LÀ SUPRÉMATIE DES LETTRES PA.8BE AUX SCIENCES
Parmi les novateurs, un grand nombre et souventles plus hai'dis défendent la cause des lettres. La Chalotais fait remarquer qu'on distingue facilement c l'homme qui avécu dans la compagnie des bons auteurs, comme dans le inonde celui qui a vécu dans la bonne compagnie. > La façon de s'exprimer, déjuger, de parler, d'écrire, » une allusion, la citation d'un vers connu », annoncent, dit-il, t la culture de l'esprit '. » Après La Cbalotals, Guyton de Morveau venait affirmer à son tour € qu'aucune langue vivante ne peut se suffire à elle-même. .,, que le latin est nécessaire à tout homme de lettres *. » Déjà avant La Chalotais, avant Guyton de Morveau, Pluche ' avait démontré l'impcasiÛlité d'acquérir une éducation complète avec la seule connaissance de la langue maternelle. Nous ne saurions être étonnés de pareilles affirmations. Une révolution aussi complète, dans le système d'enseignement, que celui de la substitution des sciences aux lettres ne pouvait s'accomplir que par une lente conquête de l'opinion, et, dnrant cet intervalle, nous devons nous attendre à recueillir plus d'un hommage rendu à l'ancien système d'études. C'est ainsi que l'un des plus fougueux défenseurs de l'éducation scientifique en ce siècle, le vrai prédécesseur d'Auguste Comte, Diderot, — après avoir attaqué les lettres, bonnes tout au plus, dit-il, pour former des orateurs et des poètes, et auxquelles il accorde une seule année, la rhéto-
I La Chalotais ; op. cit., p. S4.
* Guytoa de Horveau : op. cit.. p. 115.
'Plucfaâ, op.cit: « Ceax qui se bornent àleurlanfnie materaelle, saDS Tonloir faire leur profit de la politesse ni de l'expérience dea Grecs et des Romains, courent le risqua ou d'acquérir na açaroir taciturne et incapable de se produire, ou d'avoir une lacilîté do parler qui n'eet soutenue d'aucun fonds. •■
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rique, — laisse échapper cet aveu : * Homère, c'est le maître à qui je dois ce que je vaux, si je vaux quelque chose. Il est difficile d'atteindre à rexcellence du goût, sans la connaissance des langues grecque et latine. J'ai sucé de bonne heure le lait d'Homère, de Virgile, d'Horace, de Térence, d'Anacréon, de Platon, d'Euripide, coupé avec celui de Moïse et des prophètes.-•■
Malgré tous les témoignages en faveur de l'instruction classique, que nous pourrions recueillir de la bouche même des partisans de la réforme, la tendance évidente des esprits était d'appeler les sciences à recueillir désormais l'héritage des lettres dans l'éducation publique. Les attaques que nous avons vues s'élever contre l'importance donnée aux langues anciennes, peuvent nous faire prévoir cette conséquence. Il y avait dans cette hostilité même la preuve que l'opinion attachait moins de prix aux antiques études ; il est facile de pressentir que les novateurs, après avoir ébranlé les traditions de l'enseignement littéraire, se porteront à le proscrire.
Si Locke, qui exerça tant d'influence sur ce siècle, permet le latin dans l'éducation, ce n'est pas comme moyen de formation intellectuelle, c'est parce qu'il peut être utile à certaines professions dans le courant de la vie. Encore fait-il passer l'étude des langues mortes après celle des langues vivantes. L'élève devra apprendre le français avant le latin '. Nous retrouvons les préventions de Locke contre les langues
• Locke, op. ciU, p. 293-294. Cest ce qui a fnil dire à Rollin : u Je ne sais »i Locke était bien versé daos la cooDaissance de la langne grecqae et dans l'étude des beUes4etlre8. Il ne paraît pas au moins en taive assez de cas. >