‹ Les études classiques avant la RévolutionChapitre 34 sur 81 · L ENSEIONBMENT DE LA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

L ENSEIONBMENT DE LA PHILOSOPHIE

les statuts de 1598 avec ceux donnés & l'Université, en Ï452, parle cardinal d'Estouteville, on n'aperçoit guère au premier abord les progrès accomplis. Ils étaient cependant réels. Tandis que le cardinal d'Estouteville prescrit aux professeurs de suivre Aristote de point en point et chapitre par chapitre, le législateur de 1598 n'affiche plus de superstition pour le maître. « Le texte d'Aristote. dit l'article 43 des statuts, sera expliqué philosophiquement et non grammaticalement. C'est la solidité du fond plutôt que la force des mots qu'il faut faire ressortir, > On peut voir dans ces paroles la condamnation des subtilités scolastiques. qui avaient soulevé tant de questions oiseuses et déshonoré si souvent l'enseignement philosophique. A côté de la vénération pour Aristote perce déjà une vague aspiration vers une méthode plus simple et moins aride que celle pratiquée jusqu'alors.

écoliers qai 6tudîeDt la philosophie, taat dam lu roe du Fonare

que dans chaque collËge particulier, seront exercés aux dispDtes privées et publiques, suivant l'usage et les. statuts anoieus. >• Il fallait antisi >irgunienter pour obtenir les grades des Facultés sapérieures, théologie, droit canon, médecine. Les art. 13 et 11 des statuts de 1598, pour la Faculté de médecine, portent que n les nouTeaui bacbeliera passeront le reste de l'été dans les disputes et les discussions intérieures, dans les leçons tant publiques que privées. L'hiver suivant, ils passeront de cet exercice intérieur et domestique au grand jour de la lutte, et, depuis la Saint-Martin jusqu'aux jours gras, chaque semeiite, s'il est possible, ils répoD. dront publiquement, l'un après l'autre, sur la question quod- HMaire (sur tout sujet), a — Depuis les <!endrss jusqu'à la veille de la téta de Saint-Pierre et Saint-E'aul, les bacheliers avaient b répondre sur la question cardinale, dispute qui durait depuis cinq heures âa matin jasqu'ft midi. Art. iS et J9. Enfin l'art. S taisait nne obligation aux étudiants en médecine d'assister lié^ queniment > aux disputes et aax leçons publiques. »

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Laissez paraître Descartes. Que cet heureux novateur rende sa méthode accessible à tous, en l'écrivant en français, en débarrassant l'entrée de la philosophie de l'appareil redoutable dont l'avait hérissée l'ancienne scolastique ; qu'il donne pour point de départ à la philosophie l'étude de l'âme humaine ; qu'il fournisse & la métaphysique sa base la plus solide, en proclamant l'évidence comme fondement de la certitude; que les grands écrivains, que les grands philosophes du siècle, Arnauld, Malebranche, Fénelon, Leibnitz, Bossuet lui-même, se fassent plus ou moins ses disciples, l'inapiration cartésienne, portée par l'esprit nouveau, ne manquera pas d'avoir son ,inâuence jusque dans l'enseignement des collèges. La faveur croissante de Descartes jettera l'alarme dans le camp des amis d'Aristote, et alors on assistera à une lutte étrange entre les partisans et les adversaires de l'aur teur du Discours sur la méthode.

Tandis que ces derniers, voyant l'opinion publique abandonner Aristote, font mander les partisans des idées nouvelles ' devant le pariement, devant l'archevêque de Paris, devant la Sorbonne, pour y recevoir l'ordre d'avoir à renoncer « à la doctrine de M. Descartes que le roy a défendu qu'on enseignât pour de

1 Voy. dans le livre déQnitir de M. P. Bouillier : Histoire de la philotophit cartésienne, t. I, ch. xx[i, l'exposé de; persécnlions qu'eut k Bubir cette philosophie. En 1663, le» ouvrages de Descartes sont mis k riadex. C'est de 16TD à 1690 que sévit surtoutlaperB^cution... En 167t, les rigueurs de l' Université et même du Parlemeat sont provoquées coDtre le cartésianisme; c'est k cette occasioa que i'arr£l burlesque de Boilenu empScha Lamoigaon de prononcer uoe coudamnalioa. Eu 1677, 1691, 1704, ordre aux profeaaeura de ne pas s'éloigner des principes d'Aristote, on de signer des rormuiaires.

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bonnes raisons > , les poètes eux-mêmes prennent parti, avec le public, contre Âristote. Les leçons que Molière lait donner par le docteur Pancrace à Sganarelle, le dialogue de Th. Diafoirus avec Angélique, l'arrêt burlesque de Boîleau contre • uue inconnue, nommée la raison, qui aurait entrepris d'entrer par force dans les écoles de l'Université et, pour cet effet, à l'aide de certains quidams factieux, gasseudistes , cartésiens^ malebranchistes et pourchotistes, gens sans aveu, se serait mis en état d'en expulser Àrlstote, ancieà et paisible possesseur desdites écoles >, tout prouve que les rieurs n'étaient pas du côté d'Aristote. Malgré toutes les défenses, tous les arrêts, la philosophie cartésienne recrute partout des disciples, à l'Oratoire, dans la congrégation de Saint-Maur, de Sainte-Geneviève et jusque chez les Jésuites. Dans le clerçé de France, elle inspire non seulement des hommes tels que Bossuet et Fénelon, mais encore une foule de disciples obscurs, et ce n'est pas du seul évoque de Léon que M"» de Sévigné eût pu écrire qu'il était * cartésien à brûler », Descartes occupe les châteaux, les salons, les poètes, les grands seigneurs, les princes, comme Condé. les femmes, comme M"" de Sévigné. La spirituelle marquise, faisant allusion à l'enthousiasme de sa fille pour la philosophie nouvelle, aime à lui parler du Père Descartes. Enfin, l'Académie des sciences, en consacrant officiellement les méthodes de ce philosophe en géométrie et ses principes en physique, proclame en quelque sorte son triomphe.

En présence de cet enthousiasme croissant pour la philosophie cartésienne, ne nous étonnons pas que certains écrivains du xvii= siècle, comme le P. Lamy

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de l'Oratoire ', l'abbé Fleury *, aient parlé avec quelque irrévérence de la ecolastique. Mais ce qui valait mieux que ces attaques ou que la verve satirique des poètes. pour discréditer l'ancienne philosophie des collèges, c'était de la remplacer. La Logique de Port-Royal, parue en 16^, travailla puissamment à ce résultat. ■Cette œuvre, due à la collaboration de Nicole et de Aniauld, reproduisait, il est vrai, les formes du raisonnement et les règles du syllogisme tracées par Àiistote; mais elle était toute pénétrée delamétbode, de l'esprit de Descartes, et les auteurs de ce livre n'y

< Le P. LaTDy est ennemi de la méthode scolastiqae. Parlant dea théologiens du Moyen Age : u qui en lit nn, les lit tons en même temps, dit-il. lis ne disent qae la même cbose, avec cette 'seule différence que ce qui est dans les uns en preuve est chez les autres en objection. Ce serait une folie de vouloir les lire tous. Il faut en lire un et préférer le plus court. ■ Enlretiem aw- Us sciences. Lamy veut aussi qu'on enseigne aux élèves la philosophie de l'histoire.

I L'abbé Fleury déclare qne • le langage de la philoso|>hie seolastique .. , n'est digne par Ini-même d'aucun respect particulier. » II s'élève contre tes n vaines subtilités », contre les laisonnemenlF, recherches et « curiosités iDutiles.- ■ Pour montrer que la. logique et Is métaphysique sont à la portée de tout le monde, il donne les raisons suivantes où l'on sent l'inspiration de Descartes. Le vËritable philosophe, dit-il, » remonte toujours Jusqu'à ce qn'il ait trouvé un principe de lumière naturelle et une vérité si claire qu'il ne puisse la révoquer en doute. « L'objet de k philosophie, qui a pour fondenteot l'éTideace, est n ce qui se passe en nousmêmes, ce que nous connaissons te mieux. • Aussi, nie bon sens conniun. l'attention, l'expérience » suffisent pour réussir dans cette philosophie où il s'agit de ne s'arrêter qu'à ■ des idées claires. » Flenry : Traité dit choix des études, ch. ziii et six. — MabilloD écrivait vers la même époque : « On doit se servir de la logiqne pour former le jugement et non pour te gËter, comme il arrive à ceuK qui ne l'étudienl que pour apprendre k argumenter en forme dans nue dispute, c'est-à-dire chicaner, u Traité des iludes monattigues, part. II, ch. ix, n* i.

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perdaient aucune occasion de combattre Aristote. Là LogiquedePort-Royal pénétra rapidemeatdans l'Université. En 1695, nous voyons le célèbre Pourchot, successivement professeur auxGrassins et au collège des Quatre-Nations, publier un cours de philosophie, dont les ouvrages de Descartes et la Logique de Port- Royal avaient fourni les principaux éléments. Après luiy Demontempuys et Dagoumer continuèrent à donner la même direction à l'enseignement philosophiquéi Les tracasseries qu'eurent à subir ces professeurs, aa sujet de leurs doctrines cartésiennes, furent les dernières. Au commencement du xvni* siècle, la révolution philosophique peut être considérée comme accomplie, et, en 1721, dans le projet de nouveaux' statuts * soumis ail régent pour la réforme de l'Université, nous trouvons Descartes associé à Aristote, l'intellt gence de lalphilosophie nouvelle unie au respect de la tradition. Les professeurs n'avaient pas attendu cette C(H)sécration, en quelque sorte officielle, de laphiloso^ phie moderne pour lui ouvrir les collèges. Rollin nous apprend qu'on faisait lire aux écoliers les plus forts » certaines parties des six livres de la Recherche de lavérîté AeMa.lehTa.nche, les Méditations et les.Prin^ ctpes de physique de Descartes, » en leur demandant d'en faire des extraits par écrit, f chacun à leur manière et avec ordre et méthode. > Le triomphe de Descartes semblait donc complet ; il inspirait Amauld,

' Irulilulio philmophica Edm. Pwchotii, ad faciliorem veftrum aerecentivm phihaophorumiectionem aecomorfo/a, 1695, 4vol. in^ia.

' L'on des articles da projet porte : " Logicie prxcepla desu- Bira(, lum ex Ariitolele. maximtqve ex Carlttii Mefhodo, H Àrte (Ogitandi, dettique ex Meditalionitms mttapkytieâ..., Ua «t neque noiiilalù tludntm veneranda anliquitali Ttoeeat, neqvt nimiu* aHtiquitalU amor veritati. n

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