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CHAPITRE II

Les Langues rivantes

MonTement en faveur dea langues vivantes. — L'italien, l'espasnol, l'anglaiB, l'allemand. ~ PloinUi aur naaarBBauce de cet'eâselgDcment.

Le français ne devait jias profiter seul de la réduction imposée à. l'enseignement des langues mortes ;

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163 LES LANGDES VIVANTES

les langues vivantes paraissaient appelées à prendre place dans les collèges. Déjà Montaigne avait conseillé l'étude des langues étrangères : « Je vouldrals preinièremeut, disait-il, bien sçavoir ma langue et celle de mes voysins où j'ay plus ordinaire commerce '. » Les rapports si fréquents de la France avec l'Italie et l'Espagne, au xvr" et au xvn" siècle, popularisèrent en France les idiomes de ces deux pays, Port-Royal publia des métbodes pour la langue espagnole, pour la langue italienne. Lanceiot nous apprend, dans la préface de cette dernière, que « c'était un plus grand reproche à une personne de la cour, de ne pas savoir l'italien, que de ne savoir ni grec ni latin, i Fénelon, dans son Traité de l'éducation des filles, préfère pour elles le latin à l'espagnol et à l'italien, ces deux langues ne servant guère, dit-il. • qu'à lire des livres dangereux. ■ L'abbé Fleury reléguait les langues étrangères parmi les études curieuses, ajoutant que pour l'anglais et l'allemand t il n'y a que l'utilité particulière qui puisse en compenser la difficulté. » A l'aurore du xvin* siècle, Locke, qui voulait faire apprendre le latin lui-même comme une langue vivante, se montre grand partisan des langues étrangères.

En France, l'italien et l'espagnol continuèrent à tenir la première place dans les préoccupations de l'opinion dans les premières années du xvui" siècle. D'Aguesseau * affirme qu'il n'est pas permis d'ignorer ï l'italien et l'espagnol. » Les événements ne

' HoDloigne : Bsiaû, Ht. 1, ch. ixv.

* Voy. la troiaiètne iDstruetion à eoD dncation d'un jeuae seigaenr.

devaient pas tarder à transporter aux idiomes du Nord l'importance attribuée jusqu'alors aux langues du Midi. En 1751, d'Àlembert ' nous montre les faveurs de l'opinion déjà très pai-tagées : > Les langues étrangères, dit-il, dans lesquelles nous avons un grand nombre de bons auteurs, comme l'anglais et l'italien et peut-être l'allemand et l'espagnol, devraient aussi entrer dans l'éducation des collèges, La plupart seraient plus utiles à savoir que des langues mortes dont les savants seuls sont à portée de faire usage. » En 1763, La Ghalotais conseille i l'anglais, devenu nécessaire pour les sciences et l'allemand pour la guerre '. » Une année plus tard, Guyton de Morveau s'étonne que, de tous les peuples de l'Europe, les Francais soient ceux qui négligent le plus les langues des nations voisines. Trouvant leur propre langue répandue partout, ils ne s'inquiètent pas, dit-il, d'apprendre celle des autres pays. C'est aux yeux de cet écrivain une lacune ; néanmoins il ne croit pas les langues étrangères < d'une utilité assez générale pour faire partie des cours ordinaires des études, dans un collège où tout doit être établi en contemplation de la multitude, » On pourrait, à son avis, se contenter d'établir dans les capitales des provinces un professeur pour l'italien, l'anglais et l'allemand *. Rolland recommande à son tour les langues vivantes • dont les avantages, dit-il, ne se bornent pas à la facilité des

' Voy, Eneyeiopédie, mot Collège.

■ La Chalotais, op. cit., p. 70. La Clialotaia ajoute (p. 7t) : • On tnite les langues vivantes à peu près comme tat contemporalna, ivec ane sorte d'indifférence... on renvoie ordinairement cette itods aai années qui suivent l'éducation. >

° Guyton de Horveau, op. cit., p> 119-1!!.

négociations, à la commodité du commerce et à | l'agrément des voyages, mais qui offrent encore la plus riche moisson aux amateurs des beaus-arts, aux littérateurs et aus: savants. > I

Les trois écrivains que nous venons de citer ne parlent pas de l'espagnol. L'italien continue à être | nommé dans les programmes des réformateursà côté de I l'allemand et de l'anglais, qui occupent désormais la première place '. Nous voyons en particulier ces trois langues enseignées à Sorèze, où les Bénédictins de Saint-Maur avaient l'ambition de rendre leurs élèves capables de soutenir une conversation publique dans un idiome étranger, en présence des parents accourus pour assister aux exercices de fin d'année. Il parait cependant qu'aux approches de la Révolution l'étude i .des langues vivantes n'était pas suffîsamment cultivée en France. Pendant deux cents ans, du xv!" siècle à'ia moitié du xviqb, l'Italien et l'espagnol avaientélé facilement et asftez généralement appris, .i cause de la parenté de ces deus idiomes avec le français, et aussi parce que les unions royales contractées avec i!es deux pays avaient rendu cette connaissance plus ■nécessaire. Lorsque la guerre de la succession d'Au-

. > Le passage suivant de Beauzée (6nunmitire ginérah, 2 vol. ÎQ'S, 1761, préface, p xxvi, xxvii) marque très bien l'importance relative qu'on attachait en 1767 à l'étudâ des langues étrangères : ^ Le goût des sciences et dea btCb universellemeot répandu dans tonte l'Europe, rend aujourd'hui intéressantes toutes les langues qu'on y parle. Personne n'ignore que Valkmarttl a quantité de bons ouvrages sur le droit public, sur la nfédecine et toutes ses parties, tnr l'histoire 'naturelle et principalement la métallurgie.

Sue îttuglâia a des riehesses immenses ea fait de métaphysique, a mathématiques, de physique,.. de politique et de commerce^ que l'italien offre le champ le plus vaste à l'étude de la littérature, dea beaux-arts et de {'histoire. ■ . ' I

triche, la guerre de Sept ans, la guerre d'Amérique, le mariage de Louis XVI doouèrent à l'anglais et à l'allemand le premier rang occupé autrefois par l'italien et l'espagnol, on se mit avec une certaine ardeur à apprendre ces deux langues ; mais, comme les idiomes du Nord présentent à un Français beaucoup plus de difficulté que les langues du Midi, on ne parait pas avoir apporté à cette étude la persévérance qui en aurait assuré le succès. Aussi, après avoir délaissé l'espagnol et l'italien, la jeunesse ne put pas se vanter de savoir beaucoup d'anglais et d'allemand. Nous entendons un contemporain se plaindre de cette situation : « L'étude des langues vivantes, disait Rigoley de Juvigny, en 1787, se perd insensiblement tous les jours et il est à. craindre que sous peu d'années, elle ne soit tout à fait abandonnée '. »

' Rigoley de JnTÎgoy-: De la Mradence rfet lettres et des mœurs, 1787, p. 5u3.

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