‹ Les études classiques avant la RévolutionChapitre 35 sur 81 · L ENSEICNEHENT SE LA PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

L ENSEICNEHENT SE LA PHILOSOPHIE

Bossuet, FëneloD, suscitait Malebranche, Leiboitz, changeait la face des sciences et marquait son influence jusque sur la littérature et sur les moeurs *.

Le xvni" siècle trouva donc Descartes en faveur dans rUniversité et les congrégations, les Jésuites «xceptés. Mais, si Aristote avait consenti à partager son empire avec les grands philosophes du xvu'siècle, la vieille méthode continuait à régner dans les collèges, «t tous les jeunes philosophes étalent obligés de passer par la scolastique.

Les esprits étaient habitués depuis trop longtemps à ces formes d'argumentation sévère, où le discours bâti comme un squelette, dédaigneux de tout ornement, ne procède que par propositions, concessions, distinctions, majeures, mineures et conséquences, pour que les professeurs pussent facilement abandonner la méthode aristotélicienne. Les maîtres continuaient d'ailleurs à la trouver supérieure à toute autre. Ils aimaient à faire ressortir combien elle est propre à former au raisonnement, à la logique. Us tenaient pour la maxime du Moyen Age que le fer aiguise le fer : ferrum ferro acuîtur. Ils disaient avec lui que la dialectique est à la rhétorique, ce que

< Le p. D'Avigay constatait ea 172S, dans ses Mémoires, ce triomphe de Oescartea : n Des UQiTersilés eutières, disait-il, l'oDt proscrit, el la proscription n'a serri qu'à lui taire jeter de plus profoudes racines. It a éti censuré par l'inquisiljon et le d6cret ne lui a pas Ole an seul de ses sectateurs, du moias en deçà d«s

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le poing fermé est à la main ouverte. L'élève, <obligé de défendre une thèse bous l'oeil d'un adversaire prêt à profiter de la moindre distraction, à pénétrer par la moindre brèche laissée dans ses déductions, est forcé de n'affirmer que ce qu'il peut prouver, de distinguer à propos, de définir, de décomposer les éléments d'une proposition, d'envisager une vérité sous toutes ses faces, de repousser enâii tous les assauts de l'enneml,. Il prend à cette gymnastique intellectuelle des habitudes de clarté, de précision, de solidité, de justesse, de promptitude et de vivacité d'esprit qui auront une influence sur sa vie entière. Le rvn* siècle était convaincu de l'utilité de la scolastique. Il attribuait aux résultats de cette méthode, pratiquée pendant des siècles, les qualités de préci> sion, de netteté, de clarté, de logique et d'analyse qui distinguent l'esprit français et la langue française*. Il admirait dans les orateurs contemporains, en particulier dans Bourdaloue, cette marche ferme, cet art de diviser que M, Renan, dans ses Souvenirs d'enfance, signale comme un des grands résultats de l'en* selgnement scolastique. Enfin, le xvii° siècle était essentiellement conservateur ; dès lors, il ne fallait pas s'attendre à le voir répudier facilement ces formes syllogistiques qu'Àristote avait tracées d'une maiâ puissante et qui, depuis l'âge le plus reculé, étaient demeurées un des grands procédés de l'esprit humain. Le xvu° siècle avait d'autres raisons pour maintenir

'Lorsque Fénelon, dans bb lettre à l'Académie, déplorait ti( auppieseioD dans notre idiome de l'inversion, qui donne quelque* fois tant de variété et de force au grec et ou latin, il eignalsit une iBcnne regrettable à certains égards, mais il coustatait par 16 rabiae l'admirable couroriQÏté de noire ajntaxe avec la logique.

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la méthode scolastique dans ses collèges. Il regardait le langage de l'école comme admirablement propre à défendre la foi, à trouver pour définir, pour délimiter iine vérité dogmatique, ces formules exactes, ces termes rigoureux, qui par leur précision même déconcertent la chicane et ne donnent aucune prise à l'erreur. Cet avantage était particulièrement apprécié par Bossuet. « On voit par expérience, disait-il, que ceux qui n'ont pas commencé par là et qui ont mis leur fort dans la critique sont sujets à s'égarer beaucoup, lorsqu'ils se jettent dans lès matières théologiques ', i La méthode scolastique paraissant dès lors si utile à. la théologie^ la Sorbonigue devant rester, jusqu'à la Révolution française, l'épreuve nécessaire des aspirants aux grades théologiques, lesquels étaient l'ambition de la plupart des étudiants en philosophie, ne nous étonnons pas que l'habitude d'argumenter soit restée en honneur dans les écoles publiques.

L'exemple même de Bossuet ne pouvait que fortifier la confiance du xvu* siècle dans la bonté de ses traditions. Bossuet, avant de faire entendre dans la chaire cette voix qui devait reculer les bornes de l'éloquence humaine, avant de se livrer aux vastes travaux qui devaient illustrer sa vie, avait fait dix années d'études supérieures au collège de Navarre. Dans les joutes publiques qu'il eut à soutenir pour conquérir ses grades théologiques, il s'était montré un argumentateur consommé, tenant tête à ses contradicteurs avec une telle promptitude de riposte, une telle sûreté de dialectique, que la maison de Navarre l'opposa avec orgueil à la maison de Sorbonne et aux

» Boaiuet : Difetae de-la tradition des SS. Pères, It». lir, ch. ».

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Jéauites, que le vainqueur de Bocroi, présent à la discussion de sa thèse de liceoce, fut tenté de se mesurer sur cet autre champ de bataille avec, un adversaire plus digne de lui '. Temps véritaWement favorable à la scolastique que celui où de tels exercices étaient un évéaement, où. un capitaine qui s'appelle Condé se croit capable d'argumenter contre un logicien qui s'appelle Bossuet, où te respect des formules est tel que le refus, par ce dernier, de saluer le prieur de Sorboone par le dtgnisstme domine prior traditionnel soulève une tempête, ou enfin aucune, discussion ne peut s'élever sur un point de dogme, dans l'enceinte de la Sorbonne, sans que les vieux docteurs, maniant le syllogisme comme les soldats l'épée, ne se livrent à ces Joutes brillantes que do.us ont conservées les procès-verbaux de l'époque.

Chez Bossuet, le disciple de Descartes ne tua jamais l'élève de Navarre. L'inspiration cartésienne, on l'a plusieurs fois démontré, est manifeste dans plusieurs de ses ouvrages*; mais lorsque le précepteur du Dauphin voudra rédiger sa Logique, il consultera

' VoT. A. Floqaet : Études sur la oie de Bossuet. et biisbI ce que l'ilIuBtre historien de Coudé, M. le tlu<^ d'Aumole, dit da Is Jeu- Dnse de son élive.

> llsatfit de.uiter cepnsMge de «a teltre à tnttoeentXI, qui tiil si bien connaître l'inspiration de 1a philosophie de Bosxuet : • La philowphie, dit-il, consistant principalement k rappeler l'esprit k soi-même, ponr s'ëleier ensuite comme par un degré adr jusqu'à Dieu, nous avons commencé par \k comme par la recherche la plus aisÉe, aussi bien que la plus solide et hi plus utile qu'on se puisse proposer. Car Ici, pour devenir partait philosophe, l'homme n'a be«ain d'étudier autre chose ijne lui-mfime, et sans reiiilletor tant de livres, sans Taire de pénibles recueils dé ce qu'ont dit les philosophes, ui aller chercher bien loin des expériences, eu remarquant seulement ce qu'il trouve eu lui, il (««oaoatt par U l'auteur de son être. »

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