LA. SUPRÉMATIE DES LETTRES PASSE AUX SCIENCES
et de la grâce. L'art de raisonner, de calculer, n'est pas tout en ce monde. Il y a des vérités qu'on ne saurait atteindre par des équations algébriques, et, selon un mot de Bonaid, n'est-ce pas fausser la pensée que de l'habituer à < soumettre au compas et au- calcul ce qui doit n'être que jugé et senti? > On connaît le passage célèbre où Pascal raille les » géomètres qui ne sont que géomètres i, lesquels • étant, dit-il, accoutumés aux principes nets et grossiers de géométrie, «ta ne raisonner qu'après avoir bien vu et manié leurs principes, se perdent dans les choses de finesse, où les principes ne se laissent pas ainsi manier i , qui par là < se rendent ridicules >, en voulant • traiter géométriquement les choses fines. > N'est-ce pas la même pensée qui faisait dire à Ar^o qu'il y a « quelque chose d'incomplet, d'inachevé » chez ceux qui n'ont pas fait • des études littéraires? i Dès lors, fermer à l'enfant l'enseignement classique pour le plonger dans les abstractions mathématiques ', dans les quantités numériques et géométriques^ dans les figures et les chifiû*es, n'est-ce pas mutiler le développement de son esprit, paralyser une partie de ses facultés, rétrécir les autres, compromettre en un mot sa formation intellectuelle, parce qu'au lieu de placer en leur temps l'étude des sciences, on a voulu, en fait d'éducation, substituer des théories nouvelles aux lois de la nature et à l'expérience des siècles * î
< CbftteaQbriand compare quelque part le maître cliargé de former l'inlelligeDce des enfaiita par les mathématiques & un valet occupé à ranger une chambre vide.
* Voltaire a dit que la géométrie laisfle l'esprit où elle le trouve. Gratlie a écrit : i Je vois de plus eu plus dairemeot ce que j'avaifl à part moi remarqué depuis longtemps ; c'est que la ôdtare
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Ici, hâtons-DOUS de le dire, les sciences naturelles ne peuvent pas nous donner ce que nous avons vainement demandé aux sciences mathématiques. Sans doute, elles conviennent mieux à l'enfance dont elles éveillent. et satisfont la curiosité, dont elles peuvent enrichir la mémoire; mais qu'est-ce qui pourrait songer à les prendre pour base de l'éducation ? Si vous vous contentez d'abord d'enseigner les éléments de ces sciences, d'en exposer simplement les données, les résultats, vous réservant de montrer, dans un âge plus avancé, la liaison et en quelque sorte la philosophie des faits, en quoi, je vous le demande, cette connaissance des faits minéralogiques, botaniques, zoologiques, est-elle apte à assurer le développement normal, gradué, durable des facultés de l'âme? Si vous conservez à l'exposition des sciences naturelles, même dès ;Ie début, leur appareil scientifique, vous retombez dans les mêmes inconvénients, dans les mêmes impossibilités que nous signalions naguère pour les sciences mathématiques. Dans tous les cas, comment ces connaissances qui ne s'adressent guère qu'à une faculté, la mémoire, qui dispersent l'attention de l'esprit sur une foule de minutieux détails, qui épuisent sa force dans des nomenclatures stériles, pourraient-elles nous rendre les avantages d'une foiiie culture classique? Aussi, vous pourrez rencontrer, dans les siècles où les sciences sont exclusivement cultivées, des savants de premier ordre, qui interrogent la nature et lui arrachent ses seciets, mais vous demanderez en vain à ces époques ou à ces