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plutôt les cahiers de son aocien maître Nicolas Cornet que les écrits du grand philosophe du xvii« siècle. BoBsuets que son ferme bon sens rendait un homme de juste milieu, ne fut pas le seul à faire alors une part à la philosophie ancienne, tout en comprenant les besoins des temps nouveaux. Port-Royal, qui a tant simplifié la logique, expose néanmoins assez longuement, dans son Art de penser, les règles du raisonnement, et en cherchant bien, il ne serait pas difficile de trouver dans ce livre certains termesdécriés de l'école, comme baroco et baralîpton. Ne nous étonnons pas que le XVII' siècle soit resté fidèle dans son enseignement philosophique à la méthode syllogistique ' dont Leiboitz et Descartes lui-même avaient reconnu les avantages *.
> Th)e. enquête fti[le en 4669 par le délégua du roi au collège de Nanles tenu par les Oritoriens, noua fait connaître la pari que la KCOlastiquQ occupait au milieu du ivii'siËcle dans renceignemeot de la théologie et de la philosophie. Les deux proFesseurs de théologie consacraient a ane dcmi-hcore k dicter les leçons d'ua traité, une autre demi-heure à l'eiplication du texte, et U reste du temps à di'^puler, prenant pour liase de leur enseignement des traités de scholastique et la doctrine des sacrements. Le aamedi étbit plus particulièrement cons&cré ans difcussions. i — Les étévea de logique et de physique, nommés aatsi philosophes, restaient en classe • deux heures le matin et deux heures de l'aprèsmidi, et lear temps se partageait de même entre la dictée, l'explication et la discussion, h Cependant , ta dernière demi-heure leur était laissée ponr écrire. De quinze jonrs en quinze jonrs, ils Boutenaieut ùee • thèses imprimées toutes écrites en latin. ■ Les grands actes solennels avaient lieu i, la Saint-Marc et à la fin de l'année. »- Voy. Léon Mettre, L'inslruction publique dans le comté nantais, avant 1789, p. 171-172.
) K Je tiens que l'invention de la forme des syllogismes est une des pins belles de l'esprit humain et même des plus considérables. C'est une espèce de mathématique universelle dont l'importance n'est pas assez connue ; et l'on peut dire qu'un art d'infaillibilité y est contenu, pourvn qu'on sache et qu'on puisse s'en bien ser-
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Lexvui" siècle ne pouvait accepter cet héritage. II trouva la méthode aristotélicienne dans l'enseignement des collèges, l'inspiration cartésienne dans les publications philosophiques :.U se chargea de renverser l'une et l'autre.
Il commença par déclarer une guerre à mort k la scokstique. Il est facile de deviner les raisons de cette hostilité. Pour employer avec succès l'argumentation syllogistique, il faut une longue - i«é|iaratimi. . L« tmninologie de l'école forme une langue à part qu'on ne peut pénétrer sans une véritable initiation. Comment faire accepter à un siècle léger, volage, amoureux du bien dira, des traités écrits dans un latin barbare, hérissé d'expressions sentant leur Moyen Age? A une époque où tout écrivain, voulant avoir l'oreille de.ses contemporains, devait, selon le mot et l'exemple de Voltaire, se donner tant de peine pour n'en laisser aucune à ses lecteurs ; où le futur auteur de l'Esprit des lots croyait devoir débuter, lui magistrat, 'pa.rles Lettres persanes et commencerpar amuser -son siècle, pour avoir plus tard le droit de l'instruire ; où l'esprit, le trait, le fin, le délicat, le ■ raffiné, l'exquis pouvaient seuls recommander un écrit ; où ce que l'on craignait avant tout dans une
''ir, ce qui n'est pas toujours permis. • Leibnitz : Nouveaux tuais, liï. IV, ch. xvii, — Descartes avait reconou ùaas l'art du aj'Uogisuie une arme eicelleote " pour Ie9 combats de la dialwtiqne, qui eierceot l'esprit des jeunes (;ens et qui éveillent en eut l'activité et l'émulation. ■> — A en juger par l'exemple de Ch. Perrault, logicien du coUÈge de Beauvai», à Paris, en 1613, lea èlËves ne trouvaient pas k cette époque dans les exercice» d'argumentation, les dégoûts dont vont noua parler les réformaleurs du ïviii' siècle. ■< Je trouvais tant de plaisir à argumenter ca classe, dit Perrault dans ses Mémoires, que j'aimais autant ïea joareoùon y allait, que les jours de cod^. »
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lecture c'était de s'y ennuyer^ comment faire accepter, des générations grandissant dans un pareil milieu, le lourd bagage de l'argumentation aristotélicienne toute chargée de la rouille dêa siècles ?
La question de forme se compliquait ici d'une question de fond. L'éducation scolastique, qui donne à l'élève une certaine promptitude d'esprit, semble favoriser plutôt la faculté de raisonner que le besoin d''apprendre. Là où il suffit de trouver une majeure, une mineure et une conclusion pour bâtir toute une argumentation, on s'inquiète moins d'étendre ses eonnaissances que d'aiguiser sa dialectique. Ce n'est pas la scolastique qui initiera l'élève à la critique historique, à l'étude des faits sur lesquels repose l'autorité des Écritures, à la discussion des témoignages des Pères, aux procédés d'expérimentation servant à établir une science ou à en reculer les limites par des données nouvelles. N'est-ce pas là la grande cause des subtilités qui ont trop souvent déshonoré cette méthode ? N'est-ce pas l'habitude de manier plutôt des raisonnements que des faits, des arguments plutôt que des observations, qui a donné naissance à tant de vaines conclusions sorties quelquefois d'une simple définition de mots, à ces discussions futiles qui, selon l'expression de Bacon, habituent l'esprit à "se passer de l'évidence, à ces joutes stériles, où les lutteurs semblent moins préoccupés de la vérité d'une thèse que de la gloire de battre un adversaire ?
Les défenseurs de la scolastiqueavaient beau répéter qu'une méthode bonne en elle-même n'était pas responsable de tels excès, ils avaient beau désavouer, avec Ijossuet, ceux qui donnaient, t comme le but de la
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scienoe », ce qui ne doit être « qu'un moyen pour y avancer ceux qui commencent * * ; les détracteurs de l'aucienne méthode répondaient que la philosophie des collèges n'avait pas su se défendre, malgré l'influence toujours croissante de Descartes, des suhttlités de l'école. En parcourant certains traités parus à la an du xvii' siècle et au commencement du svm«, on y trouve en effet d'interminables protégomènes, des questions sur l'évidence de la philosophie, sur la philosophie spéculative et la philosophie pratique, vaines recherches qui consacraient à des discussions stériles un temps précieux pour des études plus sérieuses *. Comment intéresser à ces curiosités d'un autre âge un siècle obéissant à un mouvement de réaction irrésistible contre le passé, pris de dégoût pour les discussions dont l'éternelle querelle du jansénisme continuait à fatiguer l'opinion publique, se déclarant hautement l'ennemi de toute métaphysique t Comment des écrivains, auxquels les questions sur Dieu, sur l'àme humaine, c'est-à-
' * La métbode. dit Boïguel, qui consiste duis cette maoiire
«ODteutieuse et dialectique de traiter les questions, aura son utilité, pourTn qu'on ta donne non comme le bat de la science, Loais comme un moyen pour v avancer ceni qui commencent; a qui est aussi le dessein de saint Tbomus dès le commencement de PS Somme, et ce qui doit être celui do ceux qui suivent sa miUlode. ■ D.if. 'le ta Irad. et da SS. Pères, It7. III, cb. u.
* On trouve dans un traité de philOBopbie, paru vers la On du XVII' a. [Philofophia velus et nova ad umm tchoùt accomodata, I6B1, tivol. in-13;, la preuve qu'Aristote faisait encore le fond de l'en- Higaement des collËges b cette époque. Le premier volume porte : HitpMtatio prima de Univertali f/tneralim, p. lIEt-lSS. — Ditpulatio de Unieersalibue tigiUatim, p. 198-192. — Commtniarii in eatego- '"iat, p. 192 et scq. On lit page 2t> : Tria suiit generationii princi- P'a ; materia, forma et privaiÎQ, etc.
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dire sur les étemels fondements de toute philosophie^ allaient sembler des recherches vaines et des questions oiseuses, pouvaient-ils accueillir avec faveur une méthode paraissant bâtir des arguments sans fin sur un échafaudage de mots ?
Une dernière cause acheva de discréditer la scolas tique dans l'opinion du xvm" siècle. Cette méthode, procédant par voie de déduction, tire les conséquences des vérités connues, mais elle ne sert guère à en découvrir de nouvelles '. Or le xviii' siècle, loin de se contenter des connaissances acquises par les âges précédents, avait la noble ambition de faire faire de vastes progrès à l'esprit humain. Il s'éprit en particulier d'un bel amour pour les sciences physiques et mathématiques. La Sorbonne se plaignait déjà, vers la fin du xvn» siècle, que les aspirants au grade de maître ès-arts, prissent pour sujet de thèse les questions de physique de préférence aux autres parties de la philosophie. L'archevêque de Paris eut beau rappeler les candidats au respect des antiques traditions, ils continuèrent à suivre l'entrainement général de la nation vers les sciences nouvelles. C'est par l'observation, par l'induction que ces sciences, grandissaient chaque jour. Ces méthodes, étant un instrument de découverte, étaient les seules appréciées
< s Le Bylloginme «ert pluUt & expliquer à aatrui les choses qn'oQ sait, ou mSine à parler sans jugement des choses-qu'oD ignore, qu'A les appreodre. • Descartes : Oiic. de la Méth., part. II. — Bacon et les eulaura de la Logique de Port-Boyai font remarquer que, le raison DO ment syllagistique étaot toujours basé sor lea prâmisses, si loi prémisses sont fausses, ce qui arrive souvêiit, disent-ils, ■ tout ce qu'on bâtit sur de tels fondements, oepent uToir de solidité. « Novujn or^onum, I, Xix.
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par un siècle axlde de pénétrer de plus en plus les secrets de la nature '. Par contre, la méthode scolastique, la méthode syllogistique, se bornant à tirer les conséquences de prémisses toujours connues, perdaient toute l'importance, tout le crédit que l'opinion publique accordait à la méthode contraire. Aussi la scolastique sera d'autant plus impopulaire que, dominant encore la philosophie des collèges et par conséquent renseignement de la physique qui en faisait partie, elle paraissait un obstacle aux progrès de cette dernière science. On comprend les dédains, les colères des réformateurs , basant avec raison l'étude des sciences naturelles sur l'observation, et trouvant les élèves occupés à des raisonnements sur la physique en général ou sur telles autres questions plus spéculatives que pratiques.
Ces raisons diverses peuvent nous faire pressentir avec quelle ardeur va être menée la campagne contre cette malheureuse scolastique ; étant une tradition du passé, elle devait disparaître avec lui. Locke *, dont les' ouvrages furent rapidement traduits en français, avait fait, dès 1695, une charge à fond contre cette méthode. H l'avait représentée comme moins apte à faire « un habile homme » qu'un • dispnteur sans jugement, un opiniâtre » tenant à honneur < de contredire tout le monde », ne cherchant que « le plaisir de triompher», indifférent à la vérité et se dérobant à l'évidence pour « prolonger la dispute », sans pouvoir se rendre
• Le p. Navarre, op. cit., p. Il, fait un grand éloge de Bacon et ne Tent douner d'autre base k la philogophie que « l'expérience, i'obserratioa, l'évidence. »
* Loclie : Traité de Nducalion des etifanU, p. 34S-34<. ■
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le témoignage d'avoir Jamais fait taire, encore moins d'avoir convaincu un adversaire. Tous les écrivains du xviii" siècle vont reprendre la thèse de Locke, et renchérir à qui mieux mieux dans leurs anathèmes. Il faut entendre Crousaz ' nous présenter la philosophie., la métaphysique des collèges comme le pays des ombres et des chimères, le magasin des grands mots qui ne signifient rien, i C'est là, dit-il, que l'on se perfectionne dans l'art de parler sans savoir ce qu'on dit », de disserter sur Dieu c sans respect >, de I chicaner à outrance sur ses attiibuts adorables. • La voie était ouverte à toutes les récriminations, et, parce que la scolastique s'est prêtée trop souvent à. des questions oiseuses et à de vaines subtilités, elle va être frappée d'une condamnation sans retour.
L'attaque là plus passionnée, la plus bruyante, fut celle que d'Alembert lança du haut de l'Encyclopédie*, au milieu même du siècle. Après avoir dit que l'élève a été occupé pendant sept ou huit ans à étudier • des mots ', il nous le montre entrant enân dans cette classe où on croit lui apprendre des choses. Qu'elle erreur ! s'écrie ici d'Alembert. « La philosophie des collèges ouvre, pour l'ordiùaire, par un compendium qui est, si on peut parler ainsi, le rendez-vous d'une inanité de questions inutiles sur l'existence de la philosophie, sur la philosophie d'Adam, etc. On passe de là à la logique. Celle qu'on enseigne, du moins dans un grand nombre de collèges, est à peu près celle que le maître de philosophie se propose d'apprendre au bourgeois gentilhomme. On y enseigne
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à bien concevoir par le moyen des universaux, à bien juger parle moyen des catégories, et à bien construire un syllogisme parle moyen des figures har1)ara, celarent. dà^Hi, ferlo, baralipton. etc. On y demande si la logique est un art ou une science, si la conclusion est de l'essence du syllogismcj etc., toutes questions qu'on ne trouvera pas dans l'Art de penser, ouvrage excellent. La métaphysique est à peu près dans le même goût. On y mêle aux plus importantes vérités les questions les plus futiles. Avant et après avoir démontré l'existence de Dieu, on traite avec le même soin les grandes questions de la distinction formelle ou virtuelle, de l'universel de la part des choses et une infinité d'autres. N'est-ce pas outrager et blasphémer, en quelque sorte, la plus grande des vérités que de lui donner un si ridicule et si misérable voisinage ? Dans la physique on bâtit à sa mode un système du monde ; on y explique tout ou presque tout ; on y suit ou on y réfute à tort et à travers, Aristote. Deseartes et Newton. On termine ce coui-s de deux années par quelques pages de morale, qu'on rejette pour roi'dinaîre à la fin, sans doute comme la partie la moins importante. >
Ce passage de l'Encyclopédie méritait d'être reprocluit en entier, parce qu'il résume d'une façon bruyante toutes leB attaques déjà portées ou qui allaient s'élever encore contre la philosophie des collèges. Le grand coupable, c'est toujours la scolastique. La Chalotais nous montre les jeunes gens contractant en classe une telle habitude • de disputer et de chicaner», que pendant le reste de leur vie, certains croient "être encore t sur les bancs de l'école •. C'est, dit^il, une
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telle éducation qui prépare ces querelles théolo giques, < l'opprobre de la religion et de la raison, le fléau des états, des lettres et des bonnes mœurs '. » Guy ton de Morveau tient ici le même langage que La Chalotais. Dans son Mémoire sur l'éducation publique *^ il développe longuement cette proposition : Nécessité de supprimer la scolastique. Pour lui, la scolastique est un exercice où l'on s'occupe plus des mots que des choses, où le plaisir de triompher d'un adversaire l'emporte toujours sur l'intérêt de la vérité, où les combattants n'oublient jamais la maxime de l'école : Dites ce que vous voudrez, mais ne restes pas court. • 0 puériles inepties! C'est pourtant sur ces belles choses que nous fronçons le sourcil. Voilà ce que bous enseignons avec une gravité qui va jusqu'à la tristesse et à la pâleur... Livrer des jeunes gens à ces combats, c'est les mener à l'erreur paJ- le délire de l'orgueil... Que le voile tombe enân, que le jour nous éclaire et qu'il soit désormais tenu pour constant que, loin qu'il soit avantageux d'exercer un jeune homme à la dispute, il faut, au contraire, empêcher avec soin qu'il ne s'accoutume à toute cette ergoterie qu'on réduit en art dans l'école, » Supprimer • ce jargon pédantesque •, c'est enlever à la philoso phie t ce dégoût qu'il y a en quelque sorte attaché >, c'est lui rendre cet attrait qui accompagne toujours la simple vérité, c'est simplifier ces € cahiers volumineux, qui pourraient contenir trois fois autant de clioscs en autant d'espace > , c'est discréditer à jamais
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tant de questions futiles qui n'ont de consistance que par les ressources que fournit la dialectique, c'est tarir enfin cette ardeur de dispute que la scolastique allume dans le cœur de la jeunesse.
Il fallait que ce siècle eût une bien grande horreur des discussions philosophiques ou théologiques ^'agitant autour de lui, .pour qu'il mit une telle passion à combattre la scolastique, d'où semblait.lui venir tout te mal. Il s'agissait de faire cesser & tout prix, disait Mathias, • la manie de disputer de tout. » Loin d'ici, s'écriait-il, cette • scolastique qui a changé la science la plus respectable en une science pleine d'inutilités, d'invectives; de mots, de possibilités ridicules, d'hypothèses hasardées et plus propres à faire naître des doutes sur la religion qu'à l'expliquer '. > C'est à qui trouvera les expressions les plus énergiques pour flétrir une méthode ayant, depuis des siècles, soulevé tant d'impertinentes questions et poussé l'art de pointiller à son extrême limite. L'abbé Coyer nous montre ces subtils discoureurs, a'enquérant si la logique enseignante spéciale est distincte de la logique pratique habituelle, si les degrés métaphysiques, dans l'individu, sont distincts réellement, ou s'ils ne le sont que virtuellement et d'une raison raisonnée. si l'être est univogue i l'égard de la substance et de l'accident, si la relation u père à son fils se termine à ce flls considéré oAsoi-ment, ou à ce fils considéré relativement, si la fin iftut selon son être réel, ou selon son être Intentionel. Coyer, après nous avoir donné ce beau spécimn de ce qu'il appelle le jargon jscolastique, dit
' M»iias, op. cit., me, p. 68, 69-72.
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qu'une telle philosophie, en allumant la âèvre des diacussioDs, a inondé la terre < de disputes et de sang > . causé plus de tortures que les intérêts des couronnes et transformé les théologiens < en vrais gladiateurs. > Il termine en comparant, après d'Alembert, la philosophie des collèges à celle du bourgeois gentilhomme'. Tous les réformateurs n'apportaient pE^ une telle intempérance de langage dans leurs attaques, mais, chez tous, nous voyons une espèce de répulsion contre lascolastique. Il serait fastidieux* de transcrire ici des objurgations ne variant guère ni pour le fond, ni pour la forme. A la veille de la Révolution, en 1789, nous retrouvons les mêmes déclamations contre ces logiciens, occupés à poursuivre < d'inutilités.
' Coyer, op cit., p. 183, IM, 21D.
* En 178t, parut en S vol. iD-t2, un ouvrage intitulé: Philosophie eltntenlagvitique dittincln parti6tu, par l'abbé Migeot, qai avait été longtemps professear de philosophie à l'Université de Reims. L'éditeur de cet ouvrage, l'abbé Carré, noua dît, dans la préface, qu'il était " tellement prévenu contre tout ce qui s'appelle pliilosophi» Rcolastique, ■ philosophie qui • pendant des siècles a prodigué ud jargon harbare. an las de subtilités puériles, enseignées gravement dans les écoles >, qa'il avait longtemps hésité à aborder la lecture des cahiers de l'abbé Migeot. Mais il ajoute que l'Hutenr a suivi un plan nouveau et écarté « ce que les anciennes pbilosophies avaient de barbare, d'obscur, d inutile et de rebutant. » — L'abbé Migeot, dans son livre, fait nne charge k fond contre la ■colastique : « JUoa fuil hucuigi-t sckolaatieix quarendi an logia esteian, an scienlia, an alilù, anneces$aria... IntitUibui applimi ditceplandi arlem. Quid enim utile habuit Hla de dl^finililmif^'' ductptatio,. cum frrt omnts ditetplationti tint nomînis ? Q"l utititatif éllulU acris ille dUetptatio de gradibm meiaphytieitde relaiionibus... de beatitudine /omiali, de animœ domicilio, »ei^t^- Ueque alîr qutiHonet ? « Aussi la philosophie de l'abbé Miget ne veut ressembler en rien à cette vieille logique : •• tetrica, a bt^""^ olim inoecta, informi fade cvliugue borndo gux in a-do et Jrjuna argvmenlonim coWecficie, frustra desudare (irfofe'''(t«ni ingénia oogebat. i Op. cit., p. !3, S4, 163.
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puériles, des mystères inaccessibles aux regards des moFtels >, faisant de la philosophie, de la théologie an champ de bataille, où les combattants > ont toujours les armes à la main, et tâchent de remporter sur leurs rivaux des victoires qu'ils doivent plus & leur adresse qu'à la justice de leur cause '. •
Les écrivains, qui s'étaient élevés avec tant d'ardeur contre la scolastique, indiquaient un moyen inraillible de couper court aux subtilités de l'école, c'était d'enseigner désormais la philosophie en français. Au XVI* siècle, le grand adversaire d'Aristote, Ramua avait compris qu'un changement d'idiome servirait puissamment au succès de ses revendications; aussi avait-il rédigé sa Dialectique ', ainsi que sa grammaire, en fi*ançais. Ces efforts n'eurent pas plus de succès que d'autres essais tentés plus tard '. Il était réservé à Descartes, par son Biscours de la méthode, d'introduire véritablement l'idiome national dans le domaine de Is philosophie. Il se trouva que ce livre, qui inaugurait avec éclat une marche nouvelle de
■ Plan efiduMtim nationalt, 1TS9, p. iaS-12i.
iPania ea 15SS, Ja-4°.
* Il parât qoelqaes ouvrages en français comme le Corps de laule la philosophie, divisé m deux parlitt, etc., par Théopbraste UonTjn, Ifllt, in-roilo, où itait exposée la philosophie d'Aristote ; Jiverscs traductions de Platoa et d'Aristote, par Leroy, Jean Qahin, Robert Estieline ; la Logique de Scipion Dupleix. L'Uni' versilé ne favurisait pas ce mouvement, et, en ISIS, elle intima l'ordre à Camus, principal du collège de Tréguier, d'avoir à cesser il'en«eigner la pbilosoptiie en Trançais, «ous peine d'exclusion perpètoelle.
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l'esprit humain, fut en même temps l'un des premiers chefs-d'œuvre de la langue française, et M. Cousin a pu dire avec vérité que Descartes fut le Malherbe de la prose, le Malherbe et le Corneille tout ensemble, le Piscours de la »i^(ftodeayant paru presque en même temps que le Cid. Le succès de la Logique de "Port- Royal, ouvrage qui devint rapidement classique, confirma les esprits dans la pensée que la philosophie devait désormais être traitée en français. On était convaincu que les subtilités scolastiques ne résisteraient pas à un changement d'idiome. • Si j'écris en français, qui est la langue de mon pays, plutôt qu'en latin, qui est celle de mes préeepteui's, avait dit Descartes dans son Discours de la méthode, c'est à cause que j'eSpère que ceux qui ne se servent que de leur raison naturelle toute pure, jugeront mieux de mes opinions que ceux qui ne croient qu'aux livres anciens, et pour ceux qui joignent le bon sens avec l'étude, lesquels seuls je souhaite pour mes juges, ils ne seront pas, je m'assure, si partiaux pour le latin, qu'ils refusent d'entendre mes raisons parce que je les écris en langue vulgaire. > Descartes ne se trompait pas; en faisant appel à la • raison naturelle toute pure » contre les < livres anciens, ■ en enlevant à la philosophie la langue séculaire qui avait consacré et en quelque sorte incarné la terminologie de l'école, il portait un coup mortel à la scolastique.
Un autre motif poussait les disciples de Descartes à suivre ici les exemples du maître. Descartes avait dit, dans une de ses lettres, du Discours de la méthode, qu'il voulait que les femmes mômes pussent en « entendre quelque chose. » On sait que cette espérance ne fut pas trompée. Grâce à l'introduction de,
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la lairgae française dans ses expositions philosophiques' *, Etescartes compta nombre de grandes dames parmi ses disciples. Ualebrancbe, en apportant dans ses livres ce charma d'imagination et de style qui l'a fait surnommer le Platon chrétien, ne, &t qu'accroître encore cet enthousiasme. U y eut dea dames malebranchistes , «omme il y avait eu des dames cartésiennes *. Les disciples de Descartes ayant pris soin d'exposer, de répandre les idées du maître,, en philosophie, en physique, dans des traités écrits totyours avec clarté, précision et élégance, quelquefois avec génie ', le succès fut rapide, universel. Le discours direct, le dialogue, toutes les formes de l'exposltioii se succédaient sous la plume des écrivains philosophes, et, quand ces auteurs s'appelaient Fénelon ou Malebranche, les effusions lyriques, les grâces de l'imagination, la couleur du style venaient donner une parure aux idées les plus abstraites, assurer à leurs livres une popularité, un attrait dont
*Ilne faut pu oublier cepeniJant qu'à l'exception du Discourt de la Méthodt avec les £miù qai l'accompaRneat, du Traité de» Pussions, de celui de VHomme. de celui du Monde ou de la lumière, les nalres ouvruges de DeBcarLea et les trois quarts de ses lettres furent écrits en iatia. Voy. Bouillier : Hittoire de la philoiophie Cartétienne.
> Citous, parmi tes disciples de Malebrauche, les duchesses d'Eperaou et de Hohan, la princesse Elisabeth, ta marquise de l'Hdpital, M<" de Grignan, non moins eotbonsiaste de Ualebrouche que de Descartes, etc.
» On peut citer en particulier parmi les ouTrages qui s'inspirent de Descartes .' les Diseoitrt sur le discememenl de l'dmtet tht corps, de Cordemoy, les Entretiens de phyiigue de flohault, le Système de philosophie ie Hëgis, VArt de penser de Porl-Rojal, le Traiti de Cexistence de Dieu de Fénelon, la Connaissance de Dieu el de sm-méme de Bossuet. la Recherche de lé vérité de Malebranche, les Dialoffues sur la plnralité des mondes de Fontenelle. .;. .^i
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â52 L'enseignement de la philosophie
Montesquieu ' attribuait la cau^ au charme irrésistible de la forme. Qui aurait lu au xvm» siècle, qui lirait aujourd'hui Malebranche, Bossuet, Fénelon, s'ils avaient écrit en latin. Si ces grands hommes, se conformant à l'usage, avaient exprimé leurs idées dans une langue morte, s'ils n'avaient pas suivi l'exemple donné si hardiment par Cescartes, qui pourrait se' consoler d'un tel sacrifice fait à la routine? Quel vide une telle servitude imposée à leur génie aurait laissé à la fois dans notre littérature nationale et dans nos annales philosophiques I
Aussi nous comprenons que certains éducateurs du XVII* siècle, voyant avec quelle merveilleuse souplesse notre langue si claire, si nette, si admirablement analytique, s'était prêtée aux spéculations les plus hautes comme les plus subtiles, aient demandé l'Introduction du français dans l'enseignement philosophique. I Rien ri'empéche, disait l'abbé Fleury *, qu'on ne philosophe en parlant bien sa langue : les écrits d'Aristote sont en bon grec, les ouvrages philosophiques de Cicéron en bon latin et, dans le dernier siècle. Descartes a expliqué sa doctrine en bon français, et d'un style net et précis qui peut seïvir de modèle pour la dogmatique, i Cet argument devait être repris par les réformateurs du xviii* siècle; ils nous font assister, ici comme dans les autres branches de l'instruction publique, à une véritable campagne
< •■ Si Malebranche avait été un écrivain moins encbantenr, es philosophie serait restée ilnns te fiind d'tin collège comme dans nne espèce de monde souterrain, a Montesquieu ; Discours anla motif:! gui doivent nous encouiager aux sciences.
* Fleury : Diicours sur f histoire ecclisiastigue ; discours V", n> 16.