‹ Les études classiques avant la RévolutionChapitre 37 sur 81 · L ENSEIGNEMENT DE L*. PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

L ENSEIGNEMENT DE L*. PHILOSOPHIE

contre le latin. En tôte des assaillants se place âuyton de Morveau, qui établit une véritable thèse pour prouver que • la philosophie doit être traitée en français. » Après avoir posé en principe que * les choses que l'on apprend pour les choses mêmes doivent être enseignées dans la langue nationale >, il ajoute que cette réforme est dans l'intérêt du latin lui-même. Car, quelle langue, dit-il, parle-t-on dans les écoles? ' Ce n'est pas celle de Cicéron, ce n'est pas celle du Moyen Age. • c'est un jargon barbare et barbare au point que l'oreille, le goût et jusqu'aux premières règles de la grammaire sont incessamment sacrifiés à cet axiome pédantesque : Non agitur de verbis sed de rébus. • Quoi de plus propre à corrompre la pureté du langage, < quoi de plus capable de faire perdre en un instant le fruit des humanités et d'étouffer les germes du talent ' ? >

Mais ici la grande raison pour laquelle tant d'écrivains appellent l'idiome national dans l'enseignement de la philosophie, c'est que l'usage du français, disait Mathias après Descartes et tant d'autres écrivains, fera immédiatement • tomber la scholastique, • etsup-. primera t les questions subtiles et minutieuses dont on s'occupe dans les collèges *. • Partout nous trou- " vons les mêmes raisons appuyant la même demande *-. Partout on nous rappelle que ce n'est pas Aristote,

' Gujton de Horveau, op. cit.. p. £27-234. L'exemple de Port- Koyd dont VArl de penser, rédige en français, élait û bien approprié k l'enseiffoemeni des collèges, paraissait avoir an grand puids dans l'opinion des râ formaient. > Il serait A souhaiter, disait Rolluid, que miue eussions une pbilosopliie entière rédigée diQ« le m£me eaprit que cette logique. »

■ UattaiaB,op. cit., p 69-72.

■ La Chalotais, op. cit., p. 73. o La pbilosopluB doit malgré le

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maiç l'usage de traiter la philosophie en latin qui perpétue les questions subtiles et vaines. < Voulonsnous, dit un écrivain de 1789, rendre la philosophie raisonnable et utile, forçons-la à parler français dans les collèges '. » Le programme même du cours de philosophie fournissait ici un nouvel argument aux novateurs. Comme ce cours continuait à embrasser reaaeîgBeracBt dos sciences, on se demandait avec raison comment il était possible de traiter de la physique, de la chimie, de l'histoii'e naturene en latin. Les mathématiques, disait-on, sont depuis longtemps professées en français, pourquoi n'en serait-il pas de même de toutes les sciences ainsi que de la philosophie proprement dite? Pour toutes ces raisons, les réformateurs concluaient que la philosophie devait désormais être enseignée ej français, et comme on disait alors, en style dogmatique *.

Une preuve nouvelle de la défaveur où étaient tombées dans l'opinion non seulement les subtilités de la

manvait usage itra traitéo en frADçaig. » — Cojer, op. cit., p. IE7 : ■ Ni latin, ui dictée. > — Vo;«i aussi Fleary : Eisau lur le*

moyens de réformer Cédiication, 1761, p. 134-lBi.

i P/an d'éducation voHona/e. 17S9, p. )Dg-l24.

< Nous avons va plus haut l'abbé Fleury employer cette expression au sujet de Deacartes. GuytoD de Morveau (op. cit.. p. SâSJ, dira plus tard : •< Il faut euseigaer ia philosophie en français et dans le style dogmatique. « On entendait par ce mot H style direct, rexposition continue et didnctive, par opposition à ta mAihode des ecolatUqnes qni, b la suite de saint Thomas, eommentaient par po««r lee objections ou leur donnaient beaucoap de place dans le corps de l'ouvrage. Les rérormateurs étaient très hostilee à ce genre d'exposition, n Une page de discoore scolastique, avait dit l'abbé Fleury, se réduira au qnart, si ofrie change en un discours natnrcl et ordinaire^ » Voy. CAoiaV't'M ituda el V Oisamr* mr Hut. teeiii.

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scolastique, mais la méthode scolastique elle-même, c'est la prédilection que le xvni" siècle affichait pour le côté le plus pratique de la philosophie, la morale. Les réformateurs étaient & peu prés unanimes à accorder & la morale ce qu'ils retranchaient aux autres parties de la philosophie. Nous avons vu d'Alembert demander, du haut de l'Encyclopédie, qu'oa bornât < la logique & qudc[aeB Hgiies, la métaphysique à. on abrégé de Locke. > Tons les réformateurs ne professaient pas le même dédain que d'Alembert pour la métaphysique. La Chalotais ', Guy ton de Morveau, par exemple, comprenaient que, si certaines vérités métaphysiques viennent à être dédaignées, ébranlées, l'édiâce de la religion elle-même craque par la base. Mais, là où tous les écrivains paraissent unanimes, c'est quand ils demandent l'abréviation, la simplification de la logique. D'Alembert la réduit à quelques lignes. Guyton de Morveau ne consacre que deux ou trois mois à cette étude. Il reproche même à. l'auteur de la Logique de Port-Royal d'avoir f un peu trop sacrifié à l'idole de l'érudition scholastique >, d'avoir, eu particulier, conservé « ces vers artificiels qui contiennent les modes des syllogismes*. » Il importe de supprimer enfin ces vaines subtilités. Pourquoi, disait La Chalotais, s'acharner à enseigner une € philosophie abstraite qui ne peut être d'aucun usage dans le cours de la vie • , pourquoi rejeter constamment la morale • à la fin des autres parties de la philosophie », pourquoi la réduire • à quelques questions scholastiques et inutiles' », comme si de toutes

' La CbAlotai», op. cit., p. 111 et aeq., défend la métaphysique,

* Gn^n d« Morveau, op. dt, p. 3E5-359.

■La UialotaJa, p. 1S4, cite ôomme eiemfde: e En qaoi consista

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les sciences, elle n'était pas la plus importante ? Tous les écrivains viennent se plaindre, avec le président Rolland, que '■ la morale est souvent trop courte, trop abrégée ' » ; tous veulent, avec Guyton de Morveau *, qu'on substitue aux « questions inutiles > de l'école, un enseignement véritablement utile ; tous répètent la demande que l'abbé Fleury formulait déjà, dans son cinquième discours sur l'histoire ecclésiastique : * il faut venir le plus tôt qu'il est possible aux préceptes de la pratique. >

E[iân, si aux vœux que nous venons de faire connaître nous ajoutons la suppression des dictées ^, le

la béatitude formellci la béatitude objective, la possibilité de l'état de pure nuture, etc. "

> « Elle ne contient, ajoute Rolland, que d'une manière Buperflcielle les principes du droit naturel, du droit public et du droit des gens. La métaphysique sort souvent de son objet, soit en 9e coaFondant arec la logique, soit en traitant des questions qui n'appartiennent qu'à la théologie. Enfin dans la physique, l'esprtl de syatène domiue encore sur l'observation et l'expérience» » Recueil de plusieurs ouvrages du président Rolland, iD-4'', p. 140.

I Guytun de Morveau, p. 360-2G1, veut que le cours de morale, qui est B le plus nécessaire de tous, » comprenne - tous les devoirs de l'homme, la loi naturelle, le droit de la nature et des gens, les premiers principes du droit publie national, etc. »

3 Dés le Moyen Age les maîtres, avaut d'aborder avec leurs élèies l'étiide d'Aristote, avaient pris l'habitude de leur dicter, sons le titre de prolégoméues, les questioua qui devaient faire l'objet de la dispute. Ces dictées, acquérant successivement pl"S d'importance, finirent par former le fond même de l'enseignement. Dés le xvji* siècle plusieurs écrivains, comme le P. Lamy, BB plaignent de la perte de temps qu'entraîne cet usage. Les réclamations redoublent au xviii^ siècle (Voy. en particulier Crousaz. op. cit , 1, 378-406). A ta veille de !a Révolution un auteur qui fait dans foa livre le résumé de plusieurs mémoires (Plan d'éducation nationale, 1189), proteste « contre l'usage de dicter des cahiers dans les classes de pbiiosophie. » usage qui fait perdre, dit-il, • chaque jour deux beures. h Le P. Lamy avait signifié AUX professeurs qu'au lieu de u- taire le personnage de mallres.

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lecteur aura une idée à peu près complète des réformes que les novateurs voulaient introduire dans l'étude delà philosophie.

ils deTraient Be coatenler de celui d'interprètes. ■ Co;er se chargea nu iviii» aiÈcle da leur rappeler cet arrêt ; u ProfesseurB qui cherchez une gloriole dani tob rapsodies, penserei-vous mieux, leur disait-il, que les eicellenta originaux où tous puisez ? Que ■levienaent vos cabiera? ils pËrÎBBent su sortir du collège. » (Ce^er, op. cit.. p. 161.) Les réroroiateiira concluaient à la eubstitution des traités imprimés k tous le» cahiers eu usage, n Si on supprimait daos les collèges la dictée qui euiploie inutilement un temps précieux, si on obligeait les professeur* à suivre une philosophie imprimée ou plutût à faire imprimer eux-mSmes celle qu'ils don neraieut à leurs élèves, " on aurait grandement simptiDé l'enseignement. Rolland, Renueil, etc., etc., p. 140. — Le vrai moyen d'arriver k la suppression des dictées était de mettre entre les mains des élèves des traités imprimés. En 1770, parut à cet effet un vrai manuel de pbilosophie i l'usage dus aspirants à la maîtrise Ës-arts (Compendium inatifutionitm phitosophix, ad usum tandidatorum baccataureaius arliumque magùterii, auctore 0. Caron, 2 vol. in-S'). L'auteur 7 déclare avoir voulu remplacer par son livre les « volumineux cabiers " dictés dans les classée : il rapporte tout l'honneur de son travail & l'abbé Leltrier, pro fesseur de philosophie à Montaigu, « dont je n'ai Tait, dit-i , qu'extraire les leçons dana ce Compendimn, «

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