‹ Les études classiques avant la RévolutionChapitre 38 sur 81 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Râfbrme de renseignement phQosophiqae des collèges

I. BësulUt pratique de ces polémiques. — Le coan de philoBOphie> partie ea latin, partie en TraDgais. — II. La méthode scolaslique ee maintient, mais les subtilitée disparaissent. ~- III. Aa momeot où la philosophie des collèges atteint son apogée, le epiritualisme de Descartea est balto en brèche an dehors et le seasualisme triomphe.

n ne suffisait pas de formuler ces demandes, il Tallait les faire accepter. Or, en matière d'éducation, les maîtres ayant la mission d'enseigner sont moins avides de changement, plus attachés à la tradition que les écrivains n'ayant pas la peine d'appliquer leurs programmes nouveaux. Nous venons de voir avec quelle insistance un courant d'opinion réclamait l'introduction de la langue française dans les études philosophiques. L'ancien régime ne fit droit à cette demande que dans une certaine mesure. Nous assistons à des tentatives en ce genre. En 1783^ le président Bolland signale une Philosophie publiée en français par M. Béguin', licencié en théologie de la

* 2 vol. in-S. Déjà dès l'année I7S3, Cochet, recteur et profesaonr de rUnivereité de Paris, avait publié sous le titre de : Œuvres de philosophie, 3 vol. m-12, un traité en Trançais, comprenant la logique, la métaphysique et la morale, lequel eut un grand succès.

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BÉFORME DE L'ENSEIGNESIENT PHILOSOPHIQUE 259

Société de Navarre, ancien professeur de philosophie au collège Louis-le-Grand. Ce livre, qui fait «ne large part aux sciences, ne pouvait guère être écrit que dans notre langue. Au xvii» siècle, les défenseurs du latin comme langue philosophique donnaient pour principal motif qu'il est impossible d'exprimer eu français certaines idées dont le latin seul peut fournir la formule'. Cette raison s'était retournée au xvra" siècle contre les défenseurs du latin. Comme les sciences, toujours comprises dans le cours de philosophie, avalent vu s'étendre leurs frontièrds en présence des découvertes que chaque jour faisait éclore, à des faits nouveaux il fallait trouver des désignations nouvelles, qu'un idiome moderne pouvait seul fournir. Certains auteurs, comme l'abbé Migeot, l'abbé Hauchecorne ', tranchaient la difficulté, dans leurs Traités élémentaires, en exposant en fi-ançais les sciences qu'on rattachait à la philosophie, et en latin la philosophie proprement dite. Cet exemple n'était pas universellement suivi. Les livres les plus répandus dans les collèges, durant les années qui précédèrent la Révolution, la Philosophie de Toul et la Philosophie de Lyon

^ Il est curieux d'entendre Sanchez dans son traité : Qvod nihil sHluT, ee plaindre, tout en la BubisMnt, de la tyrannie du latin comme langne philosophique ; « fion iilud absnrduia minus est, qaod quidam asterere tonantur, pliilosophiam nuti alio idiomate doceri poast quam vtl grxco, vel lalino, quia, inquiunt, non sunl verba quittai vei-tere possia plurima qua in ittii Hnguit sunt ; de qiio hvcusque frustra disputatur qvomodo latine terti debeat apud latinos estsenlta, quidditas, corporeitas, et timUia qux phUosophi tnachinantur, qvxqve cum ni/til significent, a nulh etiam inlellù guKtur, Jiec explieari possuni, needum vulgari serment verti, qvi ret tolum veras non ficias, nominibui propriis omnts designart tolet. ' Botterd., 1643, p. 13.

» Haucbecorne, Abrégé latin de philosophie, 178* ; Migeot, op.

cit., ns*.

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étaient d'an bout à l'autre rédigées en latin. L'usage de pa,rler latin, d'argumenter en latin, dans les Facultés supérieures ', contribuait ici, indépendamment du respect de la tradition, k maintenir le règne de cette langue dans l'enseignement philosophique. Gomment s'étonner que le latin ait continué, malgré toutes les attaques, à être généralement la langue philosophique des collèges jusqu'à la Kévolution française, lorsqu'on il vu, en plein xix* siècle, une ordonnance de 1821 prescrire encore que < les leçons de philosophie ne

1 ■ Oa parlait latin dan^ les écoles, dît M. Gerniain (op. cil-, p. 71), et l'aacîemie École de médecine de Montpellier enseigna en latin jusqu'à ea suppression, en 1793. » Ou invoqiuût cet usage pour maintenir l'enseignement de la phitosopbie eu latin, a On reproche à l'Université, disait Rolland {Plan d'éducation), la langue dans laquelle elle donne ses levons de philosophie ; elle a pour justifl cation l'usage des Facultés, la philosophie en ouvre l'entrée et il faut que ses disciples s'accoutument de bonne heure à parler la langue qui y est eu usage. « Il est vrai que BoUaud fait aussitôt l'objection, i Serait-il nécessaire, dit-il, dans ces Facultés mêmes que l'euseiguement se nt toujours en latin ? Cro;ans-nous que parmi les Grecs et les Romaine, nos modèles et nos maîtres, les sciences fussent enseignées dans uoe langue étrangère ? On ne saurait concevoir combien cet usage est nuisible k la perfection de notre langue qui s'enrichirait par l'exercice et que l'argumentation même .pourrait rendre plus claire et plus précise. • Ces sages réHeiious du président Rolland, qui d'ailleurs n'ose pas conclure contre l'ancienne coutume, ue ta firent pas abandonner. Nous lisons en effet dans un Plan d'éducation nationale paru eu 1TS9, p. 108-124 : " Des motifs étrangers à l'étude de la philosophie doivent nous engager à maintenir en partie les droits que le latiu possède depuis tant de siècles dans nos collèges. Cette langae est celle qu'on parle dans les Ecoles de théologie, de droit, de médecine. Si nous refusions d'en faire 4ucan usage dons ta philosophie, nous aurions sujet de craindre de voir bientôt les prêtres, les jurisconsultes, les médecins prendre des degrés dans leurs Facultés respectives, sons avoir la plus légère teinture de la langae latiqe. » L'aatsur demande alors un mélange de français et de latin, de forme sjrllogistique et d'amplification oratoire. .

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