CHAPITRE PREMIER Enseig^nement des sciences
I. Lm cciencee, qoi ont TaJt d'îmmeDseB progrès, deniai)<]«iit leur place dBQS les collèges. — II. Les scteDces, qui étaient restée» aoe BDneze de la philosophie, veulent un enseigaement A part. — III, Elles réclament leur méthode propre, la méthode eipèrintentale. — IV. AmbiUons et programmes encyclopédiques.
Chaque âge, en élargissant de génération en généralion le patrimoine intellectuel de l'humanité, ohlige par là même les instituteurs de la jeunesse à étendre leurs programmes, et remet en question les institutions pédagogiques du pa^sé.
Le xYii' siècle avait été un grand siècle scientifique; il avait fait faire d'immenses progrès aux mathématiques, k l'astronomie, à la physique, à presque toutes
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les connaissances humaines. Il suffit de nommer Descartea, Pascal, Galilée, Kepler, Leibnitz, Newton. Mais la littérature, la ptiilosophie jetèrent à la même époque un tel éclat et eurent un tel rayonnement dans le monde, que les questions scientifiques, renfermées encore dans les livres, dans les discussions des savants, n'eurent pas le méoie retentissement. Elles n'étaient pas assez connues, assez populaires pour passionner l'opinion publique. Tant que les résultats des connaissances nouvelles ne furent pas vulgarisés, le besoin d'y initier la jeunesse des écoles se faisait moins sentir. On comprend dès lors que la royauté des lettres se soit exercée paisiblement au xvn* siècle. C'est à peine si un homme dont le génie était fait pour percer l'avenir, si Richelieu conçoit le projet de faire enseigner toutes les sciences dans le collège royal à établir dans sa ville natale ' ; c'est i. peine si nous entendons quelques plaintes de l'abbé Fleury et de Louis XIV sur la part prépondé rante, exclusive, faite à l'enseignement classique , aux dépens des connaissances plus immédiatement utiles à la pratique de la vie.
Au xvni* siècle tout change. Les. sciences mathématiques, les sciences naturelles n'intéressent plus seulement les savants ; elles attirent déjà l'attention de la nation, elles frappent vivement par l'éclat de leurs découvertes l'opinion publique. On se pique d'unir la science à la littérature. Fontenelle *, zélé propagateur de la physique de Bescartes, à su entourer les connaissances scientifiques des charmes de son
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esprit et de l'iotérét de ses fictions. Maupertuis et 4'AJembert sont des premiers à doniifir l'exemple de la «ulture des lettres: alliée à celle des sciences exactes. C'est le temps où les calculs de Newton sont propagés par Clairault, d'Alembert, et trouvent dans Voltaire im interprète se chargeant de les faire comprendre à toute la nation. Montesquieu, Rousseau, Diderot, Condillac , d'Hoibacli , La Métrie se piquent de notions scientifiques *, Ce siècle, voyant ainsi les sciences exactes exposées par la plume d'un d'Alembert et d'un Condorcet, les sciences naturelles enseignées par Buffon avec toute la magie de son style, devait s'éprendre d'une, belle passion, d'un bruyant enthousiasme pour des connaissances qui. semblaient lui apparaître pour lapremière fois. On vit cette époque curieuse, inquiète, avide de savoir, à laquelle les sciences, l'économie sociale, la politique, le ciel et la terre venaient de se révéler en quelque sorte, se porter avec une ardeur fébrile vera ce monde nouveau qu'elle croyait avoir découvert, applaudir en particulier avec orgueil au grand ouvrage de l'Encyclopédie, compilation heurtée, inégale ,. souvent incohérente, indigeste, mais plus complète, plus univei-selle, plus hardie que tout ce qu'on avait fait jusqu'alors, présentant enfin le vaste et vivant tableau de toutes les connaissances humaines. Aussi, avec quel enthousiasme les réformateurs de l'enseignement parlent des progrès accomplis dans toutes les sciences ';
. ' Voy. Taiae, Les ongina dt ta France conftmporfline, p. S32-
* « Pourquoi et par au notre siècle surpaase-t-il les précAdeats ; c'est que, depuis environ 250 ans. on a Taitune iaSnitÉ de découvertes daae tous les genres. ■ La Cbatotius, Euai, etc., p. 105 et seq.
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avec quelle recoonaîssance on prononce le nom des hommes qui ont élevé le monument de l'Encyclopédie 1 Ils ont beau être pour la plupart des philosophes ennemis de la religion, on ne vçut voir en eux que des savants dignes de la reconnaissance de la nation, pour avoir augmenté le patrimoine intellectuel de l'humanité '.
L'intérêt qu'excitaient les nouvelles découvertes, les discussions qu'elles soulevaient ne se renfenn.aieat pas dans l'enceinte de la capitale. Le mouvement s'était communiqué de Paris aux provinces. BaÀs les principales villes où s'élevaient des Académies, en particulier à Lyon, à Kouen, à Dijon, à Bordeaux, à Toulouse, à Montpellier on voyait les corps savants encourager les travaux scientifiques, fonder des bibliothèques publiques, des musées, des jardins de botanique, des cabinets d'histoire natui-elle, établir des cours de dessin, de physique, de chimie, d'hydrographie et d'antiquités '. Souvent aussi les États
* En I1S3, l'abbé WandeUiacourt, dans la dédicace d'oQ livre clatsique destiaë aai jeunes filles, place un éloge de d'Alembert qui est ane preuve curieuse de l'ëlat de l'opinion. Il aalne en loi
• rhoDime le plus savant et le plus célèbre de l'Europe ■, qui a
• broiliarisé leo esprits avec les coansissanceB les plus abstraites h, eu les débarrassant ■ dn langage métaphysique, » qui a sa dévoiler • soos la forme la plus sensible, la plus ingénieuse, la plus claire, les secrets, les ressorts, la révolution jusqu'alors mystérieuse du monde astronomique, > auquel eofla on est redevable a des progrès que Ibb sciences font chaqlie jour et de cette heureuse révolution qui s'est faite depuis quelques anoées daoa la manière d'enseigner et d'apprendre. » Voy. Logique, oh l'Arl de diriger notre entejidemtnt dan* la re-:herche de la vérilé, dtttinée a» court d'éducation det demoùei/ts, 1782.
)Voy. F. BoBillier:/.'i7ufifut et lei académies de province, p. il-9i, — Beaurepaire : ReektrcAei sur l'inslruclion publigue, 1. 111, douce de Dombreus exemples de ces fondations dans la Normandie. — L'Académie de pordçauK le distingua par ses recherches aor. la
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provinciaux secondèrent cette impulsion de tout leur pouvoir. Ceux du Languedoc établirent, en 17^, des chaires de physique expérimentale à Toulouse et à Montpellier.
Ce mouvement général allait ee communiquer aux collèges, et alors se posa une grave question encore pendante de nos jours, celle du partage à établir entre l'enseignement scientifique et l'enseignement littéraire. Pouvait-on espérer que le xvni» siècle résoudrait ce problème avec le calme nécessaire? Pour qui connaît ses ardeurs intempérantes et généreuses, la conâance téméraire avec laquelle il discuta toutes les idées, l'impatience fébrile avec laquelle il aborda toutes les réformes, il est évident qu'il se préparait ici une révolution complète. D est facile de pressentir que les mêmes novateurs condamnant naguère les vieilles méthodes avec une hauteur dédaigneuse, vont donner désormais aux sciences dans les nouveaux programmes l'importance jusqu'alors accordée aux lettres.
Jusqu'au xviii« siècle l'éducation littéraire absorba la plus grande partie du temps consacrée à l'instruction secondaire. On reléguait l'enseignement des
pb^sjqnej t'enquéraot de ta cause des venta, de la ealare de la mer, du magnétisme, de la sève, de la dureté, de la molleise et de la fluidité des corps. L'Académie de Rouen s'occupa surtout de miQéralogie, celle de tloutpellier de mathéroatiques. d'anatomie, de chimie, de botanique. Les expériences de l'abtié Nollet sur l'éJectricitè eurent un grand retentissement et provoquèrent en particulier l'émulation des académies de Bordeaui et de Boueiu Cf. Babeau : La ville sous rancien régime, p. 521.
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sciences dans les hautes classes, et, de môme que l'étude de l'histoire faisait paHie des cours d'humanités, de même les sciences étaient comprises dans le cours de philosophie. Lorsqu'on ouvre un des nombreux traités de philosophie parus à cette époque, on y aperçoit à c6té de la philosophie proprement dite, ordinairement divisée en logique, métaphysique et morale ou éthique, une dernière partie, embrassant sous le nom de physique, physique générale, physique particulière, l'ensemble des sciences qui, avec la philosophie spéciale, devaient occuper exclusivement les deux dernières années de collège. L'enseignement de la philosophie renfermait donc celui des différentes sciences, à l'exception des mathémathiques ; après avoir été placées par RoUin, et même par des auteurs venus vingt ou treute ans plus tard, sous la rubrique génér-ale de philosophie, elles avaient fini , par être l'objet d'un cours séparé '.
Le xviii" siècle appela sur ce point une réforme complète. Ce qui avait le plus contribué à jeter la défaveur sur la philosophie des collèges c'est que,
t GuytoD de Morreau dit encore, eu 1764 {Mémoire mr t'iducalion publique, p. 32SJ : i On dUtiogue communément cinq parties dans la philosophie ; logique, mètapb;sii]ue, morale, mathémaligut, physique ; ■ mÛB à partir de cette époque la plnpart des traités de philosophie paasenC sou9 silence les mathématiques. Au collège Mazarin les mathématiques Étaient l'objet d'un cours séparé. Le président Rolland, Conditlac te plaignent qu'il n'en soit pas ainsi dans tous les collèges. La tendance de l'opinion est de réclamer une chaire distincte pour chaque ordre de sdences. Ainsi La Cba1ot«ia (op. cit., p. 73} demande pour chaque collège ■ une chaire de physique eipérimentale et de matbématiques, n RoUand y ajoute l'histoire naturelle. ■ L'histoire naturelle, dit-il, ne derrait<elle pas entrer dans l'enseignement de la physique, et toutes les sciences qui en Tontpartie ne demanderaientelles pas plus de détails et d'instruction? >
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l'enseignement des sciences continuantà se confondre avec l'enseignement philosophique, le même manuel traitant à la fois de l'un et de l'autre, l'opinion voyait là. un obstacle à l'avancement et -à l'étude des sciences- Comment des traités élémentaires, rédigés en latin et sous forme scolastique, pouvaient-ils suffire aux besoins d'une époque réclamant chaque jour une plus large part pour les connaissances nouvelles ?
L'asagt de i-^porter l'enseignement des sciences à l'étude générale de la phUosophie avait pour premier inconvénient de ne pas laisser à l'exposition de chacune d'elles l'importance et l'étendue qn'elles comportent. L'enseignement scientifique des collèges ftlt à peu près nul durant le xvi' siècle. Erasme veut, il est vrai, place pour l'histoire naturelle, la géographie, la physique, les mathématiques et môme l'histoire. Mais il s'agit d'une légère teintuure : hcec degustare sat erit. On est étonné, en lisant les statuts donnés en 1598 à la Faculté des arts, que les sciences y soient à peu près passées sous silence. C'est à peine si on demande aux élèves, faisant leur seconde année de philosophie, d'étudier • à six heures du matin la, sphère avec quelques livres d'Eucliiîe.' » Yoilà pour les mathématiques et l'astronomie. Us devaient aussi commenter • la physique d'Aristote » ', qui- ne représentait guère ce que nous entendons aujourd'hui par physique. On le voit, ce programme scientifique était presque vide. C'était un héritage du Moyen Age qui, tout entier aux discussions soulevées par la philosophie proprement dite,, ne s'était occupé de sciences que d'une façon incidente, et pour
■ V07. Statuts de 1S9S pour la Faculté dea arts, ut. iO.
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y chercber en quelque sorte de nouveaux thèmes & alimentation.
Les découvertes scientifiques du xvu« et du svni" siècle obligeront les instituteurs à faire une large place à cette partie de l'enseignement. Gomment eu effet traiter légèrement des questions agitant les savanta dans toate llter^ et âoat l'importance, égale & celle des études philosophiques et littéraires au xvii' siècle, primera tous les autres ordres de connaissances au xvin"? Le président du bureau du collège d'Amiens écrivait, en 1783 ', à M. Le Rebours, président au Parlement ; « Les deux classes de philosophie (logique et physique) diffèrent dans leur objet... Les mathématiques^ la méchanigue , la chimie et la physique expérimentale deviennent depuis trente ans environ une partie essentielle et notable de l'éducation publique... Il est peu d'états et de conditions qui n'en fassent usage et n'en retirent des avantages sans nombre. Il suffît d'être au courant de son siècle pour voir de queUe utilité ces sciences, dont les progrès tiennent au prodige, sont par rapport aux besoins de la société, à la perfection des arts et métiers. > L'auteur de la lettre concluait en demandant plus d'ampleur pour l'enseignement scientifique.
Tel était alors l'engouement pour les sciences que' la fortune des philosophes tenait à la vogue de leurs théories scientifiques. L'Académie des sciences, en consacrant officiellement, en quelque sorte, les procédés de Descartes en géométrie et ses principes en
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physique, assura le triomphe définitif de la philosophie cartésienne. A voir l'enthousiasme avec lequel Montesquieu parlait dans ses Lettres persanes * du monde de Descartes, on peut juger de la popularité qu'il avait encore dans le premier tiers du xvni* siècle. Le côté scientifique de l'œuvre de Descartes, qui avait tant aidé au succès de sa philosophie, ne contribua pas moins à la discréditer dans l'opinion, lorsque l'esprit public abandonna son système pour adopter celui de Newton. Dans ces conditions, au moment où l'engouement pour les sciences augmentait de jour en jour, où les théories scientifiques mises en avant par un philosophe concouraient si puissamment à la faveur ou à la défaveur de sa philosophie, les maîtres chargés de l'enseignement secondaire ne pouvaient refuser une place dans leurs programmes à des questions passionnant à ce point l'opinion publique. Ils comprirent ces besoins des temps nouveaux, et, en comparant les différents traités de philosophie élémentaire parus dans le coui-s du xvii" et du XVIII" siècle, nous voyons les sciences y prendre une place de plus en plus large à mesure que nous approchons de la Révolution *. Le moment
< Voy. Lettre d'Usbeck & Hoasein, -derviche de la moatagne de
* Nommona, entre biea d'autres livres, un ouvrage qui eut un grand succès, la philosophie de Lyon (l^titutioTtts phUoiophicx auctoritatt archiepiscopi Lugduneniis editx, 1782, 5 vol. in-8". laquelle consacrait deui volumes Eur cinq à l'eiposition des sciences. 11 en était de mSme de la philOBophie de Tonl : InslïfU' tUmea philosophiez ad luum teminariorum, Tuili Lmeorum, 1771, 5 vol. in-B*. Dès 1750, un professeur du collège d'Harcourt consacrait la moitié de son cours de philosophie publié en six volumes A l'euseiRnement de la physique, de l'histoire naturelle, de la géométrie et de l'astronomie. (V. Curna philoiophkus ad
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arrive où les sciences, exposées dans des ouvrages distincts, n'auront plus besoin de s'abriter sous la rabrique générale de cours de philosophie.
Mais ce n'était pas assez de donner aux sciences entrée dans les collèges, il fallait encore suivre dans cet enseignement la méthode qui lui convient, il fallait en particulier pour les sciences naturelles user moins de raisonnements que d'expériences. Or, il y avait encore sur ce point une réforme profonde à. accomplir. Le Moyen Age avait légué aux écoles l'habitude de disputer sur les sciences, d'argumenter sur les principes, quand il aurait fallu observer les faits. Les statuts de 1598 étaient restés ici fidèles à la tradition. S'il est une profession où il soit nécessaire d'étudier la nature, de s'appuyer sur l'expérience, c'est crfle de médecin ; or la grande préoccupation du législateur,
scholanan usum accommodatas, auctore Lemonnier, ITSD, GtoI. in-R. Voici comment étatl divisé le courB de Bcieaces dans la philo- !tophie de LyoQ, et dn Teste, dans toutes les autres : I. Pkysiaa ijenerahs .' Dr mattrix exlensùme et divisibililale. — Défigura corporum. — De corporum impenetrabUilate. — De corpomm porosilate. De ùxo corportirn. — De mobttitate corporum seade mechanica {de slalica, de hydrostalica, de aereometria). — De eorporum gravitt. — II. Physica ipecialïs, — Di coamographia. — De terra et eorpo' ribia terrestribvi, de meleoris. — Ce cours ae supporterait étï-' demment pas la comparaison avec nos traités éûmcotaires de scieaces. Le latiu se prête peu à l'exposition de découvertes récentes pour la plupart. Les figures descriptives qui auraient aidé l'intelligence de l'élève mauqueut le plus souvent. Cependant on y trouve un effort sérieuï pour sortir enfin des Rénéralités EcotssUques, et pour mettre autant que possible l'élève an courant des nouvelles sciences.
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dans les statuts de 1598, parait avoir été, nous l'avons vu, de faire des étudiants en médecine de bons argumentateurs '.
Pendant qu'on continuait ainsi à disputer, une grande révolution s'accomplissait au dehors. Bacon venait de proclamer la nécessité en matière scientifique de la méthode expérimentale, lui donnant pour base l'observation et l'induction. Descartes, en rédui-
' Les «tatDts de la Pacultâ de médecine puleDt, il est vrai, de leçons d'anatomie et de botaniqae ; ils font m£me visiter aux
Élèves les jardins de plantes. Mais le cours de botanique se bonic à faire cannaltre « les Doms » et o les vertus * des plantes, et, dans ce but, à fiiire expliquer nprËs PAques a les livres de Galien sur les propriétés des simples. » On se contente de Taire assister deux fois par au les élèves aux dissectiouB BDatamii[ues. Ce qui les conduit le plus sûrement enx grades, c'est d'être habiles disputeurs sur la question quodlibetaire on cardtTiale, sur tel B|iborisme d'Hippocrate ou tel livre de Galien. \oj. Statuts pour la Faculté de médecine, art. 9 et, 56 et dans le complément de la réforme de la Faculté, art. 1-8. — Le règlement pour la Faculté da médeiiine de Montpellier (en 163i, art. 36) portait : « Lea licenciés qni prétendront BU doctorat, recevront dn chancelier et du dojen qnatre questions de médecine pratique, avec six problèmes de théorie médicale et six paradoiea. Ils disserteront là-deaaus en chaire pendant trois jours complets, deux heures le matia et deux heures le soir, durant lesquelles argumenteront les professeurs royaux, les docteurs agrégés, les docteurs ordinaires, les licenciés, les bacheliers, et jusqu'aux simples étudiants. » -~ Parfois la discussion dépassait les bornes. Eu 1712, un professeur s'oublia, dans l'ardeur de l' argumentât ion, à dire k un jeune collègue : Tu es asinus, lu es barilolus, ce qu'il répéta plusieurs fois ajoulant qu'il Était un petit garçon, etunignorant. — Voy. Germain, l'Ecole de médecine de Monlpeilier, 1880, in-i», p, 50 et 90. — On argumentait aussi dans les Écoles de droit. L'édit de Louis XIV portant, en 1707, règlement pour ces Écoles, disait, art. 6 : « Voulons que toutes les chaires des professeurs.,, soient mises k la dispute. » Dans les questions adressées en ITES à toutes les Facultés de droit du royaume, Bareutiii demande au sujet des élèves: « Si on les interroge, ou s'ils disputent en classe, ou si le professeur ne fait qu'expliquer. «
ENSEIGNEMENT DEH 8C3BNCES 195
saut le problème du monde à une simple question de mécanique, avait détrait ces vertus occultes, ces entités mystérieuses dont l'imagination des âges précédents s'était plu à peupler l'univers ; il avait discrédité les formes substantielles et toute la physique desscolastiques. Fontenelle, dans ses préfaces del'Histoire de l'Académie, pouvait avec raison lui rapporter l'honneur d'avoir renouvelé les sciences mathématiques et physiques, d'avoir ruiné à jamais cette physique stérile qui "estait stationnaire depuis des siècles, parce qu'elle bâtissait des raisonnements, là où ii aurait fallu observer des faits.
Cette grande! révolution accomplie au dehors ne faisait pas seutlr assez rapidement son influence dans renseignement scientifique des collèges. Les amis d'Aristote se croyaient obligés d'arçumenter pour la physique de l'école contre la réaction cartésienne. Les partisans des formes substantielles ne manquèrent pas au xvn» siècle. Ces résistances, en retardant d'autant le triomphe de la méthode expérimentale dans l'étude des sciences, irritaient l'impatience des esprits qui poussaient sur ce point à une réforme nécessaire. L'abbé Fleury blâme < ce respect aveugle i qui a persuadé que • la nature était telle que Pline l'a décrite, et qu'elle ne pouvait agir que suivant les principes d'Aristote. » Il raille ces temps où i étudier la physique, c'était lire des livres et raisonner ; comme s'il n'y eûtpoint eu d'animaux pourfaire des anatomies, ni des plantes ou des minéraux pour en éprouver les effets ; comme si les hommes n'eussent point eu l'usage des sens pour reconnaître la vérité de ce que les autres avaient dit; en un mot. comme si, la nature
n'eût plus été du monde pour la consulter elle mémû '.1
L'exemple de Bossuet, — qui après avoir étudié pendaat un an, sous la direction du médecin Duvemey et à l'aide du scalpel, l'anatomle et la physiologie, avait exposé, dans son livre De la connaissance de Dieu et de soi-métne, le résultat de ses recherches avec une précision, une clarté, une élégance * que lés hommes du métier auraient eu bien de la peine à égaler à cette époque, — ne parait pas avoir eu beaucoup d'imitateurs. Les manuels mis entre les mains des élèves n'évitaient pas assez les généralités dans l'enseignement scientifique, ce qui excita les réclamations les plus vives jusque dans la seconde partie du xvni» siècle '. Les Mémoires adressés, en 1762, au Parlement de Paris se plaignent, avec la municipalité delà Flèche *, qu'on néglige d'unir t en physique les expériences aux préceptes, en mathématiques le dessin à la spéculation. >' Les écrivains demandent avec aigreur qu'on cesse enfin « d'argumenter sur la
1 Flenry, Traité du choix et de la méthode det'itudet, cb. x et un.
* L'ablié Ledieu dit dans se9 Mémoires, au sujet de cette partie d£ l'ouvrage de Bossuet, que u les physiciens, les anatomistes, les médecins lea plua renommes de son temps trouvèrent son œuire supérieure à tout ce qui avût paru jusqu'alors aur te mâme sujet. ■
» Néanmoins ou peut voir en Germain (op. cit., p. 90, 91, 103, m) comment, tandis que l'enseignement des Bciences se basait de pins en plus sur l'expérience dans les collèges, de même à la Pauultê de médecine de Montpellier se fondaient successivement des cours pratiques de cluinie, de physiologie, de pathologie, de botanique, de clinique, en même temps que l'usage des dissections devenait plus commun.
* Voy. Recueil de piusieura ouvrages du président Rolland, p. S43.
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déânition de la physique, sur l'essence de la matière. > Plus de raisonnements généraux sur ■ la divisibilité, la solidité, la porosité, la gravité, l'élasticité, i Plus de ( thèses insipides > ; qu'on finisse de subordon- Qer f les lois du mouvement... aux règles de la dialectique » ; qu'on étudie « les effets... avant de disserter sur les causes '. » On n'a pas assez de raillerie pour ces temps où, • sans observer la nature, on voulait la deviner, i Que manquaitril & nos pères ? Le contrôle des expériences. Depuis que « les Newton, les Bayle, lesTorricelli, lesPascal n'ont plusmarché que le bâtoa de l'expérience à la main, la vraie physique est devenue expérimentale. > Ainsi en est-il des autres sciences qui doivent avoir désormais dans chaque collège leurs instruments. Fournissez à la géographie des cartes, à l'astronomie des globes, à l'histoire naturelle « des productions de la nature >, à la physique expérimentale < tout ce que les Galilée, les Bayle, les Newton ont imaginé de sensible i, à la géométrie tout ce qui sert » à mesurer la quantité et i- lever des plans, > à la mécanique > des machines simples » , dont le jeu soit facile à comprendre et transforme les élèves en petits i mécaniciens >, à l'anatomie enfin des squelettes factices, « où l'on démontre le jeu des solides et des fluides qui composent le corps humain*. >
< Gujton de Morvean : Op. cit. p, 271-272.
■L'abbé Cojrer : Plan d'éducation publique, 1770, p. 1S5, 162, ÎIÏ. —L'abbé Migeot {Phitosophia elemenia, 1784, t. H, p. 155-lHB) s'élèTË avec force contre l'eiprit de ayatëme et les discuBsionE abstrutes dans lea scieDces oatnreUca. « Les Bjstàmes ne sont au plue que des «onjecturea iDgénieuEeB..L'eipérieoce ne le* a presque jamai? justifléca. Il est indigne d'un philoaepho de . s'en
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198 ENSEIÛNEMENT DBS SCIENCES
L'abbé Coyer ne se contente pas de réclamer pour chaque collège ces différents moyens d'expérimentation, il veut encore que chaque maison d'éducation possède un potager pour la connaissance des légumes, un jardin pour les arbustes, les plantes et les fieurs, un verger pour les arbres fruitiers, un grand champ de terre labourable avec les instruments d'agriculture, un bassin pour la natation, une salle pour la gymnastique, enfin, le croirait-on, • une ménagerie où l'on rassemblera le plus d'animaux qu'on pourra '. » Ces demandes étaient Vraiment par trop ambitieuses; c'était pousser un peu loin l'esprit de réforme. Les membres de l'Université raillaient ces projets, où il ne s'agissait de rien moins que * de dresser des fourneaux dans nos classes, disait l'abbé Proyart, d'y agiter les soufflets ' i, d'installer dans chaque collège «n matériel d'expérimentation universelle. Malgré ces excès, on n'en avait pas moins raison de faire une large part aux expériences dans l'étude de la physique.
Une autre réforme qui devait aider puissamment au progrès de cette science, c'était de l'enseigner en français. Où trouver dans le latin des expressions pour décrire d'une façon claire, intelligible, intéressante des instruments nouvellement inventés, des découvertes récentes? L'usage du français paraissait d'ailleurs le moyen le plus sur pour chasser toute
laisser prévenir, de les recevoir comme principes, et d'appoyer Bur un roDdcmeDt si peu solide l'édifice de ses connaissances naturelles. ■ Si on abjecte que les discussions forment les jeunes gens & faire de In dispute, « je déclare que je la méprise trop pour entreprendre d'y accoutumer ceiii qui me sont confiés. »
< Coyer, ibid. p. 27^.
» Proyart ! De fériiication publique, 1785, p. 102.
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ENSEIGNEMENT DBS SCIENCE8 199
" ergoterie » de l'exposition des sciences. * La physique, disait Guyton de Moi'veau ', est de toutes les parties de la philosophie celle qui a le plus besoin de réforme... Dès que l'on sera d'accord de l'enseigner en langue vulgaire, il n'y aura plus à craindre que l'on perde un temps assez considérable à la physique générale, étude vraiment digne du temps où l'on croyait que la nature ne pouvait agir que suivant les principes d'Ailstote. »
Cette réforme était en train de s'accomplir, malgré quelques résistances, avant la Révolution. Dans les cours de philosophie publiés en 1784, par l'abbé Hauchecorne, par l'abbé Migeot, la philosophie proprement dite est exposée en latin, tandis que les éléments d'arithmétique, d'algèbre, de géométrie, d'astronomie, de physique sont rédigés en français. < En donnant ces éléments, dit l'abbé Migeot, je m'écarte de l'usage, mais d'un usage qui, à la vérité, n'a rien de respectalile que son ancienneté *. »
' Op. cit., p. 211.
* Migeot : F/iUoiophix elemenla, 17S4, t. II , p. ISB. L'éditeur de cet ouvrage dit dans la préface : « L'auteur a déjï introduit dans l'Université de Reims, où il a longtemps professé, l'nsage qui parait si raisoDuable d'enseigner en français ces deux scieDces (mathâm a tiques et phjsiquej, et ion exemple tit imité dans pluiiïui'i avlres collèges » — Il ; avtiit lutte entre tes partisans de la tradition et tes hommes de progrès. Eu 1785, le principal du collège d'Amiens, eur la réclamation du professeur de philosophie qui enseignait en latin, Qt décider que le professeur de sciences professerait en français les mathématiques et la physique expérimentale, u mais qu'il enseignerait en iatiu U physique générale et particulière. » Dortj, loc. cit.
Après avoir ainsi assuré à chaque science^ avec son indépendance, la méthode et la langue qui pouvaient le mieux lui convenir, il s'agissait de déterminer quelles sciences devaient entrer désormais dans les programmes d'instruction secondaire. A cette question, les réformateurs de l'enseignement répondaient : toutes. L'arithmétique, la géométrie, l'astronomie, la mécanique, la physique expérimentale, la chimie, l'anatomie, l'histoire naturelle devaient trouver place dans l'éducation à côté de la littérature, de la philosophie, de la géographie, de l'histoire et des langues vivantes. Telle est la demande formulée par presque tous les écrivains agitant cette question, durant la seconde partie du xvui« siècle '. Quelques auteurs, trouvant ce programme insufâsant, veulent même donner • des notions de médecine • aux enfants de quatorze à quinze ans, et mettre entre leurs mains les € principes de chirurgie de M. de la Faye *, »
Manifestement ce siècle, enorgueilli de ses découvertes scientifiques, se grise de ses lumières et ne peut contenir son enthousiasme à la vue des progrès accomplis. Bans son impatience de faire partager tant de trésors à la jeunesse, de préparer à la France des générations au savoir encyclopédique, on le voit dédaigner la forte culture classique qui avait donné
' Voir en particulier l'abbé Gojer, op. cit., p. 130-lSO.
* Le More [l'abbé) : Principes d'instilulion, ou la manière d'élever tes enfants des deux sexes, pur rapport au corps, à l'esprit et au cœur, 177i, in-12.
sL\i pays deux siècles de gloire littéraire^ et afficher is prétention d'initier l'enfance k des. études ayant paru jusqu'alors appartenir à un âge plus avancé. * C'est un préjugé de notre siècle, disait Cruyton de Morveau ' en 1764, de vouloir faire & quinze ans des mathématiciens, des physiciens, des moralistes, des orateurs, tandis que on le devient & peine à quarante. > Les années ne vinrent que développer la prétention de faire des élèves autant d'encyclopédistes. L'abbé Proyatt, principal du collège du Puy. décrit agréablement ces éducations ambitieuses, où des enfants de quinze ans devaient se montrer < d'assez bons agriculteurs, des naturalistes instruits, de prudents économes, des commerçants entendus, des politiques éclairés, de profonds métaphysiciens, des géomètres prodigieux, et tout cela sans préjudice des arts et métiers, de la chimie, de l'écriture et du dessin, de la géographie universelle, de l'histoice tant ancienne que moderne; sans préjudice de la langue française, quelquefois même des langues anglaise et allemande, ' et d'un peu de latin ; sans préjudice encore de la musique et du blason, de la danse et de l'escrime, du manège et surtout de la natation ^. •
Au milieu de cette universalité de connaissances, qu'on veut faire entrer désormais dans les programmes d'instruction secondaire, chaque réformateur montre une prédilection pour quelque science particulière. Le naturaliste veut que l'élève sache, dès la sixième, * l'histoire des insectes >, qu'il ait lu en cinquième • Pline et Columelle. • Le partisan de l'ins-
' Op.. eit. p. B5.
* L'abbé Proyart, opcil., p. lOMOÎ.
tructioD civique l'initie, dès cette époque, à la t politique. > Le géomètre attend « des prodiges > de l'étude des mathématiques. Survient Gonditlac qui va traiter son élève par la psychologie, comme d'Alembert le traitait naguère par les 'mathématiques. D'après lui, ou peut faire suivre à un enfant de sept à huit ans, 1 par une série d'observatioos, le fil des connaissances humaines. ■ Pourquoi, disait Condillac, l'enfant, f qui a les mêmes facultés dans l'âme que rhomine fait, ne pourrait-il pas les observer comme lui ' ? 1
Dans ce cortège de sciences auxquelles on ouvrait désormais toute grande la porte des collèges, l'opinion publique en distinguait une, entre toutes, pour laquelle elle professait une prédilection pleine de tendresse, je veux parler des mathématiques. Ce ne sont qu'éloges enthousiastes et étemels dithyrambes. Dès l'année 1715, J. P. de Crousaz, après avoir montré que l'étude des mathématiques est nécessaire à la physique, qu'elle donne 4 l'esprit de la pénétration, de la solidité et de la justesse, s'écriait en finissant : « Je suis persuadé que la vie humaine doit au secours des mathématiques une partie de ses ornements *. » Rollin parle des mathématiques avec la même faveur '. L'engouement pour cette science va grandis-
< Condillac ; Coura d'études.
* Crousaz : Réflexions rur rutUité dm mathématiques et »«r la manière de les étudier, p. 2 6, 1715.
■ Rollin dit en parlant des mathématiques ; » On ne saurait croire combien cette sorte d'ètnde est propre Adonner aux jeunes gens nne force, une justesse, une pËDËLration d'esprit qui les conduisent peu i peu à entendre par eui-mèmes et à débrouiller les questions les plus abstraites et les plus embarrassées. » (Op. cit., liï. Vil, art. u). RoIUn a essayé de donner lui-même quelques
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sant à travers le siècle. Tandis que Diderot, qui aima tant de choses, déclare < qu'il a toujours aimé avec fureur » les mathématiques, La Chalotais, Guyton de Morveau et la plupart des réformateurs de l'enseignement établissent, en leur honneur, de véritables thèses auxquelles nous renvoyons le lecteur ', En t^te de ces panégyristes se plaçait l'abbé Coyer, dont l'âme sensible ne pouvait penser à la géométrie sans tin véritable attendrissement. Tous les prodiges de l'éloquence, disait-il, tous les sophismes de la chicane, tous les fantômes des imaginations ardentes, tous les projets mal concertés s'évanouissent devant l'esprit géométrique. Il n'y a que le mérite qui reste. Dans la bouche de l'abbé Coyer, l'éloge de la géométrie est d'un bout à l'autre un chant de triomphe. Le siècle partageait cet enthousiasme pour les mathématiques, que Proyart nous montre, en 1785, comme étant f la science k la mode. Onne voit partout, dit-il, que des apprentis mathématiciens. Ceux même qui n'ont pas la plus légère idée de cette science ne tarissent pas sur ses avantages, » Elle leur apparaît comme une sorte de voile magique (tachant llgnorance de tout le reste, au point, ajoute l'abbé Proyart, que les parents, en nous confiant leurs enfants, font bon marché des autres connaissances, pourvu que nous les appliquions aux mathématiques *. n ne suffisait pas d'afficher ainsi sa tendresse pour
Dotions d'ftBtroDoiQie, de botaniqne et d'histoire DUturelle, que da mte on trouvertiit aujourd'hui avec raison bien insurflsantes. Op. «it. Ut. Vil, art. lii el iv.
• La Chalotais : op. cil., p. 66-70. Guyton de Morrean, op. cit., p. Ses-3T0.
' Proyart ; op. cit., p. lOt-lPS.
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toutes les sciences en général, pour les mathématiques en particulier. Après avoir fait entrer l'Encyclopédie dans l'enseignement des collèges, restait à trouver le moyen d'exécuter un tel programme. Ge siècle se croyait de taille à aborder la difficulté et à la résoudre. Nous avons déjà fait connaître les méthodes qui, dans la pensée des réformateurs, devaient abréger, simplifier l'étude du latin. On allait supprimer les dictées faites en classe par les professeurs de philosophie, et mettre entre les mains des élèves des livres élémentaires, rédigés en français, que différents auteurs s'occupaient à préparer de toute part *. On allait utiliser chaque jour, chaque minute, et allumer dans le cœur de la jeunesse une ardeur qui devait la rendre capable de tous les efforts et de tous les triomphes. Vous vous demandez, s'écriait un péda^ gogue en 1789, comment on trouvera le temps d'étudier au collège, outre la littérature, l'histoire, les sciences naturelles, « les méchaniques, l'économique, l'arithmétique et la géométrie, > certaines connaissances non moins utiles, telles que la jurisprudence, l'anatomie, la médecine, la botanique ; mais oubliez-
' Déjà Bivard avait publié en français, vers 1730, tes Eléments de mathématiques. La Chaiotals (op. cil., p. 69J cite les Ëlémenta de géométrie et d'algèbre par ■ M. Clairaut », où l'auteur, dit-il, ■ a réuni les deux avantages d'intéresser et d'Éclairer lea ronnnençnnta. n Fréron (Année littéraire, 1770. t. IV, p. 93) cite le$ leçons élÉmentaires de mathématiques par l'abbé de la Caille. Matbias {Dt l'enseignement public, 1776, p. S2-8i) mentionne l'ouvrage d« Macquez sur la cbimie, de Person aur l'anatomie. L'abbé Coyer (op. cit. p. 292 et seq.) recommande la Pbjsique expérimentale de l'abbé Nollet et divers autres ouvrages de mécanique et d'analomie. Enfin La Cbalotais, Gnyton de Murveau, Rolland citent des livres élémentaires se rapportant aux différentes branches de l'enseignement, ce qui prouve l'importance qu'on attachait k combler enQu c«lte lacuue.
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VOUS donc que, dans notre système, l'enseignement des langues mortes prendra moitié moins de temps qu'autrefois? Dès lors, dans les huit années consacrées à l'instruction secondaire, quelle part ne peut-os pas faire aux sciences? Si les slsjours de la semaine sont absorbés par les études les plus essentielles, ne peuton pas consacrer le dimanche à initier les élèves à im certain luxe de connaissances? Ainsi, le dimanche, un avocat, un jurisconsulte viendront leur faire une conférence d'une heure, sur < les lois les plus connues du royaume. • A peine ce conférencier est-il sorti par une porte qu'un médecin, entrant par l'autre, vient exposer à son jeune auditoire • les principes généraux de son art, indiquer les causes les plus communes qui détruisent la santé, les moyens qui la conservent et- ceux qui peuvent la rétablir, quand on a eu le malheur de la perdre '.> Le même jour, les élèves assistent encore à un cours d'anatomie et à un cours de botanique. C'était beaucoup pour un dimanche, sans compter que notre auteur n'oubliait pas d'appliquer à une leçon dé catéchisme ces jeunes têtes chargées de vapeurs scientifiques.
> plan d'éducation nationaU, 1189, p. 77-SO — Une partie de l'opinion exigeait renflemMe de ces connaiBBances dea aspirants au sacerdoce. La Chalotaia Écrivait dans son Essai d'Éducation natioDsle, p. 1l5-li6 : » On croit pouvoir dire qu'un curé qui easeignerait i. ses paroissieDB la pratique de la religion, qui est fort simple et fort courte pour eui, les deToirs tes plus commung et de Ift les plus easentiela ; qui leur montrerait les moyens les plua simples d'éviter et de guérir les maladies ordinaireB à la campagne, de mieux cultiver leur champ, qui, sçachant quelqaeK principes des loii et de la coutume du pays, terminerait les procès et les préviendrait dans Jeur naissaace, qui sçRurait un pea de physique, de médeciue usuelle, d'arpentage, contribuerait davantage an boaheur des hoiïimes que toua les curés ne le
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LA SUPaÉUATTE DES LETTRES PASSE AUX SCIENCES CHAPITRE II
La suprématie des lettres passe anx sciences
I. La réaction en faveur des «ciences ébranle l'antîijae royaaté 'des lettres. — II. Erreur de subetituer les sciences aux lettres conmie înstrDOieDt de formatioa ioteltectuelle.
Si l'enthousiasme de cette époque pour les sciences, en particulier pour les mathématiques, avait eu seulement pour effet d'ouvrir à cet ordre de connaissances une plus large place dans les programmesd'enseignement secondaire, on n'aurait eu qu'à se louer d'un pareil résultat; mais il est toujours rare, il eût été inouï au xviu* siècle de voir s'arrêter à temps un mouvement de réaction. Aussi l'opinion qui a réclamé avec tant d'ardeur, qui a obtenu pour les sciences droit de cité dans les collèges, ne pouvait tarder à «'attaquer aux lettres elles-mêmes. Il ne sera question de rien moins que de leur enlever l'empire qu'elles avaient exercé jusqu'alors sans partage. Les réformateurs après avoir dit : trop de latin, vont s'écrier maintenant : plus de latin. Nous allons assister à un véritable assaut contre les études classiques.
Ici, sans doute, les agresseurs ne pouvaient se flatter de ranger tous les combattants sous leur bannière.
peuvent faire avec leur mauvais laLn, une inutile Kbolastique «t leurs querelles tbéologiques. >