue la tangue ordinaire de tous les honnêtes gens dans les pays étrangers, et celle qu'on y emploie communément dans le commerce de la vie civile, ne serait-il pas honteux b des français de renoncer en quelque snrte leur patrie, en quittant leur langue maternelle, pour en parier une dont l'usage ne pent jamais £tre à leur égard, ni si étendu, ni si nécessaire? » Ibid., liT. Il, cb. 111.

» Lit. 1, ch. I.

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Les grammairiens s'étaient chargés de formuler, les règles. Kollin conseille la grammaire de Régnier- Desmarais, ainsi que les observations de Vaugelas, de Thomas Corneille, du P. Bouhours et de Ménage. Parmi les auteurs français, il cite Bossuet, Féneion, Pellisson, Fontenelle, Boileau, Ësther et Âthalie de Racine, réservant pour la classe de philosophie la Morale de Nicole, les Pensées de Pascal, la Logique de Port-Royal. Il convient, du reste, qu'il « y a beaucoup d'autres livres dont la lecture peut être utile ans jeunes gens >, et que chaque maître choisira < selon son goût. > Rollin demande enfin une explication grammaticale, littéraire, historique ' des auteurs français, et, comme Fteury, il veut faire ressortir l'étymologie des mots. A la connaissance des règles, à la lecture des auteurs, à la traduction, RoUin, comme l'abbé Fleury, comme Port-Royal, ajoute les devoirs écrits. • Quand les jeunes gens ^ront, dit-il, en état de produire quelque chose d'euxmêmes, il faudra les exercer dans la composition française. » On commencera par des fables, des récits historiques, des lettres pour passer ensuite à des lieux-communs, des descriptions, de petites dissertations et de courtes harangues. On pourra leur lire tel passage d'un auteur grec ou latin, en leur laissant la liberté de le rendre selon leur inspiration, sans les obliger à s'en tenir à la simple reproduction du teite».

' Féaelon, ea demandant, dans son Pioj'el d'tnrichir la langue, (Lettre à l'Académie] , qu'on fit revivre certaioes eipressioDs de Hurot et d'Amjot, indiquait par Ik même une certaine étude historique du Trançttis.

' Voj. op. cit., liv. n, ch. i" : De l'élude de la langue fi-ançaitt-

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Oa le voit, Rollin, non content de plaider avec chaleur la cause de la langue française, indiquait les moyens pratiques de l'enseigner avec succès. Il n'y avait qu'à suivre cette impulsion ; mais soit que des conseils si sages n'aient pas été mis en pratique par les professeurs des collèges, soit plutôt que cette réforme n'ait pas été opérée assez vite au gré des novateurs réclamant sur ce point comme en tout le reste une véritable révolution pédagogique, nous voyons, durant tout le cours du siècle, s'élever des plaintes contre l'oppression du français par le latin '. C'est à qui plaidera avec le plus d'énergie la cause de la langue nationale. • C'est sans contredit, disait CrousaZj le caractère d'un pédant de se piquer de savoir le latin et le grec et de faire le difficile sur ces langues, quand il ignore celle de son pays, i Or, ajoutait-il, « une faute très commune et universelle même, c'est de négliger la langue du pays *. > L'abbé Gédoyn se plaint h soti tour que le français soit sacriâée aux langues anciennes; il voit là une

< Le ivn* siècle avait fait euteDcIre les mSmes plaintes. Andry (Réflexions sur tusage pristnt de la langue frmtçaue, 1689) dit que K les jeunes geae sortent dea collèges aussi igooraus « de leur langue maternelle ■ que s'ils avoient esl^ élevez cbez des è^ongers. » —

- Des étraugers, disait Giiyot, viennent à Paris pour étudier notre langue, et nous autres, qui y sommes née, nous ne la savon» pas. Après avoir appris, h dix ou douze ans, le latin et le grec, nous sommes souveut obligés d'apprendre le frani^is à trente. •

— Hindret écrit en 1696 : « On enseigne aux jeunes gens le latin elle grec avec beaucoup de soin, et on abandonne leur langue au basard de l'usage bon ou mauvais. •.

* Croasaz, op., cit., p. 463, 164, 371. — Restant, prêt., op. cjL, p. S2, dit en 1730 : « Il est ordinaire de trouver n dea Écoliers de rhétorique « qui n'ont aucune connaissance des règles de la langue française, et qui en écrivant pëchent contre l'orthographe dans les points lea plus essentiels. >

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concession malheureuse, faite au cooTenu, à la routioe, laquelle empêche de voir < que ce qui était bon dans un temps peut cesser de l'être dans un autre '. > En suivant le cours du siècle nous rencontrons partout les mêmes doléances. X^es plaintes dannaK^ même de piua at pfti» TÎves. Pourquoi, s'écrie d'Âkodiert, B^pas apprendre aux enfants leur propre langue, * cette langue dans laquelle ils doivent &ire briller leur esprit et leui's talents ; cette langue qui se parle dans toutes les cours, qui est devenue, ou peu a'en faut, la langue universelle de l'Europe? » N'est-il pas honteux, ajoute t-il, que les jeunes français ignorent la i littérature française..., notre théâtre..., nos 'écrivains français*? » Est-ce que la jeunesse romaine, étudiant le grec comme langue savante, négligeait pour cela de se familiariser avec Cicéron, Virgile, Horace, Tite-Live, Térence et Plante? La Chalotals présente la même observation dans les mêmes termes '. 11 est impossible d'ouvrir un livre sur l'enseignement sans lire dans le président Rolland, dans Guyton de Morveau, chez tous les réformateurs que le français < est trop négligé i, qu'on n'a pas assez de soin i d'en faire apprendre les principes *. » Tous les détracteurs de l'éducation de cette époque auraient souscrit volontiers au jugement suivant, formulé par un écrivain obscur : • Peu de personnes ignorent à présent que toutes

' Gedoyn : Œuvres diverse!. 17(5, p. 33--)*.

< Eacjciopèdie : mot collège.

» Lu ChalolaiB, op. cit., p. 71, dit qu'il est honteux, ce d&ni une éducation de France », de négliger « la littérature fraoçtise, comme si noua D'aTioni pas des modales dans notre langue. ■

* Gayton de Morveau, op. cit., p. 117.

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les connaissances des jeunes gens qui sortent du collège se réduisent à savoir imparfaitement une langue qu'ils ne parleront jamais, et à ignorer presque toujours les principes de celle dont ils doivent faire continuellement usage *. » Les professeurs, les principaux de collège unissent leur voix à celle des réformateurs. En 1763, le P. Navarre ' se demande comment il est possible qu'on ait négligé jusqu'alors d'enseigner cette langue française qu'on se fait honneur de parler dans toutes les cours de l'Europe, et plus de vingt-cinq ans plus tard, presque à la veille de la Révolution, nous entendons un professeur du collège de Lisleux, Nicolas Adam, déclarer que * le vice radical de l'éducation actuelle dans les collèges était l'ignorance de la langue française par principes '. »

Voilà la grande accusation portée contre l'enseignement contemporain. On se plaignait que les maîtres, occupés pendant des années à faire apprendre le latin, fissent trop peudeplaceà lalangue nationale; on se plaignait, selon l'expression de l'abbé Lei-oy, de ■ la tyrannie de l'usage qui a mis dans les tètes étroites des pédants que quiconque savait le latin, savait tout* i. Il s'agissait de porter sur ce point une réforme profonde. Il s'agissait de faire cesser cet engouement étrange qui dans les collèges place, disait l'abbé Goyer, < le latin sur l'autel, sans qu'on ose

< Flearf : Estai sur les moyens de réformer réducation, lT6i.

* Navarre, op. cit., p. 7.

* Ktcolaa Adam : Ea$ai en forme de mémoire sur Cidueation de la jeunesse. — La vraie manière d'apprendre une langue <iuetconqtie, vUmnte ou nuyrie. par le moyen de la tangue française.

' Leroy : Lettre d'im professeur émirile de fUniversiti de Parts mr fiducalim, 1117, p. 5S et 1S3.

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pa,rta,ger son culte entre cette langue et la nationale ' . > Si l'on ne voulait pas donner la prépondérance au français, il convenait du moins de le mettre sur le pied de l'égalité avec le latin *.

On paraissait donc d'iiccord sur ce point que le français avait été trop négligé jusqu'alors, qu'il convenait de donner désormais plus de temps et plus d'importance à cet enseignement. On oubliait que l'étude du latin est un excellent moyen pour apprendre le français. On oubliait que l'exercice de la version, de l'explication des auteurs avait suffi à préparer les grands écrivains du xvii» et du xvui» siècle. Il y a. d'un côté une telle parenté entre le français et le latin qui lui a donné naissance, de l'autre la comparaison incessante entre les deux langues a une si heureuse influence sur la formation de l'esprit que, pendant deux siècles, une éducation toute latine avait fait germerles chefs-d'œuvre devant immortalisera jamais notre littérature. Aussi, combien Rollin avait raison de compter la traduction parmi les grands moyens d'apprendre le français ! Ses successeurs, préoccupés avant tout de réduire les usurpations du latin, passent sous silence la traduction, et réclament un enseignement direct de la langue française, au moyen des règles de grammaire et de rhétorique, des exercices de composition et de la lecture des auteui-s.

'Coyer ; De Viducation publique, 1770, p. 119.

■ La Chalotaii fop. cit., p. 73], propose,, pour faire ■ marcher

d'an pas Égal la titlérature frauçaise et k litlérnlure latiue, a de coosscrar an Trança s lea classes du matin, et au latin les ulafees da soii. Le président Hoiland se plaiat ansai que « ia tangue Nantaise ae marclie pas d'un pas égal avec ta langue latine. ■

Le besoin qui se faisait le plus seutir était celui d'me hannr gcaumiaire. Les grammaires ne précèdent pas, eïïes sairent le& écrits. C'est lorsqu'une littérature, arrivée à son plein ^muiissement, a rencontré une forme parfaite, que les gnuoiacÀEiens peuvent tracer les règles que le génie a appliquées d'instinct ; alors seulement on peut arrêter le code d'une langue.

Cependant les grammairiens n'avaient pas attendu, pour se mettre à l'œuvre, que la langue française fût définitivement constituée. Les trois siècles avant la Révolution nous font assister à un véritable mouvement grammatical qu'on peut diviser en deux périodes ; la première de 1530 à 1617, date des remarques de Vaugelas, la seconde de 1647 à 1789 '.

Dans la première période on se heurte à un préjugé assez général, préjugé que Vaugelas devra réfuter encore en plein xvii* siècle, c'est qu'il était très difficile, presque impossible, de ramener à des règles fixes la langue française, par suite de ses variations incessantes comme langue vivante. On l'essaya pourtant. Le XVI" siècle, époque de philologie et de science, s'efforça avec les Sylvius *, les Estienne ' de gouverner

' Cf. Ch. Thurot, De la prononciation française, i vo!,. it»'^"', ISSl.

1 Jacobi Syhiii in linguam gatlicam Isagoge, una cum eftadem çrammalica lalino-galHca, ex hebrxia, grxcis et latinit auclori- 6w... 1S31.

■ Robert Estienne, Dictionnaire français-latin, lSi9. Traictéde la grammaire françoite, 1957. Citons encore pirmi las principales

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le français d'après l'étymologie, de corriger au besoin l'usage en le ramenant de force au génie du grec et du latin.

Vaugelas ' inaugure la seconde période en a'inspirant de principes contraires. Le xvii* siècle avait perdu l'engouement de l'âge précédent pour l'érudition. Ce n'est pas la tradition, mais l'usage qui aura désormais force de loi. Aux yeux de Vaugelas, le bon usage est • la façon de parler de la plus saine partie de la cour ', conformément à la façon d'écrire de la plus saine partie des autbeurs du temps... Quand je dis la cour, ajoute-t-il, j'y comprends les femmes comme les bommes. »

Vaugelas, en prenant l'usage comme juge en dernier ressort, défendait le génie du français contre les violences des érudits, et permettait de dresser le code de notre langue tout en lui laissant, comme à un organisme vivant, la liberté de ses allures et de ses transformations. IjCs contemporains se mirent à l'œuvre avec enthousiasme. Que d'efforts, que de discussions, que d'écrits, pour constater, pour épurer l'usage, pour l'amener à abandonner certains mots, témoin ce

grammairea de celte période : Fabri, Le second livre de rhilorigue, ISlt. — Polsgrave, L'eêclanHJisemenl de la langue françoyie, IS3D. — Meigrat, Le trelté de la grammere françoete, I5S0. — Bamus, (iromere, Ï562. — Ronsard, Abbtegé de l'art poétique français, 1S65. — Divivier, Grammaire française, I53S. — Nlcot, Dictionivùre fronçais-latin, iSSt- — Oudin, Gratntnaire française rapportée en langue du temps, 1633.

I VaagaJss, Remea-çuet lur la langue française, I64T, * Eu fait de langage, la courpartagea au xvi° aiËcla sa aapj^malio srec la mogiatralare ; elle l'exerça Beule ait ivii*. Au iviii* aièc\t, grâce A l'inQuence eroiisante des geua de lettres et des philotnphiis, il fallut compter avec la ville da Paris ; néaDmoIna l'ïiitarité dt la cour resta eoasidéfabla Juaqu'i la Résolution,

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Gombervilie se vantant de n'avoir pas employé une seule fois le mot car dans son roman de Poleœandre! L'usage reste donc le grand législateur. Vaugelas, qui a proclamé sa royauté, est salué par Boubours comme « l'oracle de la France durant sa vie... après sa mort >, et tant que • les Français seront jaloux de la pureté et de la gloire de leur langue. • Une foule d'écrivains entrent dans la voie ouverte, et sous la plume des Ménage, des Patru, des Bouhours, des Thomas Corneille, les Notes s'ajoutent aux Notes, les Observations aux Observations, les Remarques aux Remarques pour développer, continuer et confirmer l'œuvre du maître '.

Rien de mieux que de dresser ainsi le code de la langue et de diriger le goût publio : mais ces ouvrages, utiles à consulter pour les écrivaJus, ne oonvenaient pas aux établissements d'instruction. Ce qui manque toujours, ce qu'on demande avec iusîstaace dans les écoles et les collèges ce sont de bonnes grammaires.

Le temps semble venu de répondre enfla sur ce point au désir, au cri des éducateurs. Non seulement la langue est fixée par d'immortels chefs-d'œuvre, mais les remarques, les observations ont dégagé les règles, discuté les termes, séparé le bon usage du mauvais, préparé en un mot la besogne aux gram-

' La Molhe-le-Va;er, Lettres touchant U» nouvelles remarques sur la langue française, 1817, — Observations de M, Minage sur la langue française, 1S73. — Remarques de M. Patru sur tes remarques de Vaugelas, 1671. — Bonboars, Doutes sur la tangue françaite, 1674. Remarques nouvelles sur la langue françaisr, 1S7*. Suite des remarques, (892. — Thomas Corneille, Remarques lur la langue fy-a7\çaise de M. Vaugelas, 1831. — Le dictionnaire de FAcadimie française parut en 1691 , M ent d'abord moins d'aaterilé qae celui de Paretière,

miûriens; ils n'ont qu'à condenser et à choisir. L'Académie vient de laocer ces projets de dictionnaire, de grammaire, de rhétorique, de poétique discutés par Fénelon dans sa lettre à la Compagnie. Toutes les circonstances semblent se réunir pour nous promettre un chef d'œuvre.

L'opinion publique, qui avait cru le rencontrer dans le Traité de la grammaire française de Régnier- Desmarais, paru en 1705, fut un peu désappointée, La Grammaire française publiée quatre ans plus tard par le P. Buffier, n'atteignit pas la perfection malgré ses qualités sérieuses; elle avait en outre le grand tort, aux yeux de l'Université, d'être l'œuvre d'un Jésuite. Presque chaque année le xvui» siècle vit mettre au jour quelque grammaire nouvelle, sans arriver à satisfaire pleinement ni les élèves ni les maîtres. D'Alembert ' attendait encore ce chefd'œuvre. « Une bonne grammaire, disait-il, serait à la fois une excellente logique et une excellente métaphysique. » La Chalotais * voulait la tirer des œuvres de Yaugelas, de Bouhours, de Corneille, de Patru et de Saint-Évremond. Chacun apportait ses conseils et ses plaintes. U nous faut descendre jusqu'à l'année 1765 pour trouver une grammaire, — celle de l'abbé de Wailly • — ayant à la fois les suffrages de l'Université et du public.

Ce qui rendait l'entreprise si difficile, c'est que la

' Encyclopédie : mot Collège.

>0p. cit., p. "6.

> U livre de l'abbé de Waiil;, paru eo 1154, kou9 le litre de Grammaire française, en 1763, bous le litre de Principes généraux et particuliers de la longue française, fui mis ea 1165 au nombre dïB livres » quoi Vaiversilas Paritiensis instiluHoni juvenlulis

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148 ENSEIGNEMErrr DU FaANÇA.IS

science grammaticale était encore très peu avancée au xv!!!" sciècle. On chercherait vainement, à cette époque, la perfection que les progrès de la philologie ont permis d'apporter de nos jours dans les publications de ce genre. Malgré la faveur accordée à ces études, malgré l'importance que l'abbé Fleury,RoIlin, Coyer, et les éducateurs de cette époque attachent déjà à l'étymologie, à l'exposition historique de la langue ', malgré les éclairs qu'un Fréret *, un Turgot jettent sur les questions de grammaire comparée, les vices d'une méthode substituant trop souvent les coDsidérations générales, les définitions inexactes, les procédés à priori à l'observation patiente des faits,

feliàttr promovendjr cansecrai. •• Cette grammaire avait atteiat la 11* édition en 1190.

Citona encore parmi le» ouvrages de grsmDiaire parue an XVI! !• siècle : L'abbii Girard, Les vrais principes de la langue f'-ançaiit. 1717. — VsUaoge, Nouveau sijsième ou nouveau plan d'une grammaire française, 1719. — GauUjer, Abrégé de la grammaire française, 1722. — Restaut, Principes généraux et raisonnes de la grammaire française, i730. — L'abbé Vallart, , Gi-ammaii-e française, 17il. — Aotonicii, Principes de la grammaire française, 1753. — Duclos, Remarque* tur la grammaire générale de Porl-Royal, 1751. ~ HauviUoD, Cours complet de la langue française, 1751. — Féraud, Dtclionnaire grammatical delà langue française, 1763,.— Beauzée, Grammaire générale, 1767. — Fauleaa, Eléments de la langue française, 1181, etc.

1 L'abbé Fleary (op. cit., cb. XXll : De la grammaire), veut qu'on fasse conoattre aux élèves >> les règles des éljmologies. » Coyer ;,op. cit.. p. 202-£0i], parlant de la nécessita d'étudier la littérature au point de vue historique, trouve plaisant de raconter qu'un capucin qui avait Tait ses études d'après la méthode ordinaire « croyait que Clcéron, qu'il appelait notre père Ctcéron, avait été général dans l'ordre de Saiut-François dans le temps des croisades. »

I Le recueil de l'Académie des ÎDscriptians et helies-leltres, qui contient le mémoire de Fréret, renferme également un bon travail de Falconnet lur les principes de l'étymologie par rapport à la langue française.

ENSEIGNEMENT DU FKANÇAI8 ,149

ne permirent pas de faire faire de grands progrès à la science grammaticale.

Ces tendances scientifiques répugnaient d'ailleurs à certains professeurs, ennemis des grammaires savantes comme dépassant la portée des élèves. Tel était en particulier le sentiment de Lhomond. Convaincu que les livres destinés aux enfants ■ ne sauraient être trop simplifiés, > qu'il faut faire entrer dans leur esprit « les idées une à une, comme on introduit une liqueur goutte à goutte dans un vase dont l'embouchure est étroite, • qu'agir autrement c'est vouloir • verser trop en même temps i, et s'exposer à voir la liqueur se répandre, sans que rien t entre dans le vase, » Lhomond fit paraître en 1780 ses Éléments de Grammaire française, dans le but d'épargner à « cet âge aimable i de l'enfance « une partie des larmes que les premières études font couler ' 1. N'était-ce pas là, vu l'état d^ la science et les facultés de l'élève, le meilleur parti à prendi'e?

Aux règles de la grammaire devaient s'ajouter plus tard les préceptes de la rhétorique. Rollin en avait tracé le plan dans son Traité des études, et sous ce rapport la Lettre de Fénelon à l'Académie, surtout ses Dialogues sur l'éloquence offraient des conseils d'un goût sûr et exquis. La Chalotais recommande ces auteurs, entre bien d'autreg, dans son Essai d'éducation nationale *. D'après les habitudes du temps, le

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150 ENSEIGNEMENT DU PSANÇAia

traité de rhétorique comprenait toujours un traité de poétique. Les Bénédictins de Saint-Maur faisaient apprendre les règles de la poésie en seconde, les règles de l'éloquence dans la classe de rhétorique. Nous rencontrons ici la môme réaction signalée ailleurs dans l'enseignement de la grammaire. On s'élève de tous côtés contre les théories abstraites, contre les exposés didactiques. Les distinctions subtiles introduites par le Moyen Age jusque dans le domaine de la rhétorique, les amplifications générales sur les préceptes et les diverses formes de l'éloquence qui, sous le nom de chries, s'étaient perpétuées jusque dans le xvii« siècle, paraissaient définitivement condamnées par l'opinion. A la suite de Fénelon , de l'abbé Fleury, les éducateurs veulent occuper les élèves moins à apprendre des règles qu'à étudier des modèles.

Hersan, le maître de Rollin, avait compris ce qu'avaient d'aride et de stérile, ces livres de rhétorique, où la théorie de l'art oratoire était exposée sous une forme purement abstraite ; aussi, dans le cahier dicté à ses élèves, avait- il eu soin de recueillir ce qu'il avait trouvé de meilleur dans Aristote, Cicéron et Quintilien, en appuyant toujours les préceptes par

Tropes de M. du Manais, ouvrage très phitosophique de grammaire et de rbétorique ; la préface de la traduction de ÏOrateur du Cicéron, par l'abbë Collin, qui «ufSt pnar les préceptes ; le Traité des éludes de Rollin ; [es livres de H. de FéneloD sur l'éloquence ; le Cours de brlles-Ullres de l'abbé Le Batte ui ; les Réflexions de l'abbé Dnbos, les RéflexioTu tt remarque» de Gilletr la Prosodie de l'abbé d'Olivet, etc. » — l.e P. Bouhours avait publié en 1637 sou livre : De la manièrt de bien peiner dans les ouvrages de Vesprit, véritable rhétorique en exemples dont Voltaire disait « qu'elle serait toujours utile aui jeunes gens. ■

ENSEIONEHENT DU FRANÇAIS 151

es exemples. Rollin, dans son Traité des études, s'inspira des idées de son maître, c La rhétorique sans la lecture des bons écrivains est, dit-il, une science stérile et muette, et, ici comme dans tout le reste, les exemples ont infiniment plus de force que les préceptes. » Nous retrouvons partout l'écho de ces paroles. Ouvrez l'Encyclopédie au mot collège, vous y verrez d'Alembert persiffler cette rhétorique apprenant « à étendre uoe pensée, à circondulre et allonger des périodes », ces amplifications consistant t à noyer dans deux feuilles de verbiage ce qu'on pourrait et ce qu'on devrait dire en deux ligues. Je ne parle point, ajoute d'Alembert, de ces figures (le rhétorique si chères à quelques pédants modernes, et dont le nom même est devenu si ridicule que les professeurs les plus sensés les ont entièrement bannis de leurs leçons. Il en est pourtant encore qui en font grand cas, et il est assez ordinaire d'interroger sur ce sujet important ceux qui aspirent à la maîtrise es arts. » Ces paroles ne respirent pas un grand enthousiasme pour les théories de l'éloquence. C'est à qui tonnera avec le plus d'énergie ' contre le temps employé • à apprendre la rhétorique. » Le P. Navarre *, voulant frapper au coeur et discréditer à jamais cette science artificielle, en appelle « aux âmes sensibles.

' Voy. Crousaz, op. cit., t. I, p. 332; Lu Clialotals, op. cit.; GaytoD de Morrean, op. cit., p. 203. « Comme l'a remarqui ua géD[e pupërieur (M. de Voltaire), il y a plus h apprendre dans Démosthène, dana Cicéron, dana Boaauet que dons toutes les rhétoriques ; ce sont 1& les maîtres de l'art. » L'abbé Leroy (op. cit., p. 90), reproche aux Jésuites, en particulier au P. Le Jay, de retenir trop longtemps les élËves dans l'étude abstraite de Is rhétorique.

' Op. dt.

152 ENSEIGNEUENT DD FRANÇAIS

aux Massillon, aux Bossuet ; ■ il évotiue les morts pour condamner < cette foule de figures qui font toute l'éloquence des collèges. » L'abbé Coyer vient rappeler à son tour, après tant d'autres, que l'éloquence n'est pas née de l'art, mais l'art de l'éloquence, qu'il est temps d'écarter enfin cet < amas stérile de règles et de ûgures... Nos élèves, dit-il, ignoreront ce que c'est que synecdoque, catachrèae, hypotypose, prosopopée. Ils se familiariseront avec les chefs-d'œuvre de l'éloquence. Celui qui a dit qu'une page de Boasuet ou de Fléchier instruit mieux que toutes les règles et les figures de rhétorique, en a donné la preuve par la beauté de ses écrits ' , >

Une époque attachant ainsi à la lecture des modèles toute l'importance refusée à l'étude des règles, ne pouvait manquer de mettre entre les mains de la jeunesse les chefs-d'œuvre de la littérature nationale. Elle avait perdu le culte de l'âge précédent pour les productions de l'antiquité, et si la querelle des anciens et des modernes, au lieu d'éclater au commencement du xviii» siècle, avait été soulevée cinquante ans plus tard, "nul doute que l'opinion ne se fût prononcée en faveur des modernes. • Si Phèdre et Térence méritent nos éloges, disait l'abbé Coyer, La Fontaine et Molière ont surpassé leurs modèles. * L'esprit public n'était que trop

'Coyer, op. cit., p. m-181.

porté à généraliser ' ce jugement, si juste â'ailleurs lorsqu'il s'applique k La Fontaine et à Molière. Les déâanceB soulevées dans l'opinion contre la prépon dérance des langues anciennes, la popularité croissante de ta langue française encourageaient les maîtres à ouvrir à nos écrivains les portes des collèges.

Néanmoins on cbercheraiten vain, je ne dis pas seulement dans le programme de l'Université et des congrégations, mais même dans les écrits des novateurs, une liste d'écrivains français pouvant être comparée à celle adoptée de nos jours dans les collèges. Les réformateurs se plaignent à l'envi du peu de place occupée par la littérature nationale dans les écoles de la nation ; ils s'écrient avec d'Alembert : * N'est-il pas honteux que nos jeunes gens, après dix ou douze ans d'étude, n'aient aucune notion... de notre théâtre, de nos écrivains français * ! > mais ils ne prennent guère la peine de déterminer les auteurs ou les parties d'auteur à adopter.

Ah I c'est que le temps est nécessaire pour consacrer définitivement un chef-d'œuvre, pour le rendre classique. La postérité seule peut dresser le cata- . logue des écrits vraiment dignes d'initier la jeunesse au sentiment du goût et au culte de l'art. Il

< Le passage suivant de d'Alembert prouve que, vers le milieu , du XVIII' sièele, tous les esprits n'avaient pas secoué ce qu'on pourrait appeler lataperslition de l'anliqniti. D'Alembert demaade aux maîtres de Taire comparer aux élèves uoa écrivains avec les

« grands modèles de l'antiquité et de leur faire eentir combien

nous tommes encore au-dessous d'eux, combien Cicéron t'emporte lur nos Bossuel et sur nos Bourdaloue. » Voy. Encyclopédie , mot Collège.

' D'Alembert, ibid.

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faut uu intervalle plus ou moins long pour communiquer à un auteur je ne sais quel caractère d'impersonnalité, qui en fait l'homme de toutes les générations et de tous les peuples. L'avenir seul peut nous dire si telle production vantée par les contemporains comme un chef-d'œuvre, n'a pas emprunté aux eircoastances, aux passions, aux intérêts du moment un prestige faisant illusion sur sa véritable valeur. Cette observation n'avait pas échappé aux réformateurs du siècle. Guyton de Morveau, tout en faisant observer que la langue française ne le cédait à aucune autre, qu'elle s'était approprié < ce que les anciens avaient de plus exquis, > qu'elle offrait ellemême € des modèles en tout genre, * ajoutait ces sages paroles : i Nous avons des modèles sans doute, mais ils sont trop contemporains pour inspirer ce respect gui fixe invariablement les principes du beau; leur réputation n'a pas assez vieilli pour former une barrière capable d'arrêter les entreprises et la contagion du faux goût, et il y aurait tout à craindre en perdant de vue les chefs-d'œuvre de l'antiquité que le caprice du moment ne devint le type le plus ordinaire des productions '. »

Le xvui° siècle se chargea de justifier lui-même la vérité de ces obsei-vations. Parmi les œuvres que, non seulement les philosophes et les novateurs, mais encore l'Université, les Oratoriens, les Doctrinaires, les Jésuites avec le P. Buffier, les Bénédictins de Saint Maur avec dom Ferlua, voulaient voir dans les mains de l'enfauce et de la jeunesse, nous devons citer en tête la Henriade de Voltaire. La postérité

' Guyton de Morveau, op. cit., p. 113-1 14,

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n'a pu s'associer à cet enthousiasme. Elle n'a pas non plus maintenu à certaines œuvres estimables sans doute, mais secondaires, comme l'Histoire de V Académie française, par Pellisson, les Éloges Académiques, par Foutenelle, etc., la place que leur accordait la faveur du xviii" siècle. Une époque si résolue à, mettre les modèles français entre les mains de la jeunesse devait faire appel à Corneille, Ilacîne, Boileau, Molière, La Fontaine ', Bossuet, Fénelon, Fléchier, Masaillon. Ces noms ûgurent en effet dans les écrits des réformateurs ; mais ici encore n'avaitron pas su donner à chacun le rang que devait lui maintenir la postérité. Voltaire, si plein d'admiration pour Racine, se montre injuste pour Corneille. Bossuet, toujours cité avec honneur, n'avait pas encore pris dans notre littérature cette espèce de royauté que lui assigne son génie, et que lui a définitivement décerné notre siècle. Fénelon etMassillon, en qui cette époque avait salué des précurseurs, furent plus populaires que Bossuet, et virent leurs œuvres plus répandues dans la nation et dans les collèges. C'est dire combien il est difficile de substituer sûrement la littérature nationale à la littérature antique comme base de l'éducation. Malgré la légitime insistance avec laquelle les réformateurs du xvni" siècle réclamaient la lecture de nos modèles, peut-être le moment n'était-U pas encore venu, peut-être était-il

''La Cb&lotais, op. cit., p. 77-81, voulait o joindre les auteurs français et latins, comme Phëdre et La Fontaine, Hoiace et Boilean, UomÈre et Virgile, avec le Tasse et la Henriade. h — Lorsque l'èducalion du prince de Parme rnt assez avancée, Condillac fit <oir h. son élâve h plusieurs tragédies do Coraeille, tout Raciae, tout Molière, tout Regnard et toutes les piËces de UiéAtre de H. de VolUire. a

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réservé à notre siècle de donner aux chefs-d'œuvre de notre langue l'importance et le rang que leur confirmera la postérité.

A la grammaire, à la rhétorique, à la lecture des auteurs devaient se joindre, dans la pensée du xvm" siècle, des exercices de composition française. Certains écrivains veulent même que, dans les hautes classes, ces exercices français remplacent complètement les exercices latins '. Il s'agit de commencer de bonne heure » par des fables, par des lettres i , et de parcourir successivement • tous les genres de littérature en vers et en prose, depuis l'épigramme jusqu'à l'épopée, depuis les lettres jusqu'au discours public*. > C'est le cri du siècle. A la veille de la Révolution, nous entendons Daunou ' réclamer des • narrations de divers genres en prose française, quelquefois même en vers français, i

On se platt'ici à invoquer l'autorité de Port-Royal et de l'ahbé Fieury. Les solitaires de Port-Royal avaient pour principe d'appliquer de bonne heure les enfants à la rédaction de devoirs français : « Avant de les faire écrire en latin on pourra, disaient-ils, exercer les enfants à écrire en français, en leur donnant à composer de petits dialogues, de petites narrations ou histoires, de petites lettres, et en leur

■ Vof. en parUenlîer ; Plan d'éducation nationale, I1S9, ïn-8, p. il».

1 La Cbftifltalt, op. cit.-, p. 77.

■ Dannou, Journal encyclopédique, 1789, t. VII, p. SSB.

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EN3E1CNEHENT DU FRANÇA» 1-57

laissant choisir les sujets dans les souvenirs de leurs lectures... On leur fera aussi raconter sur-le-champ ce qu'ils auront retenu de leur lecture '. •

L'abbé Fleury pensait ici comme Port-Roy^ ; comme Port-Royal, il voulait exercer les élèves à composer en français plut6t qu'en latin. Si l'écolier, disait l'auteur du Choiai de& él«des> traita ua st^et antigoe, il est à craindre qu'il ne transcrive sans tes entendre les phrases des auteurs anciens, qu'il force sa pensée pour ne pas perdre quelque belle période de Cicéron. Si le sujet est moderne, il sera embarrassé pour en Jlarler en latiç. Etant accoutumé à haranguer des Crrecs et des Romains, il ne saura comment s'adresser à des hommes € portant des chapeaux et des perruques >, comment discuter les intérêts de nations n'ayant ni tribune, ni comices, ni consuls. I Qu'il écrive donc en sa langue, dit Fleury. premièrement des narrations, des lettres et d'autres pièces faciles. Qu'il fasse ensuite quelque éloge d'un grand homme, quelque lieu commun de morale, mais solide, sans galimatias, ni pensées fausses ; qu'il exprime sérieusement ses véritables sentiments. Enfin, quand il sera plus avancé, qu'il écrive des distïours entiers, comme des délibérations sur les histoires qu'il aura lues et sur les sujets qu'il saura le mieux, afin qu'il tire autant qu'il pourra toutes ses preuves des circonstances de l'affaire, évitant les discours vagues et généraux. Ces compositions écrites accoutument les jeunes gens à s'appliquer, à axer leurs pensées, à choisit les meilleures et les arranger, à faire des périodes et à y observer le tour et la mesure qui con-

• Voy. Sainte-Beuve : Port-Royal, U III, p. 516,

1S& ENSEIâNEMEKT DU FBANÇAIS

testent l'oreille, en un mot à parler exactement ' . » Les conseils de Fleury étaient excellents pour guider les maîtres dans le choix et la composition des devoirs écrits, pris trop souvent hors de la portée de l'élève et dans un monde qui lui est étranger.

Le xvin' siècle s'inspire des conseils de l'abbé Fleury sur le choix des sujets à traiter par des élèves. Dès les premières a.nnées. nous voyons Crousaz attaquer, sous ce rapport, l'enseignement de son temps. € Rien, dit-il, n'est plus fade, plus contraire au bon sens que la plupart de ces amplifications que l'on prescrit dans les écoles d'éloquence, i On écrit à l'aventure, « on pille par ci par là », on charge la mémoire d'inepties, on oblige les jeunes gens à d'étranges efforts pour arriver à remplir une harangue*. Où est le remède à ce mal? c'est, répondent Guyton de Morveau, l'abbé Coyer, de choisir t des arguments rapprochés de notre temps et de nos moeurs », au lieu d'aller chercher des sujets * anciens et exotiques '. » Enlever l'élève au milieu où il vit, au monde de pensées sollicitant chaque jour son activité intellectuelle, c'est, disait La Chalotais, l'accoutumer à travailler dans le vide, à parler sans idées, à s'exprimer cd lieux communs, à employer beaucoup de mots pour ne rien dire. Vous lui donnez pour devoir la harangue de César à ses soldats dans les champs de Pharsale, mais il ne connaît ni Cé&ar, ni Pompée, ni les Romains, ni la force ou la faiblesse des deux partis, et le professeur, qui se met à la place de César, n'en sait pas davantage. Le remède à

* Fleury, op. cit., cb. IXii ; Bhétoriqne. ■ Crousu. op. cit., t. I, p. S7S-28{, SBfi. > Coyer, op. cit., p. 177- IBl: — Gujton de Horveau, p. 309.

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ENSEIGNEHËNT DU FRANÇAIS ^59

cet abus, c'est de faire composer les élèves sur des sujets < doDt ils aient auparavant une connaissance suffisante. > Voila le vrai moyen de proscrire ces amplifications puériles, ces figures de commande, ' ces périphrases où l'on dit en dix vers ce qu'Horace et Boileau ont dit en quatre '. >

Ces préceptes appellent ici une réserve. Rien de mieux sans doute que de ne pas désorienter l'élève, de ne pas le faire travailler en l'air, de ne pas lui donner des sujets de composition où son esprit errant ne sait où se prendre, ni à quel argument s'arrêter ; mais l'abbé Fleury, La Ghalotais, tout le xvin* siècle, en demandant à l'étudiant de ne jamais sortir des spectacles qu'il voitde ses yeux, des réalités palpables qui l'entourent, ne tombaient-ils pas dans un excès contraire. Fermer absolument à. une jeune imagination le monde de la fiction, n'est-ce pas en comprimer l'essor, et, sous prétexte d'obtenir des compositions vraies, ne s'expose-t-on pas à les rendre terre à terre? Nous voyons là le résultat de la réaction aveugle soulevée contre ce qu'on appelait le verbiage de l'ancienne éducation, réaction dont une dernière question posée au sujet de l'enseignement du français va nous donner une nouvelle preuve.

On avait jusqu'alors placé la classe de rhétorique avant celle de philosophie. Le xvin* siècle se demanda s'il ne convenait pas de changer cet ordre et de

' Lt Chalotaie, op; àt, p. 85.

16Q, ENSEIONEUSNT DU FRANÇAIS

«ourooner les études par la rhétorique. La grande raison poussant les réformatetirs & adopter cette disposition nouvelle, c'est qu'avant de s'exercer à parler, il faut avoir appris à penser et à raisonner ; or, ils attendaient ce résultat de l'enseignement philosophique. Habitués, par suite de la défaveur frappant le grec et le latin , & ne voir qu'un apprentissage de mots dans l'étude des langues mortes, oubliant ^ne les leçons de grammaire et l'instruction classique constituent un véritable cours de logique graduée, parfaitement appn^iié aux forces intellectuelles de l'élève et s'élargissant avec elles, ils demandaient hautement que le cours philosophie précéd&t le cours rhétorique. Malgré des divergences d'opinion dans leur propre camp, malgré la pratique contraire des corps enseignants, les novateurs avaient à peu près gagné leur cause devant le public '. Dans le projet de décret présenté en 1791 à la Constituante, Talleyrand place de fait la rhétorique après la philosophie.

C'était dépasser le but, et notre siècle a rétabli sur ce point comme sur tant d'autres l'ordre de l'ancienne éducation classique. L'expérience prouve que les

1 L'abbé Coyer, op. cit., p, 177-181 , le président BoUand placent la rhétorique avant ta phUoBopliie. — D'Alembert (Encyclopédie : mot collège) no (ait qu'insinuer ses prérérences. • Peut-être, dîL-il, devrait-on Taire précéder la rhétorique par la philosopMe, car enfin il Taut apprendre à penser avant que d'écrire. ■ La Cbatotals dit aussi (op. cit., p. 13) : « Peat-étre aerait-il mieux de finir par ta rhétorique ou du oioiua de na pas aban donner les belles-lettres pendant la philosophie. ■ Gujton de Hor- Teau veut conserver l'ancien ordre ut en développe longuement les roiioni, op. cit., p. 190-202. Le Plan d'iducation nationale, 1789. p. 97 et Buiv., conclut dans le même sens, mais l'antenr de ce livre nous apprend que la plupart dea mémoires dont il fait l'ana l;ne posent ■ ta rhétorique après la philosophie, parce qa'il faut avoir appris à bien penser, avant d'apprendre à bien parler, u

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élèves arrivés h la. claâse de philosophie ont de la peine à comprendre les matières auxquelles ils sont appliqués ; que se^ait^ce s'ils devaient aborder un an plus tôt ces études? La rhétorique bien entendue est déjà un cours de logique plus accessible à de jeunes intelligences que la logique proprement dite. Si les léformateurs s'étaient contentés de demander que, dans les traités de ce genre, l'auteur apprit aux élèves à chercher le seci-et du beau style, moins dans des ornemeuts ai-tiâciels que dans la force de la pensée, ils auraient pu invoquer l'autorité de Bossuet qui a dit dans sa lettre à Innocent XI : t De la logique Dous avons tiré la rhétorique, pour donner aux. arguments nus, que la dialectique avait assemblés comme des os et des nerfs, de la chair, de l'esprit et du mouvement. Aussi n'en avons-nous pas fait une discoureuse dont les paroles n'ont que du son ; nous, ne l'avons pas faite enflée et vide de choses, mais saine et vigoureuse ; nous ne l'avons point fardée, mais nous lui avons donné un teint naturel et une vive couleur, en sorte qu'elle n'eût- d'éclat que celui qui sort d& la vérité même. »

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