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anciennes dans les ouvrages de l'abbé de Saint-Pierre. Cet écrivain fait bon marché de l'enseignement classique, qu'il subordonne complètement aux connaissancesd'uneu tilité pratique, à ce que nous appellerions aujourd'hui l'instruction professionnelle. • Si l'on ne doit pas faire usage, dit-il, durant la vie, ni du vers latin, ni de l'éloquence, ni du grec, il ne faut pas y employer son temps, et il faut préférer les parties d'art ou de science plus utiles au bonheur de la société. » Les langues mortes lui paraissent moins importantes que • le malabraiaou l'arabe ». S'U fait grâce aulatin, c'est qu'il < peut être utile au commerce des niarchandises >, et encore réduit-il au minimum la notion de cette langue '.
Ce rêveur, qui en tant de points devança la pensée de son siècle, ne devait pas être désavoué pour ses théories sur l'enseignement. Avec Locke, avec l'abbé de Saint-Pierre, avec Condillac, qui recula le plus possible l'étude du latin dans l'éducation de l'infant de Parme, on s'habituait à ne plus voir dans cette langue le fondement de l'éducation intellectuelle. On répétait volontiers, avec Helvétius, que le latin est • peu utile > ; on lisait sans stupeur, dans le manifeste d'un professeur public, des propositions comme celles-ci: c Toute la journée est présentement emjiloyée au latin et quelques moments aux autres connaissances. Si l'on m'en croit, on emploiera tout le jour au contraire à acquérir ces sciences que je viens do détailler '. »
' V. les CBuvrt* de l'abbé de Saint-Pierre, et Gbumy : Etude sur la vie et la iixiU de l'abbé de Saint-Pierre, 1839.
' Estai sur les moyens de réformer l'éducation particulière et générale, par Fleury, nSi,préf., p. ivi.
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SIO h^ SUPRÉMATIE DES LETTRES PASSE AUX SCIENCES
C'était transporter aux sciences l'ancien monopole des lettres. Certains esprits refusaient de se laisser conduire à de pareilles extrémités. Matbias, principal du collège de Langres, tenant la balance égale entre ces deux ordres de connaissances, veut consacrer trois années aux lettres et les trois autres aux sciences ' ; mais on ne pouvait demander à tous les réformatem-s de garder cet équilibre. Nous voyons Diderot, par exemple, revendiquer résolument la prépondérance pour les sciences. Des huit classes dont il compose la Faculté des arts, les cinq premières sont consacrées aux études scientifiques ; la grammaire et les langues anciennes sont rejetées dans les trois dernières, encore n'est-ce réellement qu'en rhétorique qu'il applique son élève à, l'éducation littéraire. H n'a pas assez de dédain pour l'enseignement des collèges où, dit-il, « sous le nom de physique, on s'épuise en disputes sur les éléments de la matière et les systèmes du monde; pas un mot d'histoire naturelle, pas un mot de bonne chimie, très peu de choses sur le mouvement et la chute des corps, très peu d'expériences, moins encore d'anatomie. > Vrai prédécesseur d'Auguste Comte, c'est par les mathématiques, la mécanique, l'astronomie, l'histoire naturelle, la physique et la chimie qu'il -prétend élever désormais les générations nouyelles. A l'exemple de son siècle, ce sont surtout Ijes mathématiques que Diderot célèbre avec le plus
> Mathias divisait aiasi les trois années consacrée^ aux sciences : « 1" snoéa : Histoire naturelle, physique expérimentale, auatomie, phimie, mathématiques pures. — 2' année ; LoRÎqiie, métaphysique, graintnaire universelle, mécanique, hydraulique, optique. r~ 3° année : Morale, droit, public, astronomie. » Op. cit., p. S6, 93, 98,
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d'enthousiasme, ce sont les mathématiques qu'il veut mettre k la base de l'enseignement, dès la première enfance, car, disait-il, « il est plus facile d'apprendre la géométrie que d'apprendre à lire ', » " ' ' '■
Les faits qui précèdent nous montrent clairement la prétention des novateurs de prendre désormais les sciences comme base de l'éducation. C'est le premier éclat d'une longue querelle entre les lettres et les sciencesi querelle à laquelle a souvent assisté notre siècle et que réveilleront plus d'une fois nos descendants. Le problème posé était grave, et nous ne croyons pas que les vrais amis de la jeunesse lui donnent la même solution que certains réformateurs de l'enseignement au xviu» siècle.
Ces derniers^ voulaient remplacer les lettres par les sciences et parmi ces sciences, nous l'avons vu, ils plaçaient en. tête les mathématiques^ Mais, est-il bien- Bûr que les mathématiques, qui sont avant tout une science de raisonnement, puissent convenir à un âge peu capable.de raisonner? Les premières facultés qui s'éveillent dans l'enfant sont l'imagination, la mémoire, une. certaine sensibilité, une certaine curiosité intellectuelle. Chez lui, ,1a
'(Euvres de Diderot, t. III. « La géomèUie, disait Diderot
(ibid., pj t5S-i!16), ett ta meilleure et la plus simple de toutes lès logiques; la plus propre à doQoer de l'inflexibilité au Jugemeot et à la raison... Un peuple est-il ignorant et BiijieratitieuxT apprenez aux enfants la géométrie et tous verra avec Te temps l'effet de cette science. « , - -
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réflexion est faible, le jugement peu développé, l'idée abstraite encore absente. Comment voulez-vous dès lors appliquer au pur raisonnement, un être habitué à donner à toutes ses conceptions une forme concrète ? Avant de le jeter dans les entités mathématiques, ne valait-il pas mieux développer les facultés de son âge, lui apprendre tout d'abord à penser et à parler ? En supposant même que cett« science fût plus qu'elle ne l'est à la portée de l'enfance, serait-ce une raison pour lui sacrifier les lettres? Le but de l'éducation est de développer toutes les facultés de Tâme, et nous avons montré plus loin avec quelle certitude on atteint un tel but par les études classiques. Arriverons-nous au même résultat par les mathématiques? Jj'enfant n'est pas seulement esprit, il est cœur, il porte en lui des facultés qui ont leur foyer dans la sensibilité. Il y a je ne sais quelle fleur d'imagination et de sentiment que je crains de voir se flétrir, au milieu des abstractions auxquelles vous voulez prématurément le soumettre. Il y aurait en effet quelque audace à prétendre que les mathématiques entretiennent, développent la sensibilité, l'imagination, et, si ces facultés résistent à l'épreuve d'une pareille formation, on a tout à craindre du défaut d'équilibre d'une sensibilité, d'une imagination servies par l'esprit géométrique. Au point de vue particulier de l'intelligence elle-même, l'éducation par les mathématiques est incomplète, puisqu'elles ne s'adressent qu'à une partie et à la partie la moins haute de l'intelligence, â l'intelligence raisonnante, si je puis ainsi dire.
Alors même qu'on arriverait par l'étude des mathématiques & donner de la force et de la vigueur à l'esprit, ne serait-ce'pas aux dépens de la délicatesse
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